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Après avoir confié sa collection printemps-été 2021 au réalisateur italien Matteo Garrone, Dior s’invite au château de Versailles et double la mise. Derrière la caméra ? Fabien Baron, photographe de mode et collaborateur de Maria Grazia Chiuri, la directrice artistique des collections femme. Résultat ? Un film d’une petite dizaine de minutes, qui nous mène des brumes du parc du château à la célébrissime galerie des Glaces, lieu d’un défilé superbe, vif et structuré. Un détail, non des moindres : les miroirs ont été opacifiés par la plasticienne Silvia Giambrone, comme une invitation à revoir les diktats imposés aux femmes. La danse tient une place de choix dans ce court métrage à l’élégance obscure, et répond avec grâce aux robes, manteaux et sacs de cet automne-hiver 2021–2022.
On oublierait presque d’observer les tenues, tant sont hypnotiques les images vertigineuses de ce film de 13 minutes. Dirigée par le styliste Hedi Slimane, la caméra n’entre jamais dans le château de Chambord mais en montre les hauteurs, les mannequins défilant sur les vastes terrasses qui longent les tours. Un point de vue inédit – pour un « effet waouh » plus que réussi ! Dans les oreilles, un très beau Time Slip signé The Loom, qui donne à ces chevaliers contemporains des airs adolescents et urbains. On aime particulièrement le final nocturne, surmonté par une pleine lune bleue et illuminé de dizaines de torches enflammées.
Décidément, le musée du Louvre n’a pas fini de prêter un peu de sa superbe aux marques de mode ! Après une collaboration remarquée avec la marque de prêt-à-porter Uniqlo, le voilà qui accueille les vêtements oversize des silhouettes femmes de Louis Vuitton – plus précisément, d’une collection capsule réalisée avec l’atelier Fornasetti. La bande-son est quasi vintage, puisqu’elle sample différents tubes des Daft Punk récemment séparés. Les sols en marbre et les sculptures grecques, étrusques et romaines cohabitent avec des installations lumineuses qui transforment le musée en catwalk ultra-contemporain ; pas le défilé le plus convaincant, mais définitivement le plus tape-à-l’œil.
Attention, mélancolie en vue : après plus d’un an loin des clubs, la ritournelle dance convoquée par le directeur artistique Felipe Oliveira Baptista nous rappelle amèrement la liberté perdue des corps dansants. Le décor est d’une rigueur efficace : un fond noir sans angle, et un sol rond d’un blanc lumineux, où s’agitent des mannequins en transe. Filmés par le photographe de mode Oliver Hadlee Pearch sur une musique planante et pétillante de Planningtorock, leurs silhouettes enrobées de grands pans de tissus colorés et virevoltants s’amusent comme on ne le fait plus. Un joli bonbon, à savourer en espérant des jours meilleurs.
2 minutes et 21 secondes : le film est très court, semble tourné par des amateurs lors d’un confinement passé à la campagne. La créatrice parisienne Marine Serre, 29 ans, est la coqueluche des stars, qui adorent ses combinaisons moulantes couvertes de demi-lunes. Son dernier défilé virtuel convoquait une musique dystopique et montrait des corps aux genres indistincts. Celui-ci fait cohabiter des amoureux dans un bain, un bébé, un couple aux cheveux blancs qui joue… Puis des textiles, des techniques et des motifs, aux noms lentement énoncés. Énigmatique ? Certes, mais étrangement révélateur d’influences en pagaille, pour une collection automne-hiver que l’on ne découvre que par indices.
La claque. Le plus beau défilé virtuel de l’automne-hiver 2021–2022 est sans conteste celui de Virgil Abloh pour la collection homme de Louis Vuitton. Des montagnes enneigées, des patineurs dansants, puis un décor si beau qu’il frappe la rétine pour longtemps – une évocation du pavillon de Barcelone (1929) de Mies Van Der Rohe ? N’oublions pas que le prodige Abloh a fait des études d’architecture, puis défini son style en autodidacte surdoué. Un mur de marbre vert, donc, et surtout des dizaines de mannequins-personnages, qui évoquent gangsters des années 1970, poètes perdus, voyous, galeristes (etc, etc) sur fond jazzy. C’est délicieusement évocateur, Abloh revisitant des codes bien connus, et pourtant très frais. Un shoot mentholé, imprégné d’une culture noire trop longtemps absente des podiums.
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