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Tout comme Liverpool est irrésistiblement associé aux Beatles, ou Memphis à Elvis Presley, Figueres est indissociable de Salvador Dalí. C’est ici que l’artiste est né (le 11 mai 1904), qu’il a grandi, noué des amitiés. Et qu’il s’est imprégné des paysages… Ces expériences vont irriguer son œuvre, tout au long de sa vie. Arpenter la ville, c’est donc marcher directement dans les pas du génie. Commencez par calquer votre allure sur celle de ses habitants qui palabrent sur la Rambla (et prenez le temps pour une fois !). Sur l’une des terrasses des cafés bordant cette petite place, Dalí et Luis Buñuel écriront le scénario d’Un chien andalou.
De la Rambla, il faut se glisser dans la carrer Monturiol que Dalí avait modestement baptisée « rue des génies », car y ont vu le jour l’inventeur Monturiol, des écrivains, des musiciens, des sculpteurs, des historiens catalans… En plus de lui-même, bien sûr ! Le petit Salvador a passé ses huit premières années avec son notaire de père, sa mère et sa sœur cadette, Anna Maria, au numéro 6 (autrefois numéro 20) de cette fameuse rue, avant de déménager au numéro 10 (autrefois 24). Le bâtiment de l’architecte Josep Azemar, à l’époque fraîchement élevé, n’a rien perdu de son charme bourgeois Art déco. Au rez-de-chaussée se trouvait l’étude du notaire. Ce bureau a servi, en 1925, de théâtre pour une lecture du poète Federico García Lorca, l’ami de Dalí – de quoi enchanter l’intelligentsia locale.
Levez les yeux et contemplez la terrasse. Dalí l’adolescent avait accaparé ce toit, transformant l’un des minuscules lavoirs qui s’y trouvaient en atelier de peinture. Cette terrasse avait aussi l’avantage d’offrir au jeune peintre une vue imprenable, visible dans la Jeune fille de Figueres (1926) : « Tout le panorama jusqu’à la baie de Roses semblait m’obéir et dépendre de mon regard », écrira-t-il.
La maison natale de Dalí, carrer Monturiol
© Franck Guiziou / hemis.fr
À voir
Calle Monturiol • 17600 • Figueres Girona • Espagne
Des jouets ? Quel rapport avec Dalí ? Surprise ! Installé dans une ruelle, le museu del Joguet n’oublie pas la star locale et évoque Dalí enfant grâce aux photographies, aux dessins et un adorable témoignage : un ours en peluche, acheté au cours d’un voyage à Paris par le père Dalí pour ses enfants et baptisé « Don Osito Marquina ». La peluche, bien conservée dans les vitrines, fascinait Federico García Lorca, qui en parle dans ses lettres.
Si vous êtes dans les parages un mardi, jeudi ou samedi, filez au marché qui se tient Plaça del Gra sous une structure en fer et tuiles érigée en 1887. Les rues adjacentes sont aussi bien achalandées en boutiques et restaurants de tapas : observez l’un des régimes favoris du peintre et goûtez à la botifarra dolça, une saucisse douce locale. De quoi vous mettre en bouche avant de rejoindre le théâtre-musée Dalí dont la façade est ornée d’œufs et de pains de campagne, ces aliments dont l’artiste se nourrissait depuis l’enfance et motifs fétiches de son œuvre – une « obsession », dit-il lui-même.
Figueres, le marché de la Plaça del Gra
© Franck Guiziou / hemis.fr
« Je veux que mon musée soit un bloc unique, un labyrinthe, un grand objet surréaliste. Ce sera un musée absolument théâtral. Les visiteurs en sortiront avec la sensation d’avoir eu un rêve théâtral. » À voir la somme d’architectures délirantes (tiens, une coupole géodésique !), d’installations insolites (vraiment, des lavabos fluorescents ! et une Cadillac « pluvieuse » !) et l’accumulation d’œuvres très surprenantes (du dada, du pop-art, de l’hyperréalisme et même des hologrammes). Pas de doute… Dalí a réussi son pari ! Bâti sur les ruines de l’ancien théâtre municipal de Figueres, calciné par les soldats de Franco en 1939, cet édifice inauguré en 1974 est le grand « ready made » de l’artiste, une œuvre taillée à sa (dé)mesure. La Torre Galatea, contiguë au musée, sera d’ailleurs sa dernière résidence après la mort de Gala, son grand amour et muse. Et c’est dans la crypte, sous la coupole, qu’il a choisi de reposer, non sans avoir été embaumé.
Le théâtre-musée Dalí, à Figueres
© Jon Arnold Images / hemis.fr
Après cette visite hallucinante dans l’antre de Dalí, ne manquez pas (dans un édifice jouxtant le théâtre-musée) la découverte de la collection Owen Cheatham, la merveilleuse réunion d’une cinquantaine de bijoux conçus par Dalí. Des sculptures de perles, des serpents en émeraude, des grappes de raisins en améthyste chargées de têtes de mort… L’imaginaire dalinien est d’or. Gros coup de foudre pour le cœur en or et rubis qui, grâce à un ingénieux mécanisme, palpite… vraiment !
Gamin, il comptait les jours qui le séparaient de l’éden : depuis 1908, la famille Dalí passait chaque été au bord de l’eau à Cadaqués ! Du balcon de la maison louée, le jeune Dalí admirait et peignait des après-midi entiers les barques léchant la rive à Port Alguer ou Es Cucurucuc, un des îlots de la baie : « Mon paradis mystique commence dans les plaines de l’Ampurdan, entouré par les collines des Albères, et trouve sa plénitude dans la baie de Cadaqués. Ce pays est mon inspiration permanente. » Aujourd’hui, même si le tourisme y est très présent, la ville n’a rien perdu de son éclat.
