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Marion Verboom, archéologue de la matière et de l’imaginaire

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Publié le , mis à jour le
Mise en avant par la fondation Hermès à La Verrière de Bruxelles, la sculptrice Marion Verboom nous reçoit dans son atelier parisien, où elle poursuit au quotidien un réjouissant et ambitieux face-à-face avec la matière.
Marion Verboom nous accueille dans son atelier parisien situé entre la rue de Ménilmontant et le cimetière du Père Lachaise
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Marion Verboom nous accueille dans son atelier parisien situé entre la rue de Ménilmontant et le cimetière du Père Lachaise

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© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

Entre la rue de Ménilmontant et le cimetière du Père Lachaise, un atelier aux fenêtres immenses prend le soleil dans une venelle calme. Au rez-de-chaussée – mais la lumière d’hiver semble élever les volumes –, la porte nous est ouverte par Marion Verboom (née en 1983), un peu éreintée. L’artiste enchaîne les expositions et les productions ; la course pour sa présentation à La Verrière se poursuit sur la préparation d’œuvres pour la foire Art Paris (où elle sera représentée par la galerie The Pill) et pour le Voyage à Nantes, qui la verra investir le parvis de l’église Sainte-Croix et le passage du même nom. Un peu submergée, l’artiste s’est récemment résolue à prendre une assistante, étudiante aux Beaux-Arts de Paris, deux jours par semaine, pour l’aider dans sa tâche.

Marion Verboom travaille des sculptures composites, qui jouent d’alliances entre différentes matières et motifs.
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Marion Verboom travaille des sculptures composites, qui jouent d’alliances entre différentes matières et motifs.

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© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

« Ça ne me semblait pas aller de soi, dans les années 1990–2000, une femme faisant de la sculpture… »

Le nid est beau. Marion a obtenu ce grand atelier grâce au CNAP (Centre national des arts plastiques) en 2015, et y passe des journées entières, calant son rythme de travail sur une base on ne peut plus classique : du lundi au vendredi, de 9h à 18h. Travailleuse, appliquée, car il faut l’être quand on est sculptrice. Le critique d’art Erik Verhagen, qui la suit depuis ses débuts (comme Joël Riff, commissaire de son exposition à La Verrière), dit d’ailleurs d’elle qu’elle est « résolument pragmatique » (Marion Verboom. Peptapon, éd. Dilecta, 2022). Ses espaces de travail, qu’elle nous fait visiter, sont divisés en trois pièces, ouvertes les unes sur les autres : un bureau pour l’administratif qui comprend sa bibliothèque, une grande salle claire pour le « propre » (moulages, assemblages) et une autre pour le « sale » (cuissons, essais).

Des totems comme issus de fouilles archéologiques

En 2012, Marion Verboom crée l’une de ses premières pièces majeures : Loess, soit une installation de sept colonnes mesurant jusqu’à 1 mètre 80 de hauteur, monolithes quasi-architecturaux « partis de l’idée du coquillage et du sédiment ».
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En 2012, Marion Verboom crée l’une de ses premières pièces majeures : Loess, soit une installation de sept colonnes mesurant jusqu’à 1 mètre 80 de hauteur, monolithes quasi-architecturaux « partis de l’idée du coquillage et du sédiment ».

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© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

« Beaucoup de techniques, beaucoup d’outils différents… Ça fait beaucoup de bordel », confie en souriant celle qui s’attaque aussi bien au plâtre qu’à la résine, au verre qu’à l’acier, à l’acétate, au laiton, au bronze, à la céramique, au marbre… C’est sa signature, ce qui l’a fait connaître au fil des expositions – dont celle, mémorable, des « Jeunes artistes en Europe », à la fondation Cartier en 2019 : Marion Verboom travaille des sculptures composites, qui jouent d’alliances entre différentes matières et motifs. Ses totems s’intitulent Achronies, et font se côtoyer des tronçons de colonnes comme issus de fouilles de sites et de périodes variées, où surgissent des bas-reliefs géométriques, des figures humaines, des formes biomorphiques, le tout dans des couleurs unies, brillantes, frottées, pâles, sombres.

