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Dès l’arrivée à Rouen, alors que tout le quartier de la gare est empêtré dans de spectaculaires travaux, une odeur de XIXe siècle nous monte aux narines. Impossible de ne pas songer au personnage de Madame Bovary, dont l’escapade à Rouen est l’un des moments forts du roman écrit par Gustave Flaubert (1857). Les plus littéraires n’oublieront pas de le glisser dans leur poche avant de partir, pour relire ainsi ce passage : « Puis, d’un seul coup d’œil, la ville apparaissait. Descendant tout en amphithéâtre et noyée dans le brouillard, elle s’élargissait au-delà des ponts, confusément. La pleine campagne remontait ensuite d’un mouvement monotone, jusqu’à toucher au loin la base indécise du ciel pâle ». Pour avoir un aussi joli point de vue, on se rendra sur la colline de la côte Sainte-Catherine ; en 1892, Claude Monet y avait planté son chevalet pour y peindre une brumeuse et superbe Vue générale de Rouen.
Claude Monet, Vue générale de Rouen, 1892
Huile sur toile • 65 × 100 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts, Rouen • Active Museum / Le Pictorium
Avant de filer au musée, on prend le pouls de la ville en arpentant ses ruelles, très bigarrées : édifices médiévaux y côtoient bâtisses contemporaines et maisons à colombages. Ces dernières sont aujourd’hui au nombre de 2000 – la moitié d’entre elles ont été récemment restaurées. Rendez-vous dans les rues du Gros Horloge, Saint-Romain, Damiette, des Faulx et Eau de Robec pour en voir de très beaux spécimens. On remarque que les commerces s’intègrent tout en douceur à ce riche patrimoine : salons de thé, ébénistes et boulangeries s’accordent parfaitement avec le rythme changeant des façades, et une atmosphère un peu désuète mais tout à fait charmante se dégage ainsi des rues du centre-ville. Rue Beauvoisine, à quelques pas du muséum d’Histoire naturelle, on s’arrêtera un instant dans la poussiéreuse et sympathique librairie Les mondes magiques ; le libraire, passionné, vous conseillera volontiers sur le choix d’un livre d’occasion et vous offrira un thé ou un café.
Façades dans le centre-ville de Rouen
Rouen Normandie Tourisme & Congrès/JFLange
Après cette flânerie introductive, rendez-vous au musée des Antiquités, adossé au muséum d’Histoire naturelle. Tous deux accueillent en ce moment des œuvres d’artistes contemporains au sein de leurs collections permanentes, dans le cadre de la programmation « La Ronde », qui investit jusqu’au 25 mars les musées de la ville. On commence par une œuvre extérieure de RERO, un artiste français spécialiste des inscriptions biffées : au milieu du petit square André Maurois attenant aux musées, son installation déclame « Damnatio Memoriae ». Il fait référence à une pratique datant de la Rome antique consistant à effacer toutes les mentions (monuments, honneurs, documents) d’un personnage politique controversé. Une perspective d’oubli aujourd’hui totalement impossible, puisque Google, Facebook et Apple collectent très soigneusement nos données et en gardent la trace… Dans le musée des Antiquités, il faudra être un peu plus attentif : Sophie Dubosc a glissé au sein des vitrines de céramiques anciennes des éléments de vaisselle en pâte de cendre – un geste très discret, qui évoque son intérêt pour les rituels funéraires. À deux pas de là, dans les étages du muséum d’Histoire naturelle, Arnaud Caquelard invite de petits origamis de papillons dans une vitrine au milieu de roches, et, dans la galerie des oiseaux, quelques travaux en cours, comme un instantané de son atelier.
