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Puisque la quinzième édition de la Biennale de Lyon se veut être un « paysage traversé », on débutera ce week-end d’art par une balade dans les allées du parc de la Tête d’Or. Celui-ci a été créé en 1857 par les urbanistes Denis et Eugène Bühler, et est sans doute l’un des plus beaux espaces verts de France, tout habité de biches et d’oiseaux, et doté d’un lac et de serres. Une belle introduction, donc, à la visite du macLYON, situé à l’une des sorties du parc et qui accueille huit artistes de la Biennale.
Vue du parc de la Tête d’Or à Lyon
© Camille Moirenc / hemis.fr
La « traversée » débute dès la façade du musée, sur laquelle l’Américaine Nina Chanel Abney (née en 1982) a étendu une grande fresque où des corps blancs, bruns et noirs s’entremêlent joyeusement. Dans l’entrée, Josèfa Ntjam (née en 1992) expose quelques céramiques oniriques à deux pas d’une vidéo cynique d’Aguirre Schwarz (ex-ZEVS, né en 1977), qui fait fondre les logos de tous les partenaires de la Biennale – dont Beaux Arts Magazine ! Et… la Fondation Total, dont la présence étonne au vu de la conscience écologique que se donne la Biennale. Bon. À l’étage, c’est Renée Levi qui convainc le plus, avec ses immenses traces de spray fluorescent sur les sols et les murs du musée, geste immense et vigoureux. L’installation de la jeune Gaëlle Choisne (née en 1985) reste également en mémoire, mêlant bâches de plastique, mégots et fortune cookies d’argile dans un Temple of love poisseux, aux côtés de vidéos de plantes flottant dans une sorte de danger sous-jacent – « l’urgence environnementale », nous dit le cartel. Le ton est donné.
Nina Chanel Abney, Femmes, 2019
© Blaise Adilon
Il vous faudra traverser toute la ville de Lyon (ou presque) pour vous rendre aux usines Fagor-Brandt. Mais faites donc une pause sur la presqu’île, épicentre de Lyon, pour voir l’œuvre folle de Shana Moulton (née en 1976). Tout droit débarquée d’un rêve psyché new age, l’artiste pose dans la rue du Président Carnot une sorte d’arche violette et hypnotique ornée d’yeux mystérieux. Euphorisant ! Puis, passez devant le parking des Cordeliers, qui accueille une installation de palmiers signée Trevor Yeung (né en 1988). Enfin, arrêtez-vous pour déjeuner au restaurant L’Établi, adresse de choix pour papilles exigeantes, où le chef Louis Fargeton revisite avec goût les classiques de la cuisine locale.
Shana Moulton, Destiny Oracle Portal, 2019
© Louise Meizonnier
Les usines Fagor-Brandt, enfin. Immenses. Portant les traces des activités de l’ancienne fabrique d’électroménager – bureaux, panneaux et marquages au sol. Il y a six ans, plus de 200 ouvriers étaient licenciés suite au dépôt de bilan de l’entreprise ; désertion et pollution des sols hantent ainsi ce lieu, aujourd’hui récupéré pour des propositions culturelles telles que le festival des Nuits Sonores et la Biennale de Lyon. Il a ainsi remplacé la Sucrière, cinq fois plus petite (6000 mètres carrés), coutumière de la Biennale. Si grand qu’il en est presque vertigineux, on peut donc tout d’abord l’explorer en visiteur ému d’un lieu où flotte une odeur de désastre. Observer ses plafonds si hauts, effleurer ses murs… Puis, enfin, entrer dans le cœur de « Là où les eaux se mêlent » – sublime titre de la Biennale inspiré par un poème de l’Américain Raymond Carver.
