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Virgil Abloh c/o Vitra, Installation TWENTYTHIRTYFIVE, Vitra Campus, 2019
© Julien Lanoo
Après une collaboration, qui avait fait grand bruit (et provoqué l’hystérie), avec Ikea en septembre 2018, Virgil Abloh revient de nouveau à ses premières amours : le design. En effet, mercredi dernier, alors que la grand-messe de l’art contemporain, la foire de Bâle, battait son plein, le styliste a exposé sa vision du design et plus largement de l’industrie créative de demain au cours d’une conversation inspirée avec Nora Fehlbaum, P.-D.G. du fabricant suisse de mobilier Vitra. Car si cet autodidacte de la mode quasi inconnu il y a six ans, a été propulsé sur le devant de la scène depuis sa nomination à la direction artistique de Louis Vuitton Homme en mars 2018, il est avant tout ingénieur et architecte de formation.
Virgil Abloh
Doté d’une imagination prolifique et reconnu pour ses talents de prescripteur en matière de tendances, ce touche-à-tout tour à tour artiste, styliste, DJ, designer, bras droit de Kanye West, a bâti sa réputation autour de son approche décomplexée de la mode urbaine. « Le streetwear est perçu en grande partie comme bas de gamme. Mon objectif a été de l’intellectualiser et de le rendre crédible », expliquait le créateur en 2016 au média digital Business of Fashion. En signant cette nouvelle collaboration avec Vitra, Virgil Abloh injecte ainsi une bonne dose de modernité et d’esprit fashion dans l’histoire du design. « Mon idée du design implique toujours une sorte de pont entre le passé et le futur », précise-t-il. Ce pont, il en a dévoilé les arcanes dans son installation TwentyThirtyFive présentée à la « Caserne de pompiers », édifiée par Zaha Hadid, lors de la traditionnelle (et ultra-sélect) summer party organisée chaque année au Vitra Campus – formidable champ d’expérimentation de l’architecture et du design – pendant Art Basel.
Virgil Abloh c/o Vitra, Installation TWENTYTHIRTYFIVE, Vitra Campus, 2019
© Julien Lanoo
« On peut vraiment se demander si nous aurons encore besoin de meubles d’ici 2035. »
Virgil Abloh
Divisée en deux parties « Past/Present » et « Tomorrow », l’installation met en scène des pièces iconiques du patrimoine de Vitra qui ont révolutionné le design, tant sur le plan technique qu’esthétique, à l’instar de la chaise Ball de Eero Aarnio et du tabouret B de Charles et Ray Eame [ill. en une]. Puis, elle nous embarque dans l’intérieur d’un jeune adulte de 2035… Car au delà de l’objet, Virgil Abloh nous invite à engager une réflexion sur l’ameublement du futur dans un monde en perpétuelle mutation envahi par les technologies. « On peut vraiment se demander si nous aurons encore besoin de meubles d’ici 2035 », avance-t-il.
Virgil Abloh c/o Vitra, À gauche : “Fauteuil Antony”. À droite: “Lampe murale Potence”, 2019
Pour ce faire, il a choisi de se concentrer sur un univers qui ne cesse de le fasciner, celui de Jean Prouvé, à travers la réinterprétation de deux de ses modèles emblématiques, le fauteuil Antony et la lampe Petite Potence. Deux pièces rhabillées respectivement de métal orange, de Plexiglas transparent et d’ampoules LED. Si les formes restent les mêmes, les matériaux et les couleurs varient pour se toquer d’un esprit futuriste. Un module d’étagères composé de 999 briques numérotées en céramique orange – vendues comme des petits pains dès le premier jour – viennent parfaire cette micro-collection en édition limitée.
Virgil Abloh c/o Vitra, Ceramic Blocks, installation TWENTYTHIRTYFIVE, Vitra Campus
© Julien Lanoo
Avec ces trois pièces laquées de couleur orange vif, Virgil Abloh conceptualise son discours et entend s’adresser aux jeunes générations qui s’informent exclusivement via les réseaux sociaux et qui décloisonnent sans complexe les champs de la création. Parce que l’art, l’architecture, la musique, la mode cohabitent et se nourrissent mutuellement, il est grand temps, selon le créateur américain aux origines ghanéennes, d’abolir les frontières et de brouiller les codes tout en faisant vivre la culture populaire.
Virgil Abloh c/o Vitra, Ceramic Block
« J’admire les créateurs qui ne se conforment pas au statu quo et qui ont le courage de concevoir des objets qui ne sont pas simplement attrayants, ajoute Nora Fehlbaum, P.-D.G. de Vitra. Tout comme les pièces de Jean Prouvé, les créations de Virgil Abloh sont provocantes, car elles n’attirent pas forcément au premier abord. C’est pour cette raison qu’il existe entre eux une certaine parenté. » Une approche décomplexée et audacieuse qui dépoussière la vision classique de l’art et du design, jugée bien souvent élitiste. Si « peu attirante » soit-elle, la collection « Spin off » est, évidemment, déjà épuisée…
Collection capsule Virgil Abloh c/o Vitra
Briques en céramique (149 €), lampe Petite Potence (1489 €) et fauteuil Antony (2489 €).
https://www.vitra.com/fr-fr/news/details/2019-virgil-abloh-vitra
TwentyThirtyFive
Du 12 juin 2019 au 31 juillet 2019
Vitra Campus • 2 Charles-Eames-Straße • 79576 Weil-am-Rhein
www.vitra.com
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