Arnaud Caquelard, …de mémoire à l’exposition « …de mémoire et Par don(s) » au Muséum d’histoire naturelle de Rouen, 2018–2019
Installation, laboratoire de formes, origamis, prototypes, objets trouvés, photographies • © Réunion des Musées Métropolitains, Rouen, 2019
Sophie Dubosc - Les derniers seront les derniers
Du 25 janvier 2019 au 25 mars 2019
Musée des Antiquités - Rouen • 198 Rue Beauvoisine • 76000 Rouen
museedesantiquites.fr
Arnaud Caquelard - De mémoire
Du 25 janvier 2019 au 25 mars 2019
Muséum d'histoire naturelle de Rouen • 198 Rue Beauvoisine • 76000 Rouen
museumderouen.fr
Les amateurs de mode et d’archéologie profiteront de leur passage au musée des Antiquités pour découvrir la courte exposition « Belle d’Égypte », qui met en valeur sa collection de textiles coptes (composée de tuniques et de draperies qui servaient notamment aux rituels funéraires dans l’Égypte antique). Quelques costumes d’opéras de 2013 ajoutent à l’ensemble une conclusion contemporaine. Cette petite présentation fait partie du programme « Fashion », riche de six expositions, qui nous mène dans six musées de la ville. Prochaine étape : le musée de la Céramique. On y découvre les bijoux les plus exceptionnels des collections rouennaises, dont un grand collier de perles et de dépouilles d’oiseaux du peuple shuar (Équateur, XXe siècle), un bracelet en tissu du festival Hellfest et une paire de broches d’oreilles en dents de dauphins (XIXe-XXe siècle). Une présentation anachronique et étonnante, qui fait écho à l’incursion de « La Ronde » : car, dans les collections permanentes, deux arcs-en-ciel monumentaux et dégoulinants de l’artiste Charlotte Coquen se sont glissés au milieu des assiettes, comme pour en révéler le kitsch délicieux.
Paire de broches d’oreilles féminines à l’exposition « Vous avez dit bijoux ? », au Musée de la céramique de Rouen, XIXe-XXe siècle
Dents de dauphin et perles de couleurs (verre coloré) enfilées et attachées à un morceau de corne (ou écaille de tortue) • Photo Yohann Deslandes/© Métropole Rouen Normandie
Le Temps des collections VII : Belles d'Egypte
Du 7 décembre 2018 au 19 mai 2019
Musée des Antiquités - Rouen • 198 Rue Beauvoisine • 76000 Rouen
museedesantiquites.fr
Si ces visions vous ont mis en appétit, rendez-vous à La Marmite. Ce restaurant coquet du vieux Rouen propose une cuisine normande revisitée de façon contemporaine par la chef Frédérique Antoine ; en salle, son mari, Jean-Luc, accueille les clients avec chaleur. L’ambiance est familiale et sympathique, les assiettes soignées et gourmandes. Puis, on finit la soirée au théâtre, dans l’un des lieux du Centre Dramatique National de Normandie-Rouen, dirigé par le metteur en scène David Bobée, comme le théâtre des deux Rives, Le 106 ou la Chapelle Corneille. Danse, créations, performances : il y en a pour tous les goûts !
Après un bon petit-déjeuner (ou, pour les plus sportifs, une balade matinale au bord de la Seine), le musée des Beaux-Arts vous attend pour quelques heures de visite. Entièrement gratuit (comme tous les musées précédemment cités), il possède l’une des plus belles et plus complètes collections de peintures et d’arts graphiques de France. Soit une soixantaine de salles, dont, en ce moment, une dédiée à la mode des années 1820–1840, riche de portraits peints, de gravures de mode, d’éventails et de robes. L’art contemporain de « La Ronde » s’est lui aussi glissé dans les collections : on lève le nez sur les silhouettes de nuages du jeune Victor Cord’homme au-dessus des plus grandes toiles historiques du musée (dont La Justice de Trajan d’Eugène Delacroix, peinte en 1840), on fixe les portraits photographiques aux regards lointains de Valérie Belin, on fait attention à ne pas marcher sur la peinture dissimulée entre deux plaques de bois au sol du facétieux Miquel Mont – et, enfin, on se laisse séduire par les assemblages fantasques et les aquarelles de Rina Banerjee, dont l’énergie colorée imprime avec force la rétine.
Hall principal du musée des Beaux-Arts, Rouen
© Phoro Bertrand Rieger/hemis.fr
Valérie Belin, Rina Banerjee, Victor Cord'homme
Du 25 janvier 2019 au 25 mars 2019
Musée des Beaux-Arts de Rouen • Esplanade Marcel Duchamp • 76000 Rouen
mbarouen.fr
La cathédrale Notre-Dame de Rouen, XIIIe-XVIe siècles
© DeAgostini/Leemage.
À deux pas du musée des Beaux-Arts se trouve l’un des meilleurs restaurants de Rouen : In Situ et son chef, Laurent Blanchard, proposent une cuisine ultra-fraîche, préparée avec des ingrédients de saison et un soin d’orfèvre, qui nous enchante de l’entrée au dessert. Le ventre bien rond, on marchera cinq minutes pour (enfin !) aller observer la façade fascinante de la cathédrale de Rouen, dont le style gothique et la flèche construite au début du XIXe siècle mènent le regard vers le ciel. À savoir : de 1876 à 1880, la cathédrale fut le plus haut bâtiment du monde – elle reste aujourd’hui la plus haute église de France.