Fernando Palma Rodriguez, Tetzahuitl, 2019
© Blaise Adilon
Ce premier tour permet de mesurer l’ampleur du parcours. Comme nous le soufflait l’un des commissaires invités pour cette 15ème édition, « il n’y aura plus jamais de première fois aux usines Fagor ». Le sentiment est, il est vrai, unique. Une cinquantaine d’artistes (certains très jeunes !) sont réunis dans 29 000 mètres carrés ; et si leurs propositions semblent plus ou moins bien communiquer entre elles – plutôt moins que plus –, on ne peut qu’être soufflé devant l’ambition plastique de certaines. Il y a les ronces géantes en aluminium de Jean-Marie Apriou (né en 1986), entre lesquelles on passe comme dans une végétation sauvage qui se serait emparée du lieu ; il y a aussi les danseurs de Malin Bülow (né en 1979), qui évoluent dans de gigantesques membranes de lycra gris suspendu au plafond, tels des mouches prisonnières d’une toile. Plus loin, l’avion démembré de Rebecca Ackroyd (née en 1987) nous plonge dans une vision apocalyptique à laquelle répond un paysage blanc où traîne une moto solitaire, de Stéphane Thidet (né en 1974). Enchantement total devant la « cuisine » glacée dans le sel de Bianca Bondi (née en 1986), puis vertige sur la passerelle installée en hauteur par Yona Lee (née en 1986). Mille sensations nous assaillent… Quitte à nous laisser une impression légèrement cacophonique.
Stéphane Thidet, Le Silence d’une dune, 2019
© Adagp, Paris, 2019. Photo : Blaise Adilon
Après un tel bain d’art, et pour continuer dans la métaphore des flux et des eaux, rendez-vous au Centre Nautique Tony Bertrand pour dîner au-dessus des bassins, à La Piscine. Son chef, Benjamin Sanchez, invite régulièrement des cuisiniers de renom à visiter avec lui les possibilités du terroir lyonnais – entre autres escapades.
Centre nautique Tony Bertrand
© Camille Moirenc / hemis.fr
De nombreuses expositions sont associées à la Biennale de Lyon : vous pouvez compléter votre visite au couvent de la Tourette, construit par Le Corbusier à Éveux, qui accueille une très belle exposition de l’artiste allemand Anselm Kiefer (né en 1945). Vous pouvez également changer totalement de coin, en vous rendant à la Halle des Bouchers de Vienne ou à la Villa du Parc d’Annemasse, et ainsi découvrir le dynamisme de la région Rhône-Alpes. Mais pour les voyageurs sans voiture, une visite du musée des Beaux-Arts s’impose, surtout si vous avez aimé le travail de Renée Levi au macLYON : ses peintures murales abstraites dialoguent ici avec les immenses fresques figuratives et fantasques d’Antwan Horfee (né en 1983). Ébouriffant!
Anselm Kiefer, Résurrection, 2019
© Anselm Kiefer et Jean-Philippe Simard
Anselm Kiefer à La Tourette
Du 24 septembre 2019 au 22 décembre 2019
Couvent de la Tourette • Route de la Tourette • 69210 Éveux
www.couventdelatourette.fr
Si vous avez le goût et la possibilité de vous permettre un restaurant étoilé au Guide Michelin, Lyon offre bien sûr de nombreuses pistes alléchantes. On tentera l’un des plus célèbres d’entre eux, le joli et contemporain Têtedoie, installé sur la colline de Fourvière. D’après l’inspecteur du Michelin, « son plat emblématique, homard en cocotte et cromesquis de tête de veau, est tout bonnement exquis ». Tentons !
Le restaurant gastronomique Tetedoie, sur le haut des pentes de la colline de Fourvière
© Bertrand Rieger/ hemis.fr
Le ventre rond et les yeux quasi-clos, laissez-vous tranquillement porter vers Villeurbanne, où un ultime sursaut d’art vous attend à l’IAC. Dix artistes composent le parcours de cette « Jeune création internationale » : les bestioles mi-insectes mi-plastiques de Théo Massoulier voisinent avec les sublimes et délirantes sculptures de mosaïque de Zsófia Keresztes (née en 1985), et Randolpho Lamonier (né en 1988) questionne son Brésil natal avec une proposition queer à souhait. Mais l’œuvre la plus mémorable, mélancolique et lumineuse, est celle de Charlotte Denamur (née en 1988), qui suspend au plafond une gigantesque tenture peinte en bleu délavé, où nagent des figures humaines. Elle semble être la plus belle illustration du titre de la Biennale, « Là où les eaux se mêlent ». À moins qu’on ne choisisse de retenir la manifestation spontanée des migrants, venus à l’inauguration de la Biennale avec des pancartes où l’on pouvait lire : « J’ai vu mourir les miens pour aller là où les eaux se mêlent »…
Randolpho Lamonier, Uma promessa, 2018
© Pedro Napolitano Prata
15e Biennale d'art contemporain de Lyon - Là où les eaux se mêlent
Du 18 septembre 2019 au 5 janvier 2020
Usines Fagor-Brandt, macLyon et à travers la ville
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