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L’Académicienne a encore frappé : après Camille Claudel, Romain Gary et Berthe Morisot, Dominique Bona s’attaque à l’icône élégante Jacqueline de Ribes et retrace la vie ultra-privilégiée d’une femme belle, riche, vicomtesse. Un « nez parfait », écrivait Truman Capote, « divine » disait Jean-Paul Gauthier, qui a carrément baptisé sa collection printemps-été 1999 « Divine Jacqueline », inspirant à l’autrice le titre de sa biographie. Photographiée par Richard Avedon, Robert Doisneau, Jeanloup Sieff ou Gisèle Freund, Jacqueline de Ribes a été muse autant que créatrice, de mode un temps (de 1983 à 1995) mais surtout « artiste de soi ». Et Bona de continuer : « Car elle aime se créer. Sans cesse travailler son image. Comme Marina Abramović ou la Française Orlan, qui tiennent leur corps pour le champ de tous les possibles et le premier outil et sujet de leur art, elle imagine son apparence, la compose et l’interprète avec passion. » Une écriture passionnée au service d’un récit enlevé, et 500 pages qui filent comme un soupir !
« Divine Jacqueline » de Dominique Bona
© Gallimard
Débutée en 2014, la collection des Ateliers Henry Dougier consacre ses ouvrages à des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art. Avec De l’or dans la nuit de Vienne selon Klimt, l’écrivain Alain Vircondelet (également collaborateur de Beaux Arts) se plonge avec délectation dans les lignes sensuelles et les fleurs du célèbre Baiser (1908–1909). L’ouvrage est court (113 pages) et cache dans ses rabats deux reproductions de l’œuvre, indispensables appuis visuels. L’auteur décrit la Vienne du début du XXe siècle, l’entourage de Klimt, ses amours, son appétit dévorant, ses humeurs – et s’attarde sur sa muse, Emilie Flöge, couturière à l’élégance affolante. Et puis la toile : « Il la voulait d’or et de silence, une île à elle seule, où s’ancrerait un couple enlacé et s’étreignant, oublieux du monde, de ses humeurs discordantes, et livré à l’ivresse non pas du désir charnel, mais d’une paix intérieure qui dépasserait en jouissance toutes celles déjà connues et dont les répétitions conduisaient finalement à l’ennui. » Sublime !
« De l’or dans la nuit de Vienne selon Klimt » de Alain Vircondelet
© Ateliers Henry Dougier
De l’or dans la nuit de Vienne selon Klimt
par Alain Vircondelet
Éd. Ateliers Henry Dougier • 121 pages • 12,90 euros
On les guette désormais chaque saison : les petits livres jaunes et noirs de la collection Ma nuit au musée invitent auteurs et artistes (Leïla Slimani, Enki Bilal, Léonor de Récondo…) à faire l’expérience de l’art à la tombée de la nuit. L’autrice d’origine cubaine et exilée en France Zoé Valdés s’est ainsi laissée enfermer entre les murs du musée Thyssen-Bornemisza de Madrid, dont la collection compte parmi les plus belles du monde. Elle s’attarde dans son récit sur des œuvres… qui pourtant n’appartiennent pas au musée. L’occasion pour elle d’explorer le rôle de la muse face à deux artistes, mêlant faits réels et imagination. Divisé en deux parties, son texte s’attarde d’abord sur une jeune femme, modèle intrépide de Balthus, puis sur Renée Monchaty, amante déçue de Pierre Bonnard…
« Les muses ne dorment pas » de Zoé Valdés
© Stock
Les muses ne dorment pas
par Zoé Valdés
Éd. Stock, Collection Ma nuit au musée • 200 pages • 19,50 euros
« Être un autre, c’est toujours être soi-même, c’est être tous les autres à la fois, c’est résoudre le monde en une seule équation et en une seule seconde. » Ainsi Marc Pautrel, auteur du Peuple de Manet, se glisse dans la peau de l’Acteur tragique peint par l’artiste français en 1866. Avec un sens précis de la description (l’ouvrage n’est pas illustré, et ce n’est – presque – pas un manque), il mène le lecteur à la rencontre des personnages qui ont inspiré Manet : le Matador saluant, la Femme au perroquet, le Polichinelle… Et raconte leur profondeur, leurs états d’âme, avec une sensible emphase poétique. Le livre est divisé en deux parties, les portraits arrivant en second ; une courte biographie du peintre les introduit, parfaitement écrite, poignante quand elle aborde la guerre franco-prussienne et les répressions sanglantes des révoltes de la deuxième moitié du XIXe siècle (« Brutalité aveugle de l’État, contraire exact de l’Art, et donc contraire de la vie. »). Et Manet, voyant les corps de 600 insurgés assassinés par l’armée et alignés sur le trottoir au lendemain du 4 décembre 1851, « va rendre éternels les autres, tous les corps glorieux qu’il croisera ».
« Le peuple de Manet » de Marc Pautrel
Trois ans après la stupéfiante fresque impressionniste La Falaise des fous, l’Académicien Patrick Grainville plante son regard, et le nôtre, dans Les Yeux de Milos, roman emporté dans la sensualité folle de son personnage principal. L’auteur le suit dès sa naissance, décrit son enfance, ses yeux bleus dont l’éclat est si intense qu’il doit les protéger derrière des lunettes sombres. Milos vit à Antibes, non loin du musée Picasso et de l’atelier de Nicolas de Staël, suit des études de paléontologie, tombe amoureux. Le récit est ponctué d’art, de la Préhistoire à la peinture moderne ; sexuel aussi, il se lit comme en plein soleil, le souffle court comme ses phrases qui fusent. Un très beau vertige.
« Les yeux de Milos » par Patrick Grainville
© Seuil
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