Woodkid
© Nicolas Loir / Albert Moya
« C’est une œuvre de Julie Mehretu, une artiste d’origine éthiopienne qui habite à New York et dont je connaissais vaguement le travail. Récemment, j’étais au LACMA à Los Angeles et j’ai vu une rétrospective de son travail. C’est là que j’ai découvert Cairo, qui m’a complètement bouleversé.
Ce qui me plaît, c’est que cette œuvre est presque chorégraphique. Il y a une superposition de calques, de couches, de niveaux de lecture, qui parlent d’espaces temporels et géographiques différents. Les toiles de Julie Mehretu sont monumentales mais absolument pas show off. Dans mon travail, c’est quelque chose qui m’a toujours hanté : comment est ce que je peux parler d’échelle sans tomber dans le piège des échelles ? Je trouve qu’elle le fait parfaitement. Plus on s’approche de Cairo et plus on découvre des pièces à l’intérieur de la pièce… C’est comme une histoire. Il faudrait des mois pour vraiment comprendre cette œuvre ou, en tout cas, pour voir tous les détails.
Julie Mehretu, Cairo, 2013
Encre et acrylique sur toile • 304,8 x 731,52 cm • © Julie Mehretu / Photo Tom Powel Imaging / Courtesy of the artist and Marian Goodman Gallery
« Il y a un niveau d’intelligence qui est selon moi surhumain dans sa science de la composition. »
Woodkid
Il y a des rapports d’opposition qui sont admirables. À une petite échelle, on dirait presque un plan ou des vues topographiques. Mais on retrouve également dans Cairo quelque chose de plus expressionniste, de plus humain, comme des aplats, des lignes de couleur qui tranchent et même, parfois, des éléments de signature qui sont comme des signes calligraphiques. Tout ça est tellement riche que j’ai l’impression que jamais rien ne se répète, même si le fait que rien ne se répète est une répétition en soi ! Julie Mehretu sait se répéter au bon moment. Il y a un niveau d’intelligence qui est selon moi surhumain dans sa science de la composition. C’est presque une symphonie à certains moments. C’est la science du silence. Il y a par exemple des endroits de la toile qui sont complètement vierges, justement parce que ce silence fait vivre le bruit.
L’autre aspect de Cairo qui me plait beaucoup est le fait qu’elle parle de l’endroit où elle vit et le superpose à un état de conscience politique qui est géographiquement distancié, ici la situation politique au Caire. Ce double niveau de lecture, c’est quelque chose que j’ai essayé de faire dans mon album, en parlant par exemple d’amour et en y apposant un calque de narration presque industriel. Comme s’il y avait quelque chose de fractal entre les relations intimes et les phénomènes collectifs. Pour moi, ces grandes forces sont les échos de nos forces intimes. Quand je suis allé à la retrospective de Julie Mehretu au LACMA, je suis resté trois heures devant cette œuvre, parce que j’avais l’impression de lire une partition. Dans ma tête, il y avait de la musique. »
À écouter :
Album "S16" (Barclay)
Disponible depuis le 16 octobre.
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