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Patrimoine

12 trésors méconnus des églises parisiennes

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Publié le , mis à jour le
On dit souvent que les églises constituent le plus grand musée de Paris. Certes, il faut respecter des horaires parfois insolites, ne pas déranger les (rares) messes et lever les yeux au risque d’un torticolis… Effort récompensé ! Car on tombe souvent nez à nez avec d’authentiques chefs-d’œuvre. Dans le sillage de l’exposition consacrée aux décors du XVIIIe siècle au Petit Palais, Beaux Arts est allé dénicher quelques pépites parmi les 85 églises de la capitale.

1. Un caravagesque et un Keith Haring à Saint-Eustache

À tableau ancien, accrochage ancien, pense-t-on. Pas toujours : l’Extase de sainte Madeleine, de Rutilio Manetti (1571–1636) n’est à Saint-Eustache que depuis 1933. Elle était auparavant à Rome, dans l’église Saint-Louis-des-Français. Son exacte attribution est aussi récente : c’est autour de 1950 que l’historien d’art Cesare Brandi la donna à Manetti, meilleur disciple de Caravage à Sienne. À noter que l’église, dont la fondation remonte aux années 1300, mais qui a été entièrement reconstruite à la Renaissance, sait varier les genres : elle expose un impressionnant groupe sculpté de Raymond Mason sur les marchands des Halles et un triptyque en bronze de Keith Haring, installé le 1er décembre 2003, journée internationale de lutte contre le sida.

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Église Saint-Eustache

Rutilio di Lorenzo Manetti, L’Extase de sainte Madeleine, vers 1625

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© COARC / Roger-Viollet

Keith Haring, Triptyque de la vie du Christ, vers 1989

Raymond Mason, Le départ des fruits et légumes du coeur de Paris le 28 février 1969, 1975

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© Sylvain Sonnet / hemis

2. Pierre le stakhanoviste à Saint-Roch

Le milieu du XVIIIe siècle se caractérise par des décors grandioses dont beaucoup ont disparu, que l’on qualifiait de « grandes machines ». Il en reste un des plus impressionnants : l’Assomption, sur la coupole de la chapelle dédiée à la Vierge, où la mère du Christ est entourée de nombreux personnages. Elle fut réalisée en quatre ans, de 1752 à 1756, par Jean-Baptiste Marie Pierre, artiste alors très prisé à la cour du duc d’Orléans ou auprès de la Pompadour. Le peintre n’a pas chômé : la surface à décorer, au moyen d’une toile marouflée, était de… 330 m2. La belle façade en style jésuite a été construite encore plus vite (deux ans), mais la nef achevée l’attendait depuis un demi-siècle !

Jean-Baptiste Marie Pierre, L’Assomption de la Vierge
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Jean-Baptiste Marie Pierre, L’Assomption de la Vierge, 1756

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© Jean-Marc Moser / COARC / Roger-Viollet

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Église Saint-Roch

3. Drôle de victoire à Notre-Dame-des-Victoires

Carle van Loo (1705–1765) est un artiste particulièrement prolifique que l’on peut admirer dans plusieurs églises de Paris, notamment à Saint-Sulpice ou à la chapelle des Missions-Étrangères. Ici, outre une série de toiles consacrée à saint Augustin, s’affiche derrière le chœur une grande composition pacifique, le Vœu de Louis XIII, peint en 1745. On y voit le souverain, son ministre Richelieu et un envoyé leur remettant sur un coussin les clés de la ville de La Rochelle. Louis XIII avait fait le vœu de dédier une église à la Vierge s’il réussissait à prendre la place forte huguenote. Le tableau ne dit rien des conditions dramatiques du siège de 1628, ni de la mort de 20 000 habitants décimés par la faim…

Carle Van Loo, Louis XIII dédiant à la Vierge l’église Notre-Dame-des-Victoires
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Carle Van Loo, Louis XIII dédiant à la Vierge l’église Notre-Dame-des-Victoires, 1745

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© COARC / Roger-Viollet

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Basilique Notre-Dame-des-Victoires - Paris

4. Indomptable retable à Saint-Nicolas-des-Champs

On le voit, imposant, haut de 12 mètres, au fond de la nef : peint par Simon Vouet, surmonté d’anges en stuc de Jacques Sarrazin, le retable du chœur (consacré à l’Assomption de la Vierge) a la particularité d’être le seul témoignage de l’Ancien Régime ayant survécu à la Révolution. Véritable musée, l’église, dont la construction s’est étalée entre 1420 et les années 1680, déploie des toiles du XVIe siècle (Gaudenzio Ferrari) jusqu’à l’orée du XXe siècle (Léon Bonnat et Jean-Paul Laurens). Elle était autrefois adossée à une puissante abbaye, devenue aujourd’hui le musée des Arts et Métiers.

