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Le grand orgue et la rose de Notre Dame restaurés, 29 novembre 2024
© Christophe Petit Tesson - Pool / Sipa
C’était l’âme, ou plutôt le souffle de Notre- Dame. L’un de ses organes névralgiques. Lors de l’incendie, on a craint pour sa vie. Fort heureusement, le grand orgue, construit entre 1730 et 1733 par François Thierry en remplacement de l’instrument médiéval et transformé au fil du temps, notamment en 1868 par Aristide Cavaillé-Coll, en est sorti indemne. Les tuyaux de cet orgue hors norme – le deuxième plus grand de France (après celui de Saint-Eustache, à Paris) – n’ont pas fondu sous l’effet de la chaleur et l’instrument n’a quasiment pas été touché par l’eau.
Mais, au cours du sinistre, de la poussière jaune de monoxyde de plomb – très dangereuse pour la santé humaine – s’est insinuée partout, colonisant tuyaux et claviers et s’incrustant sur toutes les surfaces poreuses. L’orgue a par ailleurs été soumis, du fait du trou béant de la croisée du transept, à des variations de température et d’hygrométrie délétères pour certaines de ses pièces en bois ou en cuir. Il fallait donc le nettoyer en profondeur et restaurer ses pièces abîmées. Un travail impossible à effectuer sur place.
Démonter ce mastodonte de 12 mètres de haut, composé de 3 étages, a nécessité cinq mois de labeur, d’août à décembre 2020, et exigé la mise en place d’un échafaudage de 30 mètres de haut. La console, qui comprend 6 claviers (5 pour les mains et un pour les pieds), 115 jeux et pèse 600 kilos, a été manipulée avec mille précautions pour lui faire descendre les 16 mètres qui la séparaient du sol. Les artisans se sont ensuite attaqués au démontage des tuyaux : près de 8 000 cylindres (7 952, exactement) faits d’un alliage de plomb et d’étain, dont les plus petits mesurent quelques centimètres et les plus grands atteignent près de 5 mètres.
Chacun de ces fragiles objets a été retiré, aspiré sommairement, puis emballé dans un papier bulle et mis en caisse avant d’être stocké dans des containers, pour rejoindre début 2022 l’atelier Cattiaux-Chevron, à Liourdres, en Corrèze. Là, ils ont été démontés, décontaminés, ajustés et vérifiés, puis mesurés et répertoriés dans une base pour en garder la mémoire, et enfin remis en caisse, prêt à être remontés.
Les 19 sommiers de l’orgue, ces grandes pièces en chêne aux mécanismes complexes, habituellement inaccessibles, qui assurent la distribution vers les tuyaux de l’air sous pression produit par la soufflerie, ont également été restaurés. Ils ont d’abord été décontaminés à l’atelier Quoirin (Vaucluse), avant de rejoindre la manufacture languedocienne de Grandes- Orgues à Lodève (Hérault) où ils ont été mis à nu.
Début du démontage de l’orgue: des techniciens et facteurs d’orgue suppriment les tubes horizontaux (les chamades). L’instrument est composé de 8000 tubes
Photo Patrick Zachmann / Magnum Photos
Les milliers de pièces qui les composent ont été démontées, nettoyées, réparées, voire changées, à l’instar des 7 952 joints en feutre des trous des registres. Pour renforcer l’étanchéité des poches à soufflet, les vieilles peaux d’agneau ont été remplacées par de nouvelles. Enfin, les mécanismes de transmission entre claviers et tuyaux ont été revus et modernisés, avec la pose de 850 électroaimants pour ouvrir les soupapes et de 180 vérins pneumatiques permettant d’actionner les registres.
Certaines des pièces de l’orgue parmi les plus imposantes, comme le buffet, les grands tuyaux de façade, 2 sommiers et 4 grands soufflets, ont néanmoins été nettoyées et restaurées sur place, dans Notre-Dame. Les tuyaux de façade, en effet, ne pouvaient être conservés qu’à la verticale sous peine de se déformer. Ils ont donc été démontés un à un, stockés debout et décontaminés à l’intérieur de la cathédrale, puis remontés au fur et à mesure. Tout comme les grands soufflets, dont les peaux de mouton ont été remplacées. Parallèlement, le buffet a retrouvé une nouvelle jeunesse : les vernis encrassés et les peintures abîmées ont été nettoyés, les trous bouchés et le bois remis en teinte, avant que les sommiers et les tuyaux restaurés ne reprennent leur place d’origine durant l’année 2023.
Enfin, au printemps 2024, est venu le temps de l’accordage et de l’harmonisation. Ces opérations très délicates ont nécessité de longs mois de travail, en grande partie de nuit pour garantir le silence total. Pour retrouver l’état de justesse de l’orgue, les organologues ont progressivement réglé la sortie d’air de chaque tuyau à l’aide de petits coups de marteaux et d’une tige spéciale. Ils ont ensuite cherché à accorder l’intensité et le timbre de chacun des claviers. Objectif : les faire sonner ensemble de manière harmonieuse et parvenir à ce son parfait, unique au monde, qui signe l’identité de cet instrument exceptionnel.
Les factures d’orgue harmonisent les tuyaux qui composent l’instrument, 2024
Photo David Bordes / © Rebâtir Notre-Dame de Paris
Ce samedi 7 décembre, la bénédiction de l’instrument inaugurera la séquence liturgique de réouverture de la cathédrale. « Éveille toi orgue, fait entendre la louange de Dieu », commandera alors l’archevêque de Paris, Monseigneur Laurent Ulrich. Et, pour la première fois depuis plus de cinq ans, l’orgue fera entendre sa voix. C’est le compositeur, organiste et improvisateur Thierry Escaich qui s’est vu commander le Te Deum devant accompagner la réouverture de la cathédrale. Un moment qui promet d’être grandiose.
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