Article réservé aux abonnés
Le musée des Abattoirs a ouvert en 2000, douze ans après la fin des activités des anciens abattoirs de la ville. Aujourd’hui, ce lieu culte accueille des expositions de petits, moyens et grands formats, et retient ses visiteurs pendant une matinée entière. L’occasion de découvrir en ce moment, dans sa sublime architecture basilicale, l’œuvre peinte de l’Américain Peter Saul, qui s’emploie à travers la pratique d’une bad painting insolente à grimacer et à éclater de rire au nez du monde de l’art. Au sous-sol, la biennale d’art contemporain et urbain, Rose Béton, présente des œuvres monumentales signées Tania Mouraud et Cleon Peterson, ainsi que des peintures de Todd James. Enfin, à la bibliothèque, on découvre la passionnante Carolee Schneemann à travers différentes publications. Pour le déjeuner, n’allez pas plus loin : l’Hémicycle, installé au fond de la cour, vous attend avec de bons petits plats.
Vue du hall central des Abattoirs de Toulouse
© Florence Tassart
Changement de cap ! Le BBB Centre d’Art vous attend tout au nord de la ville (traversez-la en empruntant un VélÔToulouse) : installé depuis vingt-cinq ans dans un quartier d’usines, le BBB présente des expositions d’art contemporain et propose, fait unique en France, des formations professionnalisantes pour les jeunes artistes. Sympathique ! Car la salle où les jeunes plasticiens apprennent à dompter l’administration et le monde du travail jouxte l’exposition – ce centre d’art apparaît immédiatement comme un lieu de vie. En ce moment, trois œuvres sont à découvrir : une vidéo de Marie Voignier ; un atelier où fabriquer sa pancarte de manif’, signé Dominique Mathieu ; et une installation de Matthieu Saladin qui, en artiste-farceur, a demandé à tous les membres du BBB de lui prêter leur bureau, leur chaise ou leur poubelle. Il leur impose un planning où chacun, à tour de rôle, doit travailler le plus lentement possible…
Vue du projet « Riposte » de Dominique Mathieu au BBB centre d’art
Curateur & crédit photo: Émile Ouroumov
Toujours dans les faubourgs de la ville mais un peu moins au nord, le Lieu-Commun a bien des attraits. Cet artist-run space (lieu autogéré par une association d’artistes, qui y travaillent et y organisent des événements), installé dans une ancienne chemiserie, est en ce moment entièrement recouvert de posters d’artistes, édités par la maison indépendante Lapin-Canard. On y croise quelques grands noms du moment (Aïda Bruyère, les frères Quistrebert, Julien Creuzet) et surtout beaucoup d’inconnus, dont les visions oniriques, absurdes ou érotiques s’alignent sur le même format A0 (841 × 1189 mm). Surveillez l’agenda : soirées de vernissage, concerts et performances animent le lieu le soir venu – et le transforment en place to be d’une faune jeune, sapée et enfumée.
Vue de l’exposition « LC X LC Lapin-Canard VS Lieu-Commun ». Au premier plan: vue du bar-installation « EDEN OASIS » conçu par Anaïs Hay et Benjamin Just
© Benjamin Just
Enfin, nous direz-vous : le centre-ville ! Après avoir soigneusement tourné autour, le cœur de Toulouse nous enveloppe tout de suite dans ses rues animées, souvent piétonnes, bordées d’architectures de briques et d’hôtels particuliers. Le couvent des Jacobins (construit aux XIIIe et XIVe siècles), fierté de la ville, sera notre visite patrimoniale de la journée. Allez-y juste avant le coucher du soleil, lorsque les couleurs des vitraux pâlissent et résonnent avec l’œuvre monumentale de l’artiste Sarkis, qui y a installé de très hauts néons de cristal coloré. Le geste semble simple, minimal : pourtant, la résonance verticale – qui fait lever le nez sur l’élévation gothique des arches – est absolument bouleversante. Et ne manquez pas le cloître, évidemment charmant.
Vue de l’installation lumineuse “Mesure de la Lumière” de Sarkis dans la nef et vue du cloître du Couvent des Jacobins lors d’un spectacle
© Damien Aspe / © Patrice Nin / Ville de Toulouse
Une dernière œuvre pour illuminer votre soirée ? À deux pas de la (jolie !) place du Président Wilson, un ancien cinéma est investi par le centre d’Art nomade, qui a invité le Toulousain Pablo Valbuena à y proposer une œuvre in situ. Celui-ci a transformé les couloirs et les salles de projection vides en un parcours lumineux, dont les lampes s’allument au fil de l’avancée des visiteurs dans les lieux. Fantomatique ! Et pour la soirée, jetez un œil à la programmation du théâtre Garonne, excellente (rien qu’en novembre, on y voit François Chaignaud, Robyn Orlin et Tiago Rodrigues) et où vous pourrez dîner dans un cadre agréable, ou à celle de la péniche Maison Nougaro, spécialiste des soirées musicales – on y découvre également une exposition d’archives du chanteur toulousain Claude Nougaro.