Simon Vouet, Jacques Sarrazin et Jean-Baptiste Robin, Maître-autel
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Simon Vouet, Jacques Sarrazin et Jean-Baptiste Robin, Maître-autel

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© Emmanuel Michot / COARC / Roger-Viollet

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Église Saint-Nicolas-des-Champs - Paris

5. L’affaire des hosties à Saint-Merri

Outre des Coypel et l’un des chefs-d’œuvre de Simon Vouet (l’Adoration du nom divin par quatre saints), l’église possède une grande composition d’un peintre peu connu, Clément Belle (1722–1806), qui fit ses classes en Italie et occupa un poste important à la manufacture des Gobelins. Haute de plus de trois mètres, elle illustre un épisode qui aurait eu lieu dans l’église en 1722, en pleine querelle janséniste, et que son titre résume : la Découverte de la profanation des saintes hosties. On y voit Dieu le Père courroucé, et les curés consternés, devant le ciboire jeté à terre et les hosties renversées. L’église est un résumé de Paris : elle n’a cessé d’être remaniée pendant plus de mille ans, depuis 700, date de fondation d’une première chapelle, jusqu’au XVIIIe siècle.

Clément Belle, La Découverte de la profanation des saintes hosties à Saint-Merry
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Clément Belle, La Découverte de la profanation des saintes hosties à Saint-Merry, 1759

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© COARC / Roger-Viollet

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Église Saint-Merri - Paris

6. Le Zurbarán du banquier à Saint-Médard

Un beau Zurbarán ? On l’imagine forcément sorti d’Espagne avec les saisies napoléoniennes, peut-être même dans les malles du général Soult… En réalité, ce Saint Joseph plus grand que nature en train de veiller sur l’Enfant Jésus a quitté plus tard son couvent sévillan, lors de la sécularisation des biens du clergé. Acheté par Alexandre Aguado (1784–1842), soutien andalou des Bonaparte, devenu richissime banquier sous la Restauration, propriétaire de plusieurs hôtels particuliers et du fameux vignoble de Château Margaux, le tableau est racheté par la paroisse au lendemain de sa mort. L’église était célèbre au début du XVIIIe siècle pour ses « convulsionnaires », atteints de transes mystiques sur la tombe du diacre Pâris.

Francisco de Zurbarán, La Promenade de saint Joseph et de l’Enfant Jésus
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Francisco de Zurbarán, La Promenade de saint Joseph et de l’Enfant Jésus, XVIIe siècle

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© COARC / Roger-Viollet

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Église Saint-Médard - Paris

7. Cène de marbre à Saint-Joseph-des-Carmes

La chapelle des Carmes est connue dans l’histoire pour le massacre de prêtres réfractaires en septembre 1792. Dans ce petit espace se pressent quantité de chefs-d’œuvre, comme la Présentation de Jésus au Temple, exécutée par le peintre maniériste Quentin Varin (1624, au-dessus du maître-autel). Mais la pièce la plus surprenante est probablement, encastrée dans l’autel lui-même, le groupe de la Cène, avec Jésus et ses douze apôtres attablés. Sculpté dans le marbre au XIVe siècle par Évrard d’Orléans, c’est l’une des plus anciennes œuvres d’art conservées dans les églises parisiennes.

Évrard d'Orléans, La Cène
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Évrard d'Orléans, La Cène, vers 1340

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© Bridgeman Images

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Église Saint-Joseph-des-Carmes - Paris

8. Delacroix au supplice à Saint-Sulpice

On a du mal à imaginer que Delacroix, héraut de la Révolution avec sa Liberté guidant le peuple, ait aussi eu une carrière de peintre religieux. C’est ce que l’on peut pourtant vérifier en admirant l’une de ses dernières œuvres, la très discutée chapelle des Anges à Saint-Sulpice. Elle l’occupa pendant près d’une décennie (la tâche fut notamment compliquée par l’humidité des murs) et il sortit épuisé de ce combat : il mourut en 1863, à peine deux ans après son achèvement. Vingt ans plus tôt (en 1844), il avait déjà réalisé une pietà à Saint-Denys-du-Saint-Sacrement. À ses débuts, en 1827, à 28 ans, c’est aussi avec une commande religieuse que le romantique s’était révélé : son Christ au jardin des Oliviers est toujours accroché à Saint-Paul-Saint-Louis…

