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UNE ŒUVRE EN DÉTAILS

« Where is the unknown », le mandala existentiel de Tania Mouraud

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Publié le , mis à jour le
À la galerie Ceysson & Bénétière de Koerich au Luxembourg (où les expositions sont ouvertes au public !), Tania Mouraud déploie plusieurs décennies de travaux. Photographies, vidéo, tapisseries, peintures murales… Avec un goût prédominant pour le noir et blanc et les énigmes visuelles, l’artiste qui fêtera ses 80 ans l’année prochaine invite à d’intenses questionnements. Sur l’état du monde, sur l’écriture, sur la condition des femmes… Sur notre place au sein de l’univers, aussi, avec Where is the unknown, E390 – 1971–73, un mandala géométrique ponctué d’images. Tentative de décryptage.
Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73
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Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73, 2015

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Une œuvre ronde

Bien plus rare que le rectangle, le support circulaire dans l’art est utilisé depuis l’Antiquité : surnommé le tondo (issu de l’Italien rotondo), il est parfois accroché au plafond, parfois intégré à l’architecture en médaillon. Chez Tania Mouraud (née en 1942), la forme ronde fait davantage penser à un disque que l’on pourrait tourner, ou à un envoûtant mandala. Discipliné par un réseau de lignes qui relient entre elles chacune des images convoquées, il est scandé d’écritures, dont ce message interrogatif : « Where is the unknown ? » Question mystérieuse à laquelle l’artiste s’empresse de n’apporter aucune réponse limpide…

Épreuve numérique sur vinyle transparent contrecollé sur dibond blanc • 160,6 x 160,6 cm • © Tania Mouraud

Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail)
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Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail), 2015

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L’écriture pour sacerdoce

Très tôt dans son travail, Tania Mouraud s’est intéressée à l’écriture et au langage, et est devenue célèbre pour ses messages aux lettres si verticales, si étirées, qu’elles en deviennent quasiment illisibles. « Mes écritures sont de la peinture abstraite », déclarait-elle en 2014. Parfois juste un mot, un grand « NI » collé sur des panneaux publicitaires de 4×3 mètres à la fin des années 1970, en guise de contestation et de non-appartenance à une catégorie prédéfinie ; parfois des citations entières, qu’elle glane au fil des jours et réutilise pour ses fresques de rue, aux lettres comme des barres noires agglomérées sur l’image. Ici, l’écriture est lisible – si on accepte toutefois de suivre son mouvement circulaire, qui entraîne le corps dans une drôle de danse…

Épreuve numérique sur vinyle transparent contrecollé sur dibond blanc • 160,6 x 160,6 cm • © Tania Mouraud

Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail)
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Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail), 2015

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L’inconnue de l’inconnu

En 1971, Tania Mouraud voyage en Inde et en revient avec des tas de questions existentielles. Sur l’identité, sur la conscience de soi, sur la place de chacun au sein du monde… Là, elle s’interroge : « Où est l’inconnu ? ». A priori, il semble impossible de répondre à cette vaste (et vertigineuse !) question. En guise d’argumentaire illusoire, les phrases déployées autour du mandala ne renvoient qu’à elles-mêmes. « Je suis assis sur une chaise », « La chaise est sur le sol », « Le sol est dans la maison »… Ainsi de suite jusqu’à « Le cosmos est dans l’inconnu », et rebelote. Quel sentiment éprouver face à une démonstration aussi simple et radicale ?

Épreuve numérique sur vinyle transparent contrecollé sur dibond blanc • 160,6 x 160,6 cm • © Tania Mouraud

Vue de l’exposition “Tania Mouraud. Mezzo Forte” à la galerie Ceysson & Bénétière de Koerich au Luxembourg
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Vue de l’exposition “Tania Mouraud. Mezzo Forte” à la galerie Ceysson & Bénétière de Koerich au Luxembourg

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Du cosmos à l’œuvre d’art

Au lieu de réfléchir à notre place dans l’univers, Tania Mouraud opère un glissement « du sujet vers l’objet, du cosmologique au tangible pour aboutir à la question du pur langage et de la perception ». Elle nous invite à mettre en relation les différents termes de son œuvre : comme pour ses écritures illisibles, il faut ici les déchiffrer. Le temps de contemplation est allongé par cette obligation de lecture attentive – et est ainsi affirmé comme temps de l’art, temps isolé, temps long, qui échappe à l’ordre marchand.

© Studio Rémi Villaggi-Metz

Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail)
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Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail), 2015

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Des images comme des signes

Durant les années 1970, l’artiste développe une série de « photo-textes » qui associe des images et des textes très simples. Ici, une chaise, un immeuble, une ville, la Terre, le ciel… Les photographies utilisées par Tania Mouraud ont la valeur de signes : elles s’observent moins pour leurs propriétés esthétiques que pour le sens de ce qu’elles désignent. Elle questionne la place de l’œuvre, interroge notre rapport à l’art ; pour cela, elle active des conditions de regard particulières, et crée un temps de concentration particulier. En somme, l’artiste nous retient.

Épreuve numérique sur vinyle transparent contrecollé sur dibond blanc • 160,6 x 160,6 cm • © Tania Mouraud

Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail)
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Tania Mouraud, Where is the unknown, E390 – 1971-73 (détail), 2015

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L’artiste comme point de départ

Quelle valeur a ce « je » qui introduit la démonstration de Tania Mouraud ? « Je suis assis sur une chaise » : parle-t-elle d’elle-même ? Est-ce un « je » absolu ? La silhouette, anonyme et vêtue de noir, ne nous en dit pas plus – d’ailleurs, en l’observant de près, on croirait presque à un photomontage. Quoi qu’il en soit, cette formulation illustre un rapport totalement horizontal entre l’artiste et le regardeur. Elle se met à son niveau, et dévoile par là-même un peu de son propos politique, qui n’est jamais frontal mais qui imprègne son travail : elle tourne le dos à « la domination, l’hégémonie masculine de la pensée », et crée des œuvres où la réflexion est fluide, non-contrainte. Comme nous, elle ne saurait répondre aux questions existentielles… Reste l’art !

Épreuve numérique sur vinyle transparent contrecollé sur dibond blanc • 160,6 x 160,6 cm • © Tania Mouraud

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Tania Mouraud. Mezzo Forte

Du 3 avril 2021 au 22 mai 2021

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