Pablo Valbuena, Promenade architecturale, 2019
Toulouse 2019 © Pablo Valbuena
Joyau de la ville, la Fondation Bemberg fermera ses portes à la fin de l’année 2020 pour une période de travaux (menés par l’architecte Philippe Pumain). On y court donc avant cette fermeture pour découvrir la superbe collection d’œuvres de Georges Bemberg (1915 – 2011) – enfant d’une famille de riches industriels –, conservée dans le cadre superbe de l’hôtel d’Assézat (XVIe siècle). Peintures anciennes et modernes sont réunies auprès d’une collection de bronzes – on retiendra notamment les quelques très beaux Cranach et les murs de Bonnard, ainsi que le délicat ensemble de dessins. (Amateurs d’art ancien, à noter pour un prochain week-end : le musée des Augustins rouvrira ses portes à l’automne 2020 !)
Vue de la Salle de la Coursière à la Fondation Bemberg
© JJAder-Fondation Bemberg
Rendez-vous sur la place du Capitole, actuellement mangée par un gigantesque marché de Noël. Là, le très discret Espace Écureuil (fondation pour l’art contemporain de la banque Caisse d’Épargne) présente une exposition singulière : une collection d’objets, farfelus et populaires, récupérés par la photographe Françoise Huguier au fil de ses voyages dans le monde entier. On y découvre, en vrac, des coques de smartphones, des mangas érotiques, des masques et des emballages – avec un petit film documentaire pour éclairer l’ensemble. Tout à côté, la librairie Ombres Blanches vaut le détour : cette gigantesque institution déploie des milliers de livres dans un joyeux labyrinthe sur deux étages, avec un café et, dans les rues alentours, des annexes (cinéma, littérature en langue étrangère) et une galerie (installée à cinq minutes à pied). La maison-mère est idéale pour déjeuner sur le pouce en feuilletant le dernier roman à la mode.
Vue de l’exposition “Bazar Zoulou” de Françoise Huguier, à l’Espace Écureuil de Toulouse
© François Talairach
Fondation Espace Écureuil pour l'Art Contemporain
3 Place du Capitole • 31000 Toulouse
www.caisseepargne-art-contemporain.fr
Comme elle est belle et large, la Garonne ! Traversons-la pour nous rendre au Château d’Eau, dont la haute architecture de briques accueille des expos de photographie contemporaine. Il y a d’abord Gaël Bonnefon et ses visions bleutées, sensuelles, qui donnent forme à un paysage d’ombres vénéneuses où, parfois, des corps s’étreignent. Encore plus beau peut-être, le travail d’Amaury da Cunha et ses images énigmatiques, comme saisies au milieu d’une histoire dont on ne connaîtrait ni le début ni la fin. Puis, à deux pas du Château d’Eau, la petite Adresse du Printemps de Septembre évoque actuellement le travail de la chorégraphe Émilie Pitoiset à travers une installation et quelques archives.
Vue du Château d’Eau de Toulouse
© Le Château d’Eau
L’Adresse du Printemps de Septembre
2 Quai de la Daurade • 31000 Toulouse
www.printempsdeseptembre.com
Loin du centre-ville (hélas !), la Halle de la Machine vaut cependant tous les détours – notamment si vous êtes venus avec des enfants. Ils ne pourront qu’être impressionnés par le grand manège animé ou par le taureau de bois et de métal gigantesque qui avance en crachant de l’eau (sur lequel on peut monter, pour un plaisir régressif et inédit), et par les machines de spectacle exposées dans cette halle monumentale – où l’on trouve également une librairie et un café-restaurant sympathique. Les Nantais reconnaîtront sans doute le travail de la compagnie La Machine, qui invente des formes spectaculaires nouvelles pour un espace public poétisé. De quoi finir le week-end en beauté.
Vue intérieure de la Halle de la Machine
© Jordi Bover
En savoir plus
Du 6 novembre au 20 décembre 2019, le festival des arts graphiques Graphéine #10 s’installe dans toute la ville de Toulouse et certaines villes alentours. Programme sur : https://www.pinkpong.fr/
Paris-Toulouse : en route !
Départs réguliers de Paris Montparnasse, environ 4 heures 30 de trajet
Où se loger ?
Hôtel Albert 1er, 8 rue Rivals, 31000 Toulouse
Belle adresse adepte du « slow tourisme » située à deux pas de la place du Capitole, l’hôtel Albert 1er dispose de chambres ultra-soignées et d’un petit-déjeuner dont les produits (miel, beurre, œufs) viennent tous de la région – carte géographique à l’appui. Bon à savoir : de jolis vélos sont disponibles à la location.
Téléphone : 05 61 21 17 91
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique