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Biennale de Lyon

Biennale de Lyon, focus sur 4 artistes aériens

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Ancrés à Montréal, Berlin, Rio ou Limassol, ils font une escale remarquée, cet automne, dans les « Mondes flottants », l’exposition principale de ce grand rendez-vous.

Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou-Metz et commissaire de la biennale de Lyon 2017, a concocté, pour cette 14e édition, une déambulation singulière à travers la création contemporaine : « L’art garde une grande force émancipatrice et permet au spectateur de prendre la tangente par le rêve, explique-t-elle. Mon désir, c’est que le visiteur se sente navigateur au sein du paysage constamment mouvant, traversé de flux et d’énergies » que compose cette double exposition, au MAC et à la Sucrière (avec une incartade place Antoine Poncet, où s’élève un utopique dôme géodésique de Richard Buckminster Fuller). Une biennale comme un plan d’évasion, donc, mais bien ancrée dans le réel. La présence d’artistes latino-américains, qui ont résisté de tout leur art aux dictatures, comme Cildo Meireles, rappelle comment peuvent se former des bulles de résistance dans les situations les plus tragiques. De nuages de mots en nébuleuses de sons, de cerfs-volants en immersions mélancoliques, le parcours se refuse à tout spectaculaire, pour favoriser l’expérience du visiteur. Particulièrement attendues, les nouvelles productions de Jill Magid, Melik Ohanian, Hans Haacke, Fernando Ortega ou Shimabuku nous invitent dans un monde qui flotte, mais qui surtout pense à demain.

1. Julien Discrit, l’homme de l’invisible

Rendre visible ce qui ne se voit pas, telle est la quête sans cesse renouvelée de Julien Discrit. Cartes IGN ajourées, relevés topographiques, sédiments, diagrammes… autant de données que ce trentenaire exploite pour tenter de révéler la face cachée du réel et ses terres inconnues. Un de ses derniers projets en date ? De superbes cyanotypes (technique ancestrale de photographie) sur fond bleu, proposant une visualisation graphique de chants d’oiseaux. Exploration du son… et aussi du temps et de la tension entre le visible et le dissimulé : dans son film, Un jour, un jour, il s’inspire d’un des bâtiments mythiques de Montréal (où il vit une partie du temps), la Biosphère. Ce dôme géodésique, conçu dans le cadre de l’Exposition universelle de 1967 par l’architecte Richard Buckminster Fuller, a pris feu en 1976, et il ne subsiste aujourd’hui que sa structure transparente. L’artiste s’essaie à « reconstituer » l’incendie, exploitant ce motif pour composer une parabole de la fin des utopies modernistes.

Julien Discrit, Chant du merle noir
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Julien Discrit, Chant du merle noir, 2016

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Réactivant la technique photographique oubliée du cyanotype, Discrit livre au bleu de Prusse le chant des oiseaux, ici réduit à leur fantomatique spectrogramme.

Cyanotype sur papier • 59 × 40 cm • Courtesy de Julien Discrit et de la Galerie Anne-Sarah Bénichou, Paris / © Julien Discrit

2. Jorinde Voigt, les chants de la Terre

De loin, cela ressemble à de précieuses partitions. Les formes y flottent sur un enchevêtrement savamment orchestré de lignes, où se mêlent l’or et le graphite. Immersives comme le sont peu de dessins, les œuvres de Jorinde Voigt, née en 1977 et installée à Berlin, se composent comme des mondes en soi. De façon plus ou moins cryptée, elles hébergent toutes sortes de données, spirituelles, scientifiques, météorologiques, qui leur donnent cette allure de parchemin ancien, enluminé de modernité. À Lyon, l’artiste allemande, célébrée de biennale en biennale, introduit la couleur dans ses feuilles immenses (elles font ici jusqu’à 8 mètres de long, formant un espace en soi). Elle dévoile les derniers fragments de son opus intitulé Song of the Earth. Inspirés par le Chant de la Terre, symphonie de Gustav Mahler, ces dessins, qui combinent art visuel et musique, se laissent traverser par différents mouvements de notre système solaire, à commencer par la rotation de la Terre. Aussi cosmiques que chorégraphiques, ils s’offrent à lire à des performers, autorisés à en donner une interprétation des plus libres.

Jorinde Voigt, Radical Relaxation (VI) (Stress + Freedom) Sloterdijk / Rousseau
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Jorinde Voigt, Radical Relaxation (VI) (Stress + Freedom) Sloterdijk / Rousseau, 2016

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Avec leurs formes organiques et flottantes, les vastes dessins de Jorinde Voigt composent d’abstraites chorégraphies. Durant la biennale, ils s’offriront aussi à l’improvisation de musiciens, invités à digresser à partir de leurs lignes.

Craie grasse, pastel, crayon sur papier • 140 × 100 cm • © Courtesy de Jorinde Voigt / Photo Roman März

3. Daniel Steegmann Mangrané, la nature pour toute culture

Et si le musée devenait jardin ? Sans aller aussi loin, Daniel Steegmann Mangrané plante de petites graines dans tous les lieux d’art qui l’invitent, histoire de rappeler les liens qui nous unissent à la nature. Il lui est ainsi arrivé d’inciser le sol d’un espace d’exposition afin d’y faire pousser des plantes invasives ou de transformer le Centre Pompidou-Metz, au printemps dernier, en une terre féconde, pour l’exposition « Jardin infini – De Giverny à l’Amazonie ». « Confondre l’intérieur et l’extérieur de l’exposition est l’un des premiers devoirs de l’art : l’espace du musée ne peut plus être un espace d’accumulation d’artefacts, isolé et protégé de l’extérieur, mais un lieu où notre rapport aux objets et à la réalité est reconfiguré », assure-t-il. L’artiste espagnol, installé à Rio, compose à Lyon une installation d’allure parfaitement moderniste, mais plus tropicale que jamais. Un paysage digne de l’ère de l’anthropocène, où il est question de papillons, de terres fertiles et d’exubérance du vivant.

Daniel Steegmann Mangrané, Scénographie
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Daniel Steegmann Mangrané, Scénographie, 2013

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L’artiste imagine des scénographies singulières et immersives, comme ici à abc-art berlin contemporary.

Rideaux Kriska en aluminium découpés au laser • © DR. Courtesy et © Daniel Steegmann Mangrané

4. Christodoulos Panayiotou, la couleur de l’argent

Les pulp fictions, ce sont toutes ces histoires triviales et bourrées de clichés, dédiées à la distraction des masses populaires et imprimées sur du papier ultra bon marché, le pulp paper. Pour ses pulp paintings, Christodoulos Panayiotou s’inspire de cet héritage. Mais ses monochromes pastel, a priori sans saveur, en ont bel et bien une : celle de l’argent. Car leurs pigments proviennent en fait de billets de banque démonétisés. Manière, pour l’artiste chypriote qui aime à se faire l’archéologue de nos sociétés contemporaines, de questionner la valeur de l’argent, sur fond de crise de l’euro et de marché de l’art florissant. Repéré à la biennale de Venise de 2015, où il représentait son pays, ce trentenaire, qui vit et travaille entre Limassol et Paris, n’a de cesse de mettre en scène les fondements de la civilisation occidentale, les récits nationalistes, les épopées qui ont construit l’Europe. Mais il traduit cette vaste ambition par des installations des plus dépouillées : un sol, un papier peint, une image unique disposée sur le mur… Une œuvre condensée à l’extrême pour un effet maximal.

Christodoulos Panayiotou, Untitled
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Christodoulos Panayiotou, Untitled, 2016

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De simples toiles abstraites ? Peut-être, mais chargées d’une forte symbolique. L’artiste chypriote les a, en effet, peintes à partir de pigments de billets de banque démonétisés.

Ensemble de sept pulp paintings sur toile montés sur châssis aluminium et encadrés • 280 × 180 cm chacun • Courtesy de Christodoulos Panayiotou et de la Galerie kamel mennour, Paris / © Christodoulos Panayiotou / © & Photo archives kamel mennour.

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14e biennale de Lyon - Mondes flottants

Du 20 septembre 2017 au 7 janvier 2018
À la Sucrière, au MAC et place Antoine Poncet

www.labiennaledelyon.com

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