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Marina A, Éric Fottorino, 2021
© Édition Gallimard
C’est lors d’un voyage à Florence, où il visite en famille la galerie des Offices et s’offre de délicieux repas, que Paul Gachet découvre la performeuse Marina Abramović. Le personnage est docteur (un clin d’œil à celui de Van Gogh), cultivé, parisien ; pourtant, c’est la première fois qu’il croise la route de cette superstar de l’art contemporain. Et quelle rencontre ! Il voit son visage partout, la faute aux très nombreuses affiches de sa rétrospective au Palazzo Strozzi. À la première personne du singulier, il décrit l’obsession qui s’empare de lui, sa visite hallucinée de l’exposition, et la façon dont « Marina A » le bouleverse, jusqu’à imprégner ses rêves, ses conversations avec sa femme et sa fille. Deux ans plus tard, alors que la crise sanitaire et le confinement pointent leur nez, elle resurgit par le biais d’une photographie dans une revue, et se fait, à nouveau, le prétexte à toutes sortes de réflexions sur le monde, sur les relations humaines, sur la cruauté. Un récit sincère, qui donne furieusement envie de se (re)plonger, comme le narrateur, dans l’univers de Marina A.
Couv Le Parfum Des Fleurs
Elle n’a pas su dire non. Et pourtant : dès les premières pages, Leïla Slimani explique qu’il faut préserver le temps de l’écriture des tentations, aussi excitantes soient-elles – invitations à boire un verre, interviews, projets… Mais lorsqu’Alina, son éditrice, lui propose d’aller passer une nuit dans un musée à Venise, l’écrivaine se laisse séduire par « l’idée d’être enfermée ». Elle interrompt donc l’écriture de son roman Le Pays des autres (paru depuis chez Gallimard) et raconte tout, en vraie reporter : son arrivée dans la ville, son repas trop lourd, son engourdissement premier lorsqu’elle pénètre dans le musée d’art contemporain de la Punta della Dogana – et puis sa nuit à la rencontre des œuvres, qui lui permettent de nombreuses digressions autobiographiques. Le jeune Hicham Berrada, par exemple, ranime les nuits agitées de son adolescence… Avec clarté et précision, l’écrivaine parle ici de la compagnie des œuvres. Et de la solitude qu’elles sollicitent, enrichissent. Une merveille.
L’art impossible, Geoffroy de Lagasnerie
© Édition Puf
La claque est au coin de la page : impossible de regarder l’art de la même façon après avoir lu ce pamphlet de 73 pages, lancé comme un cri du cœur aux artistes – que l’auteur connaît bien puisqu’il est professeur de philo et de socio à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy. Parti de sa lecture de La Douleur (1985) de Marguerite Duras, qui évoque sa « honte » face à la littérature – faite d’artifices et d’arrangements avec la réalité –, Geoffroy de Lagasnerie interroge l’éthique de l’art. Dont on dit, un peu trop facilement, qu’il est par essence subversif. L’auteur attaque de front : l’artiste, comme tout être humain, s’inscrit dans un monde fait de violences et d’injustices. L’œuvre fictionnelle, imaginative, ne propose pour lui qu’un divertissement passager. Car elle en appelle aux symboles, à des codes d’« énigmatisation » et de sophistication, l’œuvre est volontiers intimidante, difficilement lisible. Elle ne s’adresse alors, selon l’auteur, qu’à une petite partie de la population, initiée et habilitée à la comprendre. Ce qui invalide d’office toute tentative de démocratisation de l’art : « Je produis des œuvres qui ne peuvent qu’exclure et je me demande ensuite comment je pourrais faire pour qu’elles n’excluent pas… sans rien modifier à ma manière de produire. » Un art oppositionnel est-il possible ? Oui, répond l’auteur, à condition qu’il énonce son but de façon claire. Artistes, à vous de jouer.
Trois nuits dans la vie de Berthe Morisot, Mika Biermann, 2021
© Éditions Anarchis
Cet été, nous passions Trois jours avec Cézanne dans la lumière aveuglante du Midi, emportés par la plume fiévreuse de Mika Biermann, peintre devenu guide-conférencier au musée des Beaux-Arts de Marseille. De ce petit ouvrage couronné d’un joli succès en librairie, nous retrouvons l’auteur accompagné cette fois-ci de Berthe Morisot et de son mari Eugène Manet, dans un train en partance pour la campagne. Le séjour est bref, mais intense : Berthe Morisot peint, mange, se baigne nue dans la rivière, offre son corps brûlant à la nuit. Les légumes sur la table forment « une nature morte qui donne envie de peinture et de soupe ». Nine, la jeune fille revêche employée pour quelques jours, finalement « se tourne sur le dos et ouvre ses cuisses de grenouille ». Les descriptions sont plus que voluptueuses : « Le sexe de Nine ressemble à une chimère composée de fruits, de viandes et de mollusques. » Un récit d’une liberté folle, gourmand, sensuel, qui se déroule alors que l’Olympia de Manet est accueilli par des quolibets et des insultes.
Mike, Emmanuel Guibert, 2021
© Édition Gallimard
En septembre, nous parlions de son exposition à l’Académie des beaux-arts à Paris : lauréat du Grand Prix du 47e Festival de la bande dessinée d’Angoulême, Emmanuel Guibert est l’auteur d’une bande dessinée devenue culte, Le Photographe (2003), et désormais d’un premier roman, poignant. Mike a été écrit pendant une période « sans un seul dessin », mais, bien sûr, « c’est un livre sur le dessin ». Plus exactement, sur les adieux à un ami malade, architecte, lui aussi fou de crayonnages et de croquis. Attentifs aux plus infimes détails (un très beau passage : « Grâce à cette brièveté et à un certain effet de surprise, le bonheur est là tout entier avec une pureté qu’il n’a jamais autrement »), ils vivent ensemble leurs derniers instants de partage, tendus par la fragilité de la maladie et de la mort qui approche. Venu voir son ami aux États-Unis, Emmanuel Guibert y passe quelques jours de janvier, lisant aussi Rousseau, écrivant sur la compassion. Une sublime déclaration d’amitié – simplement en mots.
L’Affaire Ruffini : Enquête sur le plus grand mystère du monde de l’art, Vincent Noce, 2021
© Édition Buchet Chastel
« La vérité n’est jamais pure et elle est rarement simple. » C’est (presque) sur ces sages mots d’Oscar Wilde que débute le récit de cinq années d’enquête sur un mystère à ce jour irrésolu. Le livre débute en 2016, à l’hôtel Caumont d’Aix-en-Provence. Là, la belle exposition de la collection du prince de Liechtenstein est perturbée par un « enlèvement » des plus perturbants : celui de la Vénus au voile de Cranach l’Ancien, saisie par une juge et des enquêteurs avant même la fin de l’exposition, au vu et au su de tous. Stupeur. L’œuvre, qui figure en couverture du livre, est la plus célèbre de toute l’affaire Ruffini, un marchand d’art qui aurait trompé musées, experts et collectionneurs avec des dizaines de faux tableaux, probablement réalisés par un certain Lino Frongia. De zones d’ombres en anomalies, Vincent Noce interroge une escroquerie accablante… Aussi passionnant qu’un polar !
Visuel de une : Sarah Bernhardt dans son costume d’Hamlet en 1899 / © The Stapleton Collection / Bridgeman Images / Collection privée
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