Article proposé par Exponaute

© Invader
Qui n’a jamais, au hasard d’une promenade dans les rues de Paris ou de Grenoble, croisé un petit alien coloré en mosaïque, ornant le mur d’une ruelle tranquille ? Ces travaux sont l’œuvre de l’artiste urbain Invader. Passionné de jeux vidéo et plus particulièrement de ceux des années 1970–1980, quand le pixel gros comme le pouce était la norme, le créateur a décidé « d’envahir » à son tour les plus grandes villes du monde (Paris, Hong Kong, Londres…) de petites créatures qui ont bercé son enfance ; le paysage citadin devenant un espace de jeu à part entière.
Or, celui qui tient à garder farouchement l’anonymat n’avait pas prévu que ces invasions bon enfant deviendraient très lucratives sur le marché de l’art. Sa cote a en effet grimpé en flèche depuis une quinzaine d’années, tant et si bien que certaines de ses mosaïques peuvent se monnayer pour près de 200 000 euros ! Une telle somme aiguise donc forcément les appétits, et certains revendeurs peu scrupuleux n’hésitent pas à décoller les mosaïques des rues des villes pour ensuite tenter de les revendre à des galeristes ou sur le marché secondaire.
Invader, de son côté, voit rouge et n’hésite pas à le clamer sur son site internet, pointant du doigt les dégradations subies par ses réalisations. En effet, les mosaïques sont le plus souvent collées sur les façades à l’aide de généreuses couches de plâtre, ce qui rend leur retrait extrêmement délicat, voire impossible. Les malfaiteurs se retrouvent alors bredouilles, ou avec des œuvres amputées d’une partie de leurs carreaux.

Les dégradations des Invaders © Invader
Alarmés par les griefs de l’artiste, des petits groupes de fans ont alors pris l’initiative de donner une seconde vie à ces œuvres de rue. Les admirateurs d’Invader traquent alors les mosaïques endommagées, et les réparent à l’aide de petits carreaux et de colle forte, atteignant parfois les décorations du street artist grâce à des échelles ; la majorité des aliens ayant été placés hors de portée des badauds.
Depuis six mois maintenant, une quinzaine d’œuvres pixellisées ont été restaurées, voire totalement recréées à l’identique dans le cas d’une disparition complète… au plus grand bonheur du principal intéressé, à savoir l’artiste lui-même. Celui-ci salue l’initiative des fans qui n’hésitent pas à travailler de nuit, en toute illégalité, pour donner un second souffle à ce qui n’était initialement qu’un jeu, un hommage à l’univers du jeu vidéo nippon.

© Invader
Les réparateurs, dans la droite lignée de l’univers d’Invader, ont baptisé leur opération « Reactivation Team », et protestent donc contre les voleurs-destructeurs. Pour eux, c’est un non-sens complet que de chercher à décrocher d’un mur une œuvre de street art, puisque son essence même est précisément de se trouver dans la rue. Dans le même temps, c’est également une atteinte au travail réalisé par l’artiste, qu’il soit anonyme ou non.
Sur son site, l’artiste de rue pointe l’inutilité de ces vols, arguant que puisque ses travaux ne sont pas signés et sont composés de simples petits carreaux achetés dans n’importe quel commerce de loisirs créatifs, il est aisé de vendre des répliques, des faux, et de glisser dans la malhonnêteté la plus complète. L’appel de l’artiste masqué sera-t-il entendu ? Toujours est-il que dans l’ombre, les petits extra-terrestres colorés reprennent peu à peu vie.
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