Article réservé aux abonnés

Le topo

Valie Export en 2 minutes

En bref

Exhibition, automutilation, provocations… L’artiste engagée d’origine autrichienne Valie Export (née en 1940) a recours à des actions radicales pour critiquer la place des femmes au sein de la société. Bousculant et interrogeant l’ordre établi, elle est redoutée par l’establishment viennois, rigide et misogyne, d’après-guerre. Plaçant son corps au cœur de ses performances, elle devient rapidement le pendant féminin des actionnistes viennois, qui font également de leur corps un vecteur de transgression dans les années 1960. Incarnant le féminisme et ses luttes, Valie Export fait une entrée remarquée sur la scène du body art en 1969 avec l’œuvre Genitalpanik, avant de se consacrer plus largement à l’art vidéo.

Valie Export, Die Geburtenmadonna [The Birth Madonna]
voir toutes les images

Valie Export, Die Geburtenmadonna [The Birth Madonna], 1976

i

Photographie en couleur (collage photo) • 54 × 42,5 cm • coll. The Sammlung Verbund Collection, Vienne • © VALIE EXPORT / The Sammlung Verbund Collection, Vienna / © Adagp, Paris 2017

Elle a dit

« Le corps de la femme a toujours été une construction. Même l’art féministe des années 1970 a façonné un corps en accord avec ses propres idées et a été, en ce sens, une forme de manipulation ».

Sa vie

Née le 17 mai 1940 à Linz, en Autriche, Waltraud Lehner – de son nom de naissance – étudie à l’École des arts et métiers de sa ville natale avant de déménager à Vienne en 1960, où elle suit pendant quatre ans des cours de design à l’Institut fédéral de l’enseignement supérieur et expérimental pour l’industrie textile.

En 1967, la jeune femme décide de changer de nom. Elle rejette celui de son père (Lehner), tout comme celui de son mari (Höllinger), et associe au diminutif de son prénom (Valie) le nom de la marque de cigarette canadienne Export. Ce nom devient ensuite un concept artistique et un logo.

En 1969, elle entre définitivement sur la scène du body art avec sa performance Genitalpanik, dont on conserve aujourd’hui un cliché devenu iconique où l’artiste, pantalon déchiré au niveau du pubis et mitraillette à la main, protège son corps d’éventuelles agressions. Elle se pose dès lors comme pionnière d’un art féministe dont le corps est la matière première. Dans la lignée des représentants français de l’art corporel, tels Gina Pane et Michel Journiac, le corps est ici un outil que l’on malmène et dont la souffrance est la substance principale. En 1972, année de l’exposition Womanhouse de Miriam Schapiro et Judy Chicago, Valie Export signe le manifeste Women’s Art.

Son tout premier long métrage Unsichtbare Gegner (Adversaires invisibles, 1976) est présenté au Festival international du film de Berlin (Berlinale) en 1977. La même année, elle prend part à la Documenta 6 de Kassel. En 1985, elle reçoit L’Ours d’Or pour son film Die Praxis der Liebe (La Pratique de l’amour), présenté à la Berlinale. Le film narre l’histoire d’une journaliste qui tente, tant bien que mal, d’évoluer dans une société faite par et pour les hommes.

Valie Export emploie de nombreux médias, dont la photographie. Elle travaille également sur les questions de l’anonymat et de l’individualité, engendrés par l’architecture et l’urbanisme. La série de photographies Körperkonfiguration garde la trace d’une performance datant de 1982, lors de laquelle Valie Export parcourt la ville de Vienne et épouse les blocs d’architecture : elle s’enroule autour des piliers du Belvédère et s’allonge dans les recoins de la ville. Sa performance est une forme d’appropriation de la ville par le corps, une ville qu’elle considère comme aliénante car anonyme.

Depuis 1995, Valie Export enseigne à Cologne et présente ses œuvres et performances au sein de nombreuses expositions partout dans le monde.

Ses œuvres clés

Valie Export, Tapp Und Tastkino
voir toutes les images

Valie Export, Tapp Und Tastkino, 1968

i

Photographie argentique de la performance • 50×60cm • © VALIE EXPORT / © Adagp, Paris, 2017 / Photo © Werner Schulz, Courtesy VALIE EXPORT

Tapp und Tastkino, 1968

Vêtue d’une boîte en carton dissimulant ses seins nus, Valie Export invite les passants à toucher sa poitrine, proposant ainsi une sorte de voyeurisme tactile.

Valie Export, Aktionshose : Genitalpanik
voir toutes les images

Valie Export, Aktionshose : Genitalpanik, 1969

i

Performance • Photographie noir et blanc sur aluminium • © VALIE EXPORT / ADAGP 2017, Paris / Photo Peter Hassmann, Courtesy VALIE EXPORT

Genitalpanik, 1969

Sur cette image iconique, Valie Export fixe l’objectif, jambes écartées, pantalon découpé au niveau de son sexe, les mains fermement agrippées à une mitraillette. Le cliché fut réalisé après une performance dans un cinéma pornographique en Bavière, où l’artiste passait entre les spectateurs en leur demandant de la toucher. Elle se pose ici à la fois comme objet et sujet. D’un côté elle est objectivée par les hommes qui la touchent et qui regardent son entrejambe dénudé, de l’autre elle décide de qui peut la toucher et se protège, avec son arme, de potentielles agressions.

…Remote…remote, 1973

À l’instar des artistes de l’art corporel, Valie Export malmène son corps. L’artiste est assise devant une immense photographie en noir et blanc de deux enfants au visage grave. Elle triture consciencieusement le bout de ses doigts avec un cutter, laissant couler son sang dans un bol de lait. Son visage n’exprime aucune souffrance, aucune émotion. L’action se termine, elle se lève et laisse ainsi le spectateur découvrir que les deux enfants se tiennent la main. La douleur que Valie Export inflige à son corps lors de cette performance, le public empathique la ressent également.

Valie Export, Die Praxis Der Liebe (La Pratique de l’amour)
voir toutes les images

Valie Export, Die Praxis Der Liebe (La Pratique de l’amour), 1985

i

Scène de tournage • © The Kobal Collection/Aurimages / Photo Zdf

Die Praxis der Liebe, 1985

Le film est un long métrage dans lequel Valie Export narre l’histoire d’une journaliste enquêtant sur un meurtre. Au fur et à mesure de son investigation, elle se rend compte que son amant est impliqué dans ce crime : sa vie personnelle se mêle à une histoire qu’elle tentait d’aborder objectivement. Empêchée à maintes reprises dans sa quête de vérité, son histoire est une métaphore des barrières qui contraignent les femmes dans la société autrichienne des années 1980. En filigrane, Valie Export montre comment vit une femme dans une société phallocentrée.

Par • le 2 décembre 2019
Retrouvez dans l’Encyclo : Valie Export

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi