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Au Louvre-Lens, une superbe exposition s’intéresse à ce que l’habit dit de l’artiste, de la Renaissance à aujourd’hui

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Des turbans de Rembrandt aux tenues Dior de Niki de Saint Phalle en passant par la délirante « veste Get 27 » de Salvador Dalí, le Louvre-Lens explore les rapports entre l’artiste et le vêtement, dans un superbe parcours inédit d’environ 200 œuvres faisant dialoguer peintures et pièces de mode. Au fil de l’histoire de l’art, on y découvre comment s’habillaient les artistes pour créer ou se mettre en scène, se posant souvent en précurseurs des grandes libérations vestimentaires.
Vue de l’exposition “S’habiller en artiste”, à gauche Claire Tabouret, à droite Ary Scheffer
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Vue de l’exposition “S’habiller en artiste”, à gauche Claire Tabouret, à droite Ary Scheffer, 2025

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© Études Studio

De la blouse d’atelier maculée de peinture aux tenues endossées pour se mettre en scène en société, lors de performances ou dans des autoportraits, comment les artistes se sont-ils habillés au fil de l’histoire de l’art ? Qu’est-ce que cela révèle de leur personnalité, autant que de la place de l’artiste dans la société à leur époque ? Et quelle influence ont-ils eue sur la mode ?

Voici les questions passionnantes que se pose cette flamboyante exposition (la première à faire dialoguer peintures et mode au Louvre-Lens) conçue par la directrice du musée Annabelle Ténèze, associée à l’historien de l’art et conservateur Olivier Gabet – ce dernier étant aussi à l’origine de l’événement « Louvre Couture » dans l’institution parisienne. Ce parcours foisonnant met brillamment en regard des peintures – certaines mythiques comme les portraits de Rembrandt et de Delacroix – et des vêtements, dont de nombreuses pièces portées par des artistes de renom, mais aussi de magnifiques créations d’Yves Saint Laurent inspirées par l’histoire de l’art, des vases grecs à Henri Matisse et Piet Mondrian.

Sur ses autoportraits, les nombreux costumes de Rembrandt

Au fil des siècles, l’accoutrement des artistes évolue, toujours vers plus de créativité. On en sait peu sur leurs tenues avant la Renaissance, époque où ils se mettent enfin à signer leurs œuvres, à s’affirmer et à se mettre en valeur dans des autoportraits qui leur tiennent lieu de cartes de visite. Se représenter en tenue princière est alors une manière de montrer fièrement sa réussite : ainsi, la peintre de cour italienne Sofonisba Anguissola (1532–1625) apparaît (dans un autoportrait follement original prêté par la pinacothèque de Sienne) vêtue d’une luxueuse robe rouge brodée d’or, en train d’être peinte par son maître qui, pinceau à la main, peaufine les détails de sa tenue.

Nicolas de Hoey “Saint Luc peignant la Vierge”, vue de l’exposition “S’habiller en artiste”
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Nicolas de Hoey “Saint Luc peignant la Vierge”, vue de l’exposition “S’habiller en artiste”, 2025

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© Louvre-Lens / Pidz

Pour Rembrandt (1606–1669), surnommé « le peintre aux mille costumes », les variations de tenues et les déguisements qu’il puise dans une grande malle permettent d’explorer les différentes facettes de sa personnalité et de mener un travail d’introspection à travers pas moins de 80 autoportraits (dont deux sont ici présentés) où il apparaît tantôt en costume oriental, tantôt en habit de cour, en apôtre, en simple bonnet blanc ou en riche notable, avec chaîne en or et chapeau de velours noir.

C’est en fastueux vêtements d’apparat (bien trop salissants pour être leurs vraies tenues de travail) que les artistes en vue des XVIIe et XVIIIe siècles se montrent, dans des poses étudiées, en train de peindre ou de sculpter. Ainsi, les quelques femmes de la profession portent robes en soie et rubans.

Les femmes artistes pionnières des révolutions vestimentaires

Vue de l’exposition « S’habiller en artiste ». À gauche, une robe Christian Dior de John Galliano, 2007-2008, à droite, Cindy Sherman
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Vue de l’exposition « S’habiller en artiste ». À gauche, une robe Christian Dior de John Galliano, 2007–2008, à droite, Cindy Sherman, 2025

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© Louvre Lens / F. Lovino

Par l’élégance et la préciosité de leurs vêtements, ces artistes se hissent à la hauteur des aristocrates et têtes couronnées pour lesquels ils travaillent, tout en s’autorisant des libertés qui leur sont propres. Poser avec son justaucorps ouvert ou en tenue d’intérieur (comme Louis-Claude Vassé, sculpteur de la marquise de Pompadour, qui se fait peindre en somptueuse robe de chambre en soie changeante) devient ainsi le privilège des esprits créatifs que sont les artistes et intellectuels.

Alliant liberté d’esprit et souci de confort pour s’adapter aux contraintes pratiques de leur métier, les tenues endossées par les artistes défient souvent les conventions de la société. À travers diverses sections chronologiques et thématiques, le parcours met finement en lumière la façon dont les artistes ont joué un rôle dans la libération de l’habillement, notamment pour les femmes.

Fin XVIIIe, début XIXe siècles, en pleine redécouverte des trésors d’Herculanum et de Pompéi, la fascination ambiante pour une Antiquité fantasmée influence la mode. Les artistes se placent alors à l’avant-garde de ce mouvement. Tandis que les hommes revêtent des capes rouges à la romaine, les artistes femmes se glissent dans de confortables robes-tuniques blanches inspirées de l’Antiquité, comme celle que Constance Mayer (1774–1821) porte dans son autoportrait de 1801.