Eugène Delacroix, Héliodore chassé du temple
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Eugène Delacroix, Héliodore chassé du temple, vers 1861

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© COARC / Roger-Viollet

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Église Saint-Sulpice

9. Un Tintoret caché à Saint-François-Xavier

Un Tintoret (1519–1594) dans une église de la fin du XIXe siècle ? C’est tout à fait possible ! Les tableaux religieux ont en effet la bougeotte. Dans cette grande nef où ont sévi des peintres officiels, Grand Prix de Rome, comme le Nantais Jules-Élie Delaunay (1828–1891), ou d’étonnants autodidactes comme Charles Lameire (1832–1910), tous deux chargés de la coupole, il faut pousser jusqu’au fond, derrière le chœur, dans la sacristie des mariages, pour découvrir ce Tintoret bien caché. Autrefois accrochée à Venise, cette Cène a été léguée à l’église en 1905 par sa dernière propriétaire, la baronne du Teil.

Le Tintoret, La Cène
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Le Tintoret, La Cène, 1559

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© COARC / Roger-Viollet

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Église Saint-François-Xavier - Paris

10. Art pompier à Saint-Vincent-de-Paul

Les peintres pompiers, après avoir connu une désaffection complète, reviennent quelque peu à la mode. Plutôt qu’au musée d’Orsay, pourquoi ne pas les redécouvrir dans le cadre d’une église agrandie en 1870 au moment de la guerre contre la Prusse ? C’est là que William Bouguereau (1825–1905), alors au sommet de sa gloire, consacre un cycle de huit toiles à la vie de la Vierge, dont l’achat est financé par les habitants. L’Adoration des bergers et le Calvaire sont les scènes les plus émouvantes, mais leur appréciation est rendue difficile par la très faible luminosité des lieux. Parmi les autres must : la longue frise des saints, peinte par Hippolyte Flandrin, dans la nef.

Hippolyte Flandrin, Les Saints confesseurs
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Hippolyte Flandrin, Les Saints confesseurs, 1842–1853

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© Jean-Marc Moser / COARC / Roger-Viollet

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Église Saint-Vincent-de-Paul - Paris

11. Réviser la Bible à Notre-Dame de Bercy

De Bercy, on retient surtout le ministère des Finances et le Palais omnisports… Mais il ne faudrait pourtant pas oublier cette Notre-Dame-de-la-Nativité, seule église incendiée pendant la Commune. Reconstruite en 1873, elle est malaisée à atteindre, car isolée au milieu du trafic. Elle recèle quelques chefs-d’œuvre inattendus comme le Christ et la Samaritaine de Jacques Stella (1596–1657), un ami de Poussin. La Résurrection de la fille de Jaïre, un épisode biblique par Charles de La Fosse (1636–1716), provient du couvent des Chartreux, à l’emplacement de l’actuel jardin du Luxembourg. Parmi les autres toiles qui ornaient cet édifice disparu, le fameux Christ en croix de Philippe de Champaigne, ayant depuis rejoint le Louvre…

Charles de La Fosse, Jésus ressuscitant la fille de Jaïre
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Charles de La Fosse, Jésus ressuscitant la fille de Jaïre, vers 1680

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© COARC / Roger-Viollet

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Église Notre-Dame-de-la-Nativité de Bercy

12. Esprit XXe au Saint-Esprit

Largement abandonné par les avant-gardes cubistes et surréalistes, l’art sacré a connu une renaissance au XXe siècle, alimentée par la crise de 1929. L’ancien prophète du mouvement nabi, Maurice Denis, en fut l’un des artisans. On peut en voir un échantillon dans cette église inaugurée en 1935 et construite par l’architecte Paul Tournon en s’inspirant de Sainte-Sophie de Constantinople. Maurice Denis a décoré le mur de l’abside d’une monumentale Pentecôte dominée par la colombe du Saint-Esprit. Regardez bien : Maurice Denis s’y est représenté en famille (avec sa femme et ses trois enfants) aux côtés de son ami, le peintre George Desvallières, auteur du Chemin de croix dans la même église.

Maurice Denis, La Pentecôte
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Maurice Denis, La Pentecôte, 1934

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© COARC / Roger-Viollet

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Église du Saint-Esprit - Paris

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Le baroque des Lumières

Du 21 mars 2017 au 16 juillet 2017

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À lire

Trésors des églises parisiennes par Bertrand Dumas • Parigramme • 2012.

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