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Week-end culturel

Saint-Nazaire, capitale navale à la poésie de béton

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Publié le , mis à jour le
Elle a été détruite à plus de 80 % durant la Seconde Guerre mondiale et garde aujourd’hui des traces monumentales de son usage naval par les Allemands. Saint-Nazaire, petite sœur de Nantes, construit aujourd’hui les plus grands bateaux du monde et se révèle passionnante pour un week-end de visites. Au programme : patrimoine militaire, art contemporain et plantes sauvages.

Samedi – 10h : Retrouver Felice Varini sur les toits du port

À nous deux, Saint-Nazaire ! Tel Eugène de Rastignac, c’est en hauteur que nous croquerons la ville d’un premier coup d’œil panoramique. Et pas que pour le geste, puisqu’une gigantesque fresque de Felice Varini (né en 1952) nous attend sur les toits du port de la ville. Comme à son habitude, l’artiste suisse a peint d’immenses motifs géométriques qui ne se dévoilent qu’en les regardant depuis un point très précis. Cette anamorphose monumentale révèle une Suite de triangles, répartis le long d’une ligne droite, et peints en 2007 pour une manifestation d’art éphémère autour de l’estuaire de la Loire. Pérennisés, ils se montrent dans leur totalité depuis les toits du bâtiment où se visite le sous-marin Espadon – mis en service en 1960. Celui-ci se parcourt désormais comme un long boyau de fils électriques et de banquettes pour sous-mariniers entassés (claustrophobes s’abstenir !).

Felice Varini, Parcours estuaire, suite de triangles sur la terrasse panoramique de la base sous-marine de Saint-Nazaire
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Felice Varini, Parcours estuaire, suite de triangles sur la terrasse panoramique de la base sous-marine de Saint-Nazaire, 2007

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Photo André Morin LVAN

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"Suite de triangles" de Felice Varini

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Sous-marin Espadon

12h : L’art de Gilles Clément pousse dans le béton

Puisqu’on y est si bien, restons sur les toits. Cette fois-ci, sur ceux de la base sous-marine – construite et exploitée par les Allemands durant la Deuxième Guerre mondiale, elle est aujourd’hui réhabilitée en lieu de culture, centre névralgique de la ville. Le jardinier Gilles Clément (né en 1943) a transformé son toit entre 2009 et 2012 pour en faire une terrasse fertile, dite le Jardin du Tiers-Paysage. Là où les hommes et les machines faisaient trembler le monde poussent désormais les graminées et les orpins, plantes locales et tenaces, pas tapageuses pour un sou mais étonnamment résistantes. Celles-ci disent beaucoup de la philosophie de Gilles Clément : faire bien avec peu, laisser la nature évoluer, intervenir avec parcimonie. Son nom est si célèbre que la sobriété et les tons automnaux du jardin pourront désarçonner, mais c’est là toute sa beauté : nous attirer dans ce paysage de béton où résonnaient les bombes pour observer de simples plantes sauvages.

Gilles Clément, Le jardin du Tiers-paysage au « Bois des trembles ». Toit de la base des sous-marins, Saint Nazaire
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Gilles Clément, Le jardin du Tiers-paysage au « Bois des trembles ». Toit de la base des sous-marins, Saint Nazaire, 2009

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Création Pérenne Estuaire / Photo Bernard Renoux LVAN

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Jardin du Tiers-Paysage

15h : Un Grand Café après un bon déjeuner

Les toits, ça creuse : retour en ville pour déguster quelques huîtres au Bar Iodé. Puis, rendez-vous au Grand Café, ancien restaurant festif de Saint-Nazaire, où se déroulent aujourd’hui les meilleures expositions d’art contemporain de la ville. Depuis la rue, surprise : une composition singulière nous attend de pied ferme derrière les larges vitrines. Posés sur le sol, allongés ou verticaux, les réfrigérateurs récupérés par l’artiste belge Edith Dekyndt (née en 1960) dans un entrepôt de Hambourg en Allemagne offrent un sinistre spectacle aux passants. Là où naguère on dînait et dansait règne désormais un paysage glacial, sali par des années d’usure. Ces déchets, Edith Dekyndt en montre le poids, lourd, et nous raconte aussi bien sa référence à la toile La Mer de glace (1824) de l’artiste romantique Caspar David Friedrich, que l’histoire du commerce international, qui veut que des ports comme Hambourg voient partir des bateaux entiers de rebuts vers des régions précaires (dans certaines parties de l’Afrique, par exemple). À l’étage, un vieux canapé détrempé et un store brûlé par le soleil et déplié comme un tableau poursuivent le récit. Notre œil, pendant ce temps-là, n’en fait qu’à sa tête et se laisse fasciner par les marques du temps sur les objets, ses auréoles et ses couleurs délavées.

