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Quel rouge est à même de traduire la puanteur du sang ? Dans la pièce d’Howard Barker, une artiste nommée Galactia cherche à représenter l’horreur et la barbarie des combats. Nous sommes en 1571 en Vénétie. L’artiste s’oppose à la violence en tenant tête aux représentants du pouvoir. Parmi eux, le doge de Venise, qui vient de remporter la bataille de Lépante contre l’Empire ottoman. La dispute artistique qui s’ensuit tient de la tragédie classique. Si Galactia est un personnage fictif, elle permet de cristalliser un problème éthique et esthétique. Si l’art a une place dans la société, a-t-il des comptes à rendre au politique ou est-il un contre-pouvoir qui ne suit que ses propres règles ?
Christiane Cohendy et Anne Comte dans « Tableau d’une exécution » d’Howard Barker au Théâtre du Rond Point
© Simon Gosselin
Tableau d'une exécution
Howard Barker
Aux côtés des crayons-cactus et des stylos-crottes, la gomme en forme de Penseur de Rodin occupe une place particulière dans l’insolite collection d’Alice Lescanne et Sonia Derzypolski. Écumant les boutiques de fantaisies, le duo a constitué un trésor à la fois dérisoire et fabuleux dont elles tirent d’étonnantes conclusions : ces objets, pour la plupart fabriqués en Chine, racontent selon elles le choc des cultures et sont porteurs d’un message qu’il convient de décrypter. La miniaturisation d’un chef-d’œuvre de la sculpture occidentale est ainsi plus qu’un sacrilège, c’est le point de départ d’une réflexion jubilatoire sur notre rapport aux objets.
“Le jour où le penseur de Rodin s’est transformé en gomme” de aalliicceelleessccaannnnee&ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii au Centquatre
© Aalliicceelleessccaannnnee&ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii, 2017
Le jour où le Penseur de Rodin s'est transformé en gomme
aalliicceelleessccaannnnee & ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii
Brique après brique, une construction prend forme. S’agit-il d’un abri ? D’une ville ? Peu importe la finalité de l’entreprise, car, sur scène, ce sont plutôt les gestes des trois performeurs menés par Gaëtan Rusquet qui retiennent l’attention. Rigoureux, précis, ils semblent répondre à une logique spécifique, à un plan prédéfini, jusqu’à ce que leur création ne leur échappe, finisse par menacer leur équilibre et la cohésion de groupe. L’épuisement bouleverse leur organisation et l’imprévu s’invite dans le chantier. De l’influence de l’homme sur son environnement.
« Meanwhile » de Gaëtan Rusquet
© Giannini Urmeneta Ottiker
Meanwhile
Gaëtan Rusquet
Sculptures et danseurs font la paire dans la création d’Héla Fattoumi et Éric Lamoureux. Les Oscyls, soit sept sculptures, conçues par le plasticien Stéphane Pauvret, rendent possibles tous les jeux. De taille humaine, vaguement dotés d’une tête et de bras, ces culbutos sont arrimés au sol par un contrepoids qui leur permet de basculer dans tous les sens sans jamais tomber. Un prétexte pour un travail sur le couple et l’équilibre, qui permet de déployer des gestes inattendus et de renouveler notre attention à l’Autre.
« Oscyl » de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux au Théâtre National de Chaillot
@ Laurent Philippe
Oscyl
Héla Fattoumi et Éric Lamoureux
Qui a peur de Camille Claudel ? Interprétée au cinéma à plusieurs reprises, la sculptrice est devenue une icône de l’art au féminin. Sa vie tragique, son internement de trente ans en hôpital psychiatrique et sa dévotion passionnée pour son art en font une héroïne rêvée pour le théâtre. Wendy Beckett prend le parti, avec la chorégraphe Meryl Tankard, de faire parler, ou plutôt danser, ses sculptures les plus connues. C’est donc l’œuvre de Claudel qui parle, seule et presque à nu. Au plus près de ce que nous a laissé l’artiste pour qu’on puisse la juger folle, ou non.
Celia Catalifo en tête d’affiche de « Claudel » de Wendy Beckett au Théâtre de l’Athénée
© Julián Villalba – Halcyon Pratt
Traduit mot à mot, il s’agit d’une « pièce pour humain et gros radiocassette ». Sur la scène, Nicola Gunn est prête à en découdre, avec la musique pour seul accompagnement et, pour point de départ, une anecdote : celle d’un homme qu’elle a vu jeter des cailloux sur des canards. Alors qu’elle tente de l’arrêter, elle déclenche malgré elle une altercation, physique et verbale. Le spectacle mené tambour battant, c’est à dire au son de la boombox, est un engagement de la performeuse, corps et âme. Démarche anthropologique autour de l’indignation personnelle et la violence ordinaire, ce solo de danse donne l’énergie de porter ses convictions.
Ghetto Blaster de Nicola Gunn
© Gregory Lorenzutti
Piece for person and ghetto blaster
Nicola Gunn
C’est un coup de vent qui s’engouffre dans la salle. Phia Ménard, artiste, jongleuse et danseuse, travaille au gré de ses performances les éléments comme l’eau et la glace. Mais c’est avec l’air qu’elle fait des merveilles. Elle agite ici ses voiles noirs, gris et anthracite pour évoquer le désir de mort. Cette danse sensible et grave prend des allures de métaphore, de poème visuel. Non sans violence, les ondulations et la musique traduisent les tourments d’un individu pressé d’en finir. La question du suicide prise à bras le corps permet d’évoquer en creux la figure du kamikaze et de son rapport douloureux à la société.
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