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Jackie Bowyer porte un boléro en cotte de mailles en argent avec une mini-jupe assortie de Paco Rabanne. Elle le porte lors de l’ouverture de la nouvelle bijouterie Jones à Brompton Arcade, Knightsbridge, Londres, le 7 novembre 1967
© Peter King / Fox Photos / Getty Image
Dès sa première collection, « douze robes importables en matériaux contemporains », présentées au rythme du Marteau sans maître de Pierre Boulez en 1966 à l’hôtel Georges V, ce fut le succès. Pourtant, Francisco Rabaneda y Cuervo, dit Paco Rabanne, n’était pas du sérail. Né en 1934, cet autodidacte qui a fui avec sa famille l’Espagne et la dictature de Franco entre dans la mode de manière purement alimentaire, en travaillant comme modéliste et fournisseur pendant ses études d’architecture. Résolument inspiré et doué de ses mains, il agit comme un artisan et rompt très rapidement avec les codes institutionnels de la haute couture, redéfinissant la notion même de vêtement à travers une approche très architecturale identifiable au premier coup d’œil.
Paco Rabanne effectue une démonstration de découpe de métal devant une mannequin, Corinne Piccoli, vêtue d’une de ses créations Paris, 1968
© France / Gamma-Keystone via Getty Images
« Ses robes en métal frappent les imaginations : constituées de plaques métalliques articulées, transposant la cotte de maille de tabliers de boucher ou bien utilisant d’étonnants tissus métalliques « pare-balles » comme il le dit, elles font scandale à l’époque. On les juge lourdes et inconfortables − le métal ne tient pas chaud ! −, mais aussi indécentes, puisque la peau nue transparaît entre les interstices des modules. Le couturier revendique la subversion, estimant que ses robes sont des « manifestes », souligne Alexandra Bosc, commissaire de l’exposition.
Paco Rabanne, Robe mini, Collection haute couture Printemps-Eté, Plaques d’aluminium rectangulaires, ornées pour certaines de cabochons bombés de même métal, 1966
© Yohan Deslandes / Réunion des musées métropolitains Rouen-Normandie / Musée Le Secq des Tournelles
Perpétuellement dans la recherche, il ne se contente pas de faire des robes, il imagine de véritables créations artistiques pesant pour certaines près de 8 kilos. Longtemps considéré comme un « métallurgiste » pour reprendre les mots acerbes de Coco Chanel, partisane d’une couture plus traditionnelle, cet originaire du Pays basque espagnol fait figure d’iconoclaste. C’est la première fois dans l’histoire de la mode qu’un créateur se permet une telle audace ! Au-delà du métal qu’il va directement trouver chez des fournisseurs éloignés du monde de la couture à l’image de Weber Métaux, il s’attaque au plastique Rhodoïd, au cuir riveté, au papier, au plastique moulé « Giffo », à la fourrure tricotée ou encore aux plumes scotchées qu’il contreplaque sur des robes courtes, laissant deviner le corps tout entier. Forcément, ça marque les esprits !
Françoise Hardy, 1968
© Daniel Camus / Paris Match
« Je ne suis pas un grand couturier, ça ne m’intéresse pas. Je suis un technicien, un homme passionné de son époque, un amoureux de son temps. J’essaie de faire des vêtements de circonstance : se composer une attitude, une personnage », confie l’artiste, connu pour ses grands talents d’orateur. Et ça marche ! Le procédé modulaire qu’il invente permettant de relier des plaquettes les unes aux autres par des anneaux gagne immédiatement la reconnaissance du public. C’est l’une des qualités du créateur : avoir su dès sa première collection inventer une identité forte pour sa maison. Chez lui, pas de fil, ni d’aiguille mais plutôt un marteau, des pinces, des tenailles… La maison ne sera d’ailleurs agréée par la Chambre syndicale de la couture parisienne qu’en 1971, faute d’utiliser suffisamment de tissus dans ses collections ! Visionnaire inventeur d’une mode futuriste qui ne sert à rien ni même protéger du froid ou de la chaleur, il a su s’attirer l’attention des médias mais aussi de vedettes adulées de la jeunesse des sixties, à l’image de Françoise Hardy, Jane Fonda ou Brigitte Bardot. Salvador Dalí lui apportera même son soutien en déclarant non sans humour : « Il est le plus grand génie espagnol après moi-même. » Rien que ça !
Paco Rabanne, Micro-robe du soir, Collection haute couture, Automne-Hiver 1972–1973, Cotte de mailles dite « squam » en aluminium émaillé noir, garnitures de strass
© Réunion des musées métropolitains Rouen-Normandie
Complétée d’archives rares, de magazines de l’époque et d’écrans diffusant des interviews télévisées de Paco Rabanne, cette exposition – gratuite, soulignons-le – s’inscrit dans le cadre de la septième édition du Temps des collections. Organisée par la Réunion des musées métropolitains Rouen-Normandie autour de la thématique de la mode et du textile, cette initiative lancée en 2012 entend remettre les collections au cœur de la programmation des musées afin d’en révéler les richesses et la variété. « Il ne faut pas oublier que Rouen est un berceau de production de la mode et des textiles », rappelle Alexandra Bosc.
Le Temps des collections VII : Paco Rabanne, métallurgiste de la mode
Du 7 décembre 2018 au 19 mai 2019
Musée Le Secq des Tournelles • 2, rue Jacques Villon • 76000 Rouen
museelesecqdestournelles.fr
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