À partir de 1925, García Lorca est des convives des Dalí. Puis c’est Luis Buñuel. Le peintre est alors installé dans une maisonnette à Es Llaner. Mais en 1929, une autre personnalité chamboule le paysage dalinien : Gala. C’est le coup de foudre, mais aussi la colère et la rupture avec le père de Salvador qui n’accepte pas son amour pour cette femme mariée et déjà mère. Le couple ira trouver refuge pas très loin, à Portlligat, un village de pêcheurs.
Le village de Cadaqués
© Arnaud Spani / hemis.fr
Régulièrement, la famille avait l’habitude de naviguer vers le cap de Creus où les formations rocheuses fantastiques, sculptées par le sel et la tramontane, vont durablement imprimer l’imaginaire dalinien, et s’inviter dans de nombreuses peintures tel le fameux Le Grand Masturbateur de 1930. Pour lui, ses formes étaient comme « vivantes ». En se promenant sur cette côte où poussent des « éternelles » aux odeurs épicées, on lui donne raison.
Comarque de Alt Emporda, parc naturel du Cap Creus
© Patrick Escudero / hemis.fr
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En voiture, longer la route depuis Cadaqués jusqu’au cap. En saison, il est possible de se restaurer sur place.
Au départ, ce n’était que 4 m2. Ce débarras pour filets de pêcheurs a servi, à partir de 1930 et jusqu’en 1982, de refuge « intra-utérin », selon les mots de Dalí, pour son couple avec Gala. À partir de ce modeste réduit, l’artiste va créer durant 40 années une maison-labyrinthe à son image. De la première pièce, où vous êtes accueilli par un ours polaire empaillé, à la piscine phallique, le ton est donné : tout est ici délicieusement Dalí. Dans ce palais baroque aux murs blancs, l’artiste travaillait sans relâche environ sept mois par an. Ne manquez pas de scruter la pièce qui lui servait d’atelier, où trône encore un ingénieux système de chevalet permettant aux grands formats de s’enfoncer dans le sol et ainsi au peintre de travailler à la hauteur voulue.
Portlligat, petit village de pêcheurs qui abrite la maison-musée Salvador Dalí
© Franck Guiziou / hemis.fr
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Attention réservation obligatoire pour visiter la maison – renseignements sur www.salvador-dali.org
Le château de Púbol, grande bâtisse médiévale située dans le Bas-Ampurdan, est le royaume de Gala. La muse de Dalí, épuisée par les relations publiques de l’artiste, a 74 ans lorsque celui-ci lui achète ce lieu calme, propice à la retraite. Une condition : Dalí n’y viendra que sur invitation formulée par son épouse sur papier bristol. Ouvert au public depuis 1996, le bâtiment sur trois étages, avec ses chandeliers et ses portes luxueuses verse du côté aristocratique de Gala, princesse russe, qui repose au sous-sol de la demeure depuis sa mort en 1982. Bien sûr, l’artiste n’a pu résister de laisser s’exprimer sa fantaisie notamment à travers des trompe-l’œil (des portes qu’on avait fait enlever, des radiateurs que Gala ne voulait pas voir et qui réapparaissent par magie…). Au fond du jardin, on retrouve aussi sa touche d’extravagances avec des bustes colorés de Richard Wagner, compositeur cher à Dalí.
Le château-musée de Gala Dalí, à Pubol, l’entrée du château et la salle de musique
© Jerónimo Alba et Lucas Vallecillos / Alamy / Hemis
Dans le garage du château de Púbol, on trouve aussi la Cadillac avec laquelle le couple sillonnait les routes de l’Ampurdan. Dans ses peintures, Dalí a toujours maintenu des liens avec ce paysage qui s’étend de la sierra de las Gavarres au massif du Montgrí et englobe les îles Medes, sept îlots rocheux que l’on contemple sur la mer et desquels l’artiste se réclamait « seigneur ».
La Cadillac de Dali, conservée au château de Pubol
© Lucas Vallecillos / Alamy / Hemis
Préparez votre voyage
Figueres est accessible en avion (1 h depuis Barcelone) mais le train (trajet de 5 h 22) depuis Paris Gare de Lyon est très pratique.
Pour profiter pleinement de la visite des trois musées Dalí, il faut compter minimum 2 jours. La distance entre les musées est telle qu’il faut prévoir un déplacement d’au moins 40 km si l’on veut aller de Figueres à Portlligat (Cadaqués) et 40 km supplémentaires pour se rendre de Figueres à Púbol (près de la Bisbal d’Empordà, direction Gérone).
Monaco expose une facette moins connue de Dalí
À l’occasion du 30e anniversaire de la mort de Salvador Dalí, le Grimaldi Forum à Monaco propose de revenir à l’essence même du génie. Exit le Dalí pitre, vive le Dalí peintre ! La grande exposition estivale « Dali une histoire de la peinture » réunissant une centaine d’œuvres fait place au génie touche-à-tout (du cubisme à l’hyperréalisme en passant par le surréalisme), fortement inspiré par les classiques qu’il admirait, Vermeer, Raphaël, Michel-Ange…
Dalí, une histoire de la peinture
Du 6 juillet 2019 au 8 septembre 2019
Grimaldi Forum • 10, avenue Princesse Grace • 98000 Monaco
www.grimaldiforum.com
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