Vue de l’exposition « S’habiller en artiste », trois tenues Yves Saint Laurent
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Vue de l’exposition « S’habiller en artiste », trois tenues Yves Saint Laurent, 2025

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© Louvre Lens / F. Lovino

C’est la peintre Élisabeth Vigée Le Brun (1755–1842) qui, la première, s’est mise à porter au quotidien ces robes épurées en mousseline ou linon, ainsi que des robes-chemises empruntées aux femmes créoles des Caraïbes. Ces tenues qui s’enfilent rapidement, et dans lesquelles elle se meut plus facilement, font d’elle une pionnière de la libération féminine par le vêtement. Car cette peintre en vue inspire les grandes « influenceuses » du moment, telles madame du Barry et Marie-Antoinette, qu’elle représente en 1783 en simple robe blanche, libérée du panier et du corset. Un tableau qui fait scandale, mais aussi date !

Questionner le genre par le vêtement

Au XIXe siècle, époque où émergent de nouvelles manières de peindre qui peinent à se faire accepter par le Salon officiel, les artistes du groupe des Batignolles – que Fantin-Latour immortalise, en 1870, rassemblés autour d’Édouard Manet – s’habillent en costume noir « pour être pris au sérieux et faire moderne », ce vêtement étant encore, rappelle Annabelle Ténèze, « un symbole de vie moderne et d’égalité », avant de devenir un vêtement bourgeois.

Vue de l’exposition « S’habiller en artiste ». À gauche, Luis Melendez, au centre le portrait de Catherine Duchemin, à droite « Jessica Stam Dress Inspired by Watteau », de John Galliano pour Christian Dior
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Vue de l’exposition « S’habiller en artiste ». À gauche, Luis Melendez, au centre le portrait de Catherine Duchemin, à droite « Jessica Stam Dress Inspired by Watteau », de John Galliano pour Christian Dior, 2025

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© Louvre Lens / F. Lovino

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la chemise est encore perçue comme un sous-vêtement. En 1905, la peintre Marie Laurencin (1883–1956) se montre ainsi vêtue dans un autoportrait, et dans une posture masculine. Révolutionnaire ! Plus loin, Louise Abbéma (1853–1927) se met en scène en costume noir masculin, à côté de son amante Sarah Bernhardt, en robe blanche féminine, interrogeant ainsi la question du genre à travers le vêtement, à une époque où les femmes, pour porter un pantalon, doivent demander un permis « de travestissement » en préfecture pour raisons professionnelles ou de santé.

Les artistes sont en effet à l’avant-garde quand il s’agit de réinterroger les frontières entre les genres. En témoignent notamment une photographie de Man Ray montrant Marcel Duchamp travesti en Rrose Sélavy (1921), son alter ego féminin, et les photos du pop artiste Andy Warhol où il se met en scène avec perruque de femme et rouge à lèvres (« Self Portrait in Drag », 1986).

Vue de l’exposition « S’habiller en artiste ». À gauche, « Lily » de Gerda Wegener, à droite, « La Femme américaine libérée des années 70 » de Samuel Fosso
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Vue de l’exposition « S’habiller en artiste ». À gauche, « Lily » de Gerda Wegener, à droite, « La Femme américaine libérée des années 70 » de Samuel Fosso, 2025

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© Louvre-Lens / Pidz

Dans l’atelier, les artistes revisitent aussi la blouse traditionnelle. Plusieurs de ces vêtements de travail de grands noms de l’art (comme « l’artiste-mécanicien » Jean Tinguely, ou la peintre Claire Tabouret) sont présentés ensemble, chacun reflétant le style de leur porteur. Pour leurs performances, ces rebelles rivalisent également d’inventivité : en 1956, Atsuko Tanaka conçoit une « robe électrique » faite d’ampoules de couleur, tandis que Niki de Saint Phalle (1930–2002) se fait créer des tenues par Marc Bohan pour Dior – de l’ensemble doré à col Mao qu’elle porte pour le lancement de son parfum à une robe-serpent inspiré de ses sculptures colorées, en passant par la combinaison de velours noir avec collerette blanche dans laquelle elle se glisse pour immortaliser sa célèbre performance des « Tirs ».

Des artistes icônes de mode

Certains artistes font de leur accoutrement quotidien leur signature, leur marque de fabrique, que ce soit Frida Kahlo (1907–1954) avec ses robes mexicaines et ses châles à franges (accessoires qui n’ont malheureusement pas pu être obtenus en prêt pour cette exposition et ne sont évoqués que par le biais de photographies), Foujita (1886–1968) et ses vestes à la japonaise qu’il conçoit et coud lui-même (présentées avec une photo de lui en train de les coudre à la machine), la surréaliste Leonor Fini (1908–1996) avec ses robes extravagantes, ou encore le couple Gilbert & George (nés en 1943 et 1942), toujours en costumes cravate assortis – eux aussi exposés. Le vêtement est un moyen d’expression indispensable à ceux qui se comportent comme des œuvres d’art vivantes, chez qui l’art déborde de l’atelier pour emmailloter toute leur vie. À l’instar de Salvador Dalí et son délirant Veston aphrodisiaque (1936), auquel sont greffés des gobelets remplis de Get 27.

Cette exposition-fleuve se termine par de superbes vêtements-sculptures, signées Rada Akbar, Jeanne Vicerial, Raphaël Barontini ou Vava Dudu. Une salle finale qui ouvre sur un autre sujet lié : la création de vêtements-œuvres d’art, pas forcément portés par leurs concepteurs. Le sujet, peut-être, d’un second volet à venir !

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S’habiller en artiste. L’artiste et le vêtement

Du 26 mars 2025 au 21 juillet 2025

www.louvrelens.fr

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