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Tom Van der Borght, Sept façons d’être TVDB, 2021
© Étienne Tordoir / CatwalkPictures
Plus ancien concours de jeunes créateurs de mode au monde, le festival international de mode, de photographie et d’accessoires de mode de Hyères fait partie de ces rassemblements que la pandémie de Covid-19 a fait plier, mais pas rompre. S’ils se sont tenus en octobre, et non en mai comme habituellement, les millésimes 2020 et 2021 ont permis aux professionnels de la mode de se retrouver comme chaque année depuis désormais trente-six ans, entre les murs de la splendide Villa Noailles de l’architecte Robert Mallet-Stevens. Au programme de cette riche édition, les expositions de 14 artistes, dont le flamboyant et très écoresponsable Tom Van der Borght, loin de passer inaperçu.
Sa collection non genrée, joyeuse et colorée intitulée « Sept façons d’être TVDB », entièrement composée de matériaux recyclés, lui a valu l’an dernier le Grand Prix Mode et le Prix du Public. Selon Tom Van der Borght, il s’agit de vêtements réalisés en matières « dont personne ne veut et qu’il faut oser porter ». Presque une provocation. Il faut dire qu’il a marqué les esprits avec son pull coloré réalisé en filaments de plastique, son sac en « cuir marin » réalisé en peaux de poisson récupérées dans les restaurants de sushi, ou encore l’utilisation de cordes d’alpiniste et de serre-câbles comme autant d’accessoires venant rehausser des vêtements couverts de perles ou de paillettes de récupération.
Tom Van der Borght, Sept façons d’être TVDB, 2021
© Étienne Tordoir / CatwalkPictures
C’est que Van der Borght ne se considère pas uniquement comme un créateur de vêtements responsables : avec l’ambition de « brouiller les frontières entre mode et performance artistique », il se rapproche de la vision de la couturière avant-gardiste Iris van Herpen, pour qui « la production de masse n’aidera pas la mode à changer, parce que c’est juste de la production ». Tom Van der Borght s’en fait l’écho avec des silhouettes pensées comme des œuvres d’art plus que du prêt-à-porter. Sa devise : « Tu peux porter mes vêtements si tu l’oses. »
Tom Van der Borght, Sept façons d’être TVDB, 2021
© Étienne Tordoir / CatwalkPictures
Ce quarantenaire originaire de Gand et issu – il le revendique – de la classe moyenne flamande, n’est pas un débutant : sa marque de mode, lancée en 2013, a été maintes fois primée et présentée aux fashion weeks de Paris et de Berlin avant de rafler en 2019 le Prix du public et le Grand prix du jury à Maastricht en 2019, juste avant son adoubement à Hyères. Mais ce n’est pas tout : il a également été commissionné pour réaliser des œuvres pour Mercedes-Benz, Première Vision, DS Automobile et même 19M, le centre de métiers d’art de Chanel. Toujours à cheval sur les disciplines, entre mode, textile, vidéo, installation et scénographie, il a ouvert la fashion week de Berlin cette année et présenté une chorégraphie élaborée avec l’Espagnole Blanca Li.
Cette année, il dévoile sa nouvelle collection « Time for Love » pendant toute la durée de l’exposition du festival de Hyères, avec une approche moins frontale mais toujours aussi subversive. Ses pièces, plus accessibles en termes de coupe et de porté, ont été développées en collaboration avec Hubert Barrère (maison Lesage) pour les broderies et Maison Michel pour les chapeaux. Le résultat ? Des tenues qui mixent les codes de la couture – matières sensuelles et délicates, détails raffinés tels ces perles employées comme « des boucles d’oreilles pour vêtements »… – et le sportswear que chérit le créateur. On retiendra notamment l’immense chapeau pour deux, gageure technique pour Maison Michel, présenté comme un pied de nez au Covid-19 : plutôt que de couvrir la bouche, il couvre les yeux. Avec son approche sans saison et non genrée, Tom Van der Borght surprend visuellement et casse définitivement les codes.
Tom Van der Borght, Sept façons d’être TVDB, 2021
© Étienne Tordoir / CatwalkPictures
Par ailleurs, l’édition 2021 du festival continue de faire la part belle à la tendance forte de la mode : l’écoresponsabilité et l’upcycling, avec un Prix de l’Accessoire de Mode décerné par le président du jury Christian Louboutin aux bijoux de Capucine Huguet, inspirés par la fonte des glaces, un Prix de l’Écoresponsabilité décerné à Sofia Ilmonen et ses vêtements modulables et à faire soi-même (via un mode d’emploi envoyé aux clients), un Prix du Public décerné à Adeline Rappaz pour ses collections 100 % matériaux recyclés et, surtout, le Grand Prix du Festival décerné par le jury mode présidé par Louise Trotter (Lacoste) au Britannique Ifeanyi Owkuadi et sa collection masculine entièrement pensée pour dévoiler les coulisses de l’habit, ses matières, voire ses coutures.
36e festival international de mode, de photographie, et d’accessoires de mode
Du 14 octobre 2021 au 28 novembre 2021
Villa Noailles • Montée de Noailles • 83400 Hyères
villanoailles-hyeres.com
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