Edith Dekyndt, The Black, The White, The Blue
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Edith Dekyndt, The Black, The White, The Blue, 2019

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Réfrigérateurs, bris de verre, son (2 enceintes, lecteur multimédia, table de mixage), vue de l’exposition « The Black, The White, The Blue » au Grand Café – centre d’art contemporain • Courtesy Konrad Fischer Galerie, Düsseldorf-Berlin / © Photo Marc Domage

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Bar Iodé

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Le Grand Café - Centre d'art contemporain de Saint-Nazaire

Du mardi au dimanche de 14h à 19h
Fermé le 1er mai
Entrée libre
+33 (0)2 44 73 44 00

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Edith Dekyndt

Du 15 février 2020 au 30 août 2020

www.grandcafe-saintnazaire.fr

Dimanche – 11h : évasion à La Havane

Comme Le Havre, mais sans architecte de renom comme Auguste Perret pour en assurer la cohérence, Saint-Nazaire a été largement reconstruite après la guerre. En résulte une ville parfois grise et terne, exception faite des (rares) quartiers préservés des bombes : pour égayer votre dimanche matin, courrez donc dans les rues de La Havane, au sud du centre-ville. De belles maisons édifiées dans les années 1900 déclinent les façades de couleurs et évoque le succès passé de Saint-Nazaire, ville portuaire dont les bateaux et les marins rapportaient leurs richesses du monde entier. Si vous êtes d’humeur baladeuse, poursuivez votre route vers les fresques de street art qui se découvrent dans toute la ville : les artistes Inti et La Robot de Madera dans le quartier du Petit Maroc, Nardstar au croisement des rues Henri Gautier et des Frères Pereire, Apolo Torres rue d’Anjou… Et pour déjeuner ? Sur le pouce au marché couvert ! Ambiance gouailleuse garantie.

Voyager à cuba avec le quartier de La Havane à Saint-Nazaire
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Voyager à cuba avec le quartier de La Havane à Saint-Nazaire

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Photo AK SNAT

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Marché couvert

14h : L’incontournable visite des chantiers de l’Atlantique

Nul ne saurait passer à Saint-Nazaire sans s’arrêter sur sa plus belle fierté : le plus grand chantier naval d’Europe, implanté ici depuis 1955, et d’où sortent les plus grands paquebots du monde. Sur réservation à l’office du tourisme (installé dans la base sous-marine), la visite se déroule depuis un car – c’est dire l’ampleur du site ! –, avec deux haltes piétonnes, dont une nécessite de porter un casque de chantier. On y découvre les outils hors normes d’une construction à un milliard d’euros par bateau, le rythme de vie et de travail des centaines d’ouvriers qui y sont employés 24 heures sur 24 ; on y apprend aussi que les « lits sont faits et les piscines remplies » lorsque les bateaux de croisière quittent le port de Saint-Nazaire, et que de grandes fêtes célèbrent rituellement les départs. On comprend pourquoi, lorsqu’en s’éloignant de Saint-Nazaire le soir venu, on aperçoit, plus haut que tous ses immeubles, les bateaux scintillants comme une ville par-dessus les quartiers.

Départ du plus gros paquebot du monde, l’Harmony Of The Seas aux chantiers navals de l’Atlantique à Saint-Nazaire
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Départ du plus gros paquebot du monde, l’Harmony Of The Seas aux chantiers navals de l’Atlantique à Saint-Nazaire

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Photo de Martin Launay

16h30 : Un extra hors du temps, le Tumulus de Dissignac

Si vous êtes venus à Saint-Nazaire en voiture, ne manquez pas la visite d’un monument vieux de six mille ans, à quinze minutes de la base sous-marine. Le Tumulus de Dissignac est un tombeau mégalithique construit en 4300 avant Jésus-Christ par des communautés agricoles qui y bâtirent deux tombes, sous la forme de chambres desservies par un long couloir. Recouvert par la végétation, le Tumulus est aujourd’hui parfaitement intégré à l’environnement naturel qui l’entoure, et dévoile des symboles gravés, comme des haches ou des cachalots, qui nous murmurent à l’oreille des secrets millénaires…

Tumulus de Dissignac, un tombeau mégalithique de plus de 6 000 ans à Saint-Nazaire
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Tumulus de Dissignac, un tombeau mégalithique de plus de 6 000 ans à Saint-Nazaire

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Photo ALamoureux

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Le Tumulus de Dissignac

Prochaine visite pour les Journées du Patrimoine en septembre 2020.

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