Paco Rabanne, Robe mini, à l’exposition « Paco Rabanne, Métallurgiste de la mode » au Musée Le Secq des Tournelles
Plaques d’aluminium rectangulaires • Maison Paco Rabanne • © Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie
On retournera à notre exploration de « La Ronde » et de « Fashion » dans le très étonnant musée Le Secq des Tournelles. Celui-ci est installé dans une ancienne église du XVe siècle et est dédié à la collection de ferronnerie de Henri Le Secq des Tournelles (1854–1925) : escaliers, enseignes et bijoux disent aujourd’hui une messe toute métallique, qui répond parfaitement bien à l’invité du moment, Paco Rabanne. Le couturier espagnol a en effet créé l’événement dans les années 1960, en créant des robes en modules de métal – adorées entre autres par la filiforme Françoise Hardy –, ici présentées défilant dans la nef. En contrepoint contemporain, les affiches de Simon Boudvin, qui a relevé les dessins de grilles aperçues à Hanoï (Vietnam), ponctuent le parcours d’un minimalisme tout en lignes et en courbes.
Le Temps des collections VII : Paco Rabanne, métallurgiste de la mode
Du 7 décembre 2018 au 19 mai 2019
Musée Le Secq des Tournelles • 2, rue Jacques Villon • 76000 Rouen
museelesecqdestournelles.fr
Difficile de tout voir : si pour le moment nous nous étions concentrés sur les musées du centre-ville qui accueillent aussi bien les incursions contemporaines de « La Ronde » que les fantaisies de « Fashion », il vous faudra faire des choix pour la fin du parcours. Irez-vous au musée national de l’Éducation voir les illustrations au pochoir d’Arnaud Nebbache ? Ou au Hangar 107, nouveau lieu branché de la ville, déchiffrer les écritures étirées à l’extrême de Tania Mouraud (ce qui, dans ce cas, exigerait de prendre une voiture ou un bus) ? Pousserez-vous ensuite jusqu’à Elbeuf, à la Fabrique des savoirs, découvrir le drap de laine typique de la Normandie et tâter des yeux les photographies textiles de Stefano Bianchi ? Ou à Notre-Dame-de-Bondeville, découvrir les cotonnades imprimées ? À vous de choisir ! Une chose est sûre : après un tel week-end, nous ne lirons plus Rouen de la même façon !
Vue de l’exposition de Thomas Canto & RERO, « Objet Impossible », au Hangar 107 à Rouen
© Juan Cruz Ibanez
Arnaud Nebbache, un autre regard sur les murs de la classe
Du 25 janvier 2019 au 28 avril 2019
Musée National de l'Education • 185 Rue Eau de Robec • 76000 Rouen
www.reseau-canope.fr
Tania Mouraud – Écritures
Du 18 janvier 2019 au 9 mars 2019
Le Hangar 107 • 107, allée François Mitterrand • 76100 Rouen
www.hangar107.fr
Stefano Bianchi - Stracci
Du 25 janvier 2019 au 25 mars 2019
La Fabrique des savoirs • 7 Cours Gambetta • 76500 Elbeuf-sur-Seine
lafabriquedessavoirs.fr
Musée industriel de la corderie Vallois
185 Route de Dieppe • 76960 Notre-Dame-de-Bondeville
corderievallois.fr
En savoir plus
Y aller
Paris-Rouen en train de la gare Saint-Lazare : durée à partir de 1 h 10
Fashion
Du 7 décembre 2018 au 19 mai 2019
Dans les musées de Rouen et aux alentours
https://www.rouen.fr/evenement/2018/12/temps-collections-investit-musees
La Ronde
Du 25 janvier au 25 mars 2019
Dans tous les musées de Rouen et aux alentours
Où se loger ?
Hôtel de Bourgtheroulde
Installé dans un sublime bâtiment du XVe siècle, cet hôtel cinq étoiles mérite le détour pour ses chambres au charme boisé et à la décoration soignée, ainsi que pour son spa de 700 m2, sa piscine, son sauna, sa salle de sport…
Tarif : à partir de 150 euros la nuit • 15 place de la Pucelle, 76000 Rouen
02 35 14 50 50 • http://www.hotelsparouen.com/
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