« Depuis petite, je m’intéresse à l’art et à l’archéologie », résume celle qui a grandi en solitaire (« un peu, beaucoup, toujours »), entre Le Mans et Nantes, entrant dès son jeune âge dans les églises avec une curiosité d’artiste. À six ans, elle débute les cours de dessin. Ses parents, très occupés, la déposent le mercredi et le samedi dans l’atelier d’un « dessinateur local ». Quand arrivent ses études supérieures, aucun doute évidemment : ce sera les beaux-arts, mais pas forcément la sculpture. « Ça ne me semblait pas aller de soi, dans les années 1990–2000, une femme faisant de la sculpture… »

« Beaucoup de techniques, beaucoup d’outils différents… Ça fait beaucoup de bordel », confie en souriant celle qui s’attaque aussi bien au plâtre qu’à la résine, au verre qu’à l’acier, à l’acétate, au laiton, au bronze, à la céramique, au marbre…
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« Beaucoup de techniques, beaucoup d’outils différents… Ça fait beaucoup de bordel », confie en souriant celle qui s’attaque aussi bien au plâtre qu’à la résine, au verre qu’à l’acier, à l’acétate, au laiton, au bronze, à la céramique, au marbre…

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© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

Aux Arts déco de Limoges, aux Beaux-Arts de Toulouse puis au Bauhaus en Allemagne, Marion va de formation en formation.

Ce sera donc d’abord la photo, la vidéo, et puis le dessin de grandes constructions utopiques, signalant déjà son intérêt pour l’architecture et le monumental. Aux Arts déco de Limoges, aux Beaux-Arts de Toulouse puis au Bauhaus en Allemagne, Marion va de formation en formation, restant une ou deux années à chaque fois. « J’ai fait beaucoup d’écoles », concède-t-elle, comme si la notion « composite » qui habite son art imprégnait son apprentissage, sa vie entière. Après cette longue itinérance, elle entre en équivalence aux Beaux-Arts de Paris, qu’elle envisage « comme une résidence », profitant durant quatre années des superbes ateliers de l’institution. Elle les quitte avec les félicitations du jury, puis part aux Pays-Bas, dans l’univers protecteur de De Ateliers, où elle jouit d’une bourse, d’un atelier et d’un logement durant deux ans, avant d’enchaîner sur une résidence de trois mois dédiée à la céramique chez EKWC – un indispensable, nous dit-elle.

Entre géométrique et organique, architecture et végétation

L’artiste s’est d’abord frottée à la photo, la vidéo et le dessin.
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L’artiste s’est d’abord frottée à la photo, la vidéo et le dessin.

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© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

C’est là qu’en 2012, elle crée l’une de ses premières pièces majeures : Loess, soit une installation de sept colonnes mesurant jusqu’à 1,80 mètre de hauteur, monolithes quasi-architecturaux « partis de l’idée du coquillage et du sédiment » : « j’ai modelé des lanières de terre pour créer de grandes pièces évoquant une sorte de marée, ou une coquille issue du minimalisme et du rococo. » La matière organique, irrégulière, semblant avoir passé des siècles dans l’océan, défie la rigueur des silhouettes géométriques, et permet à la sculpture d’atteindre un état de grâce sans âge, entre le naturel et l’artificiel, la forme simple et les méandres fossilisés. Chaque projet, nous explique-t-elle, « ouvre la voie à une multitude de possibles ». Travaillant en « rhizome », Marion Verboom rebondit sur ses recherches pour pousser plus loin, aller ailleurs, « travailler de façon tentaculaire ». Ainsi l’œuvre vue à La Verrière Cornucopia 2 (2017) semble s’inscrire dans les mêmes pistes de recherche, entre le géométrique et l’organique, l’architecture et la végétation : un cylindre de résine acrylique et de poudre de bronze suspendu entre deux murs, parcouru de « motifs transbahutés autour de la Méditerranée »…

« J’ai besoin de sentir les matériaux, de me battre un peu avec », nous confie Marion Verboom
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« J’ai besoin de sentir les matériaux, de me battre un peu avec », nous confie Marion Verboom

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© Timothée Chambovet pour BeauxArts.com

Le travail patient, diablement exigeant, qui anime ses journées, et fait de sa pratique un défi permanent, les matières ayant, comme le cœur, leurs raisons – et leurs caprices.

Détentrice d’un brevet de rocailleur (la rocaille est un ornement imitant les pierres et les végétaux, notamment visible dans les grottes artificielles de la Renaissance), Marion Verboom s’intéresse de près à « l’évolution des artisanats » et aime à mettre en scène dans ses sculptures des conversations entre des éléments « n’allant pas ensemble », « s’entrechoquant », qu’elle pioche dans un vaste « lexique de formes ». À Bruxelles, elle présente aux côtés des huit Achronies – qui forment une véritable colonnade ! – certains de ses moules, transportés depuis son atelier : « on y voit la stratification des matériaux », et ainsi le travail patient, diablement exigeant, qui anime ses journées, et fait de sa pratique un défi permanent, les matières ayant, comme le cœur, leurs raisons – et leurs caprices. Du moulage au modelage, de la sculpture à la cuisson, nombreuses sont les surprises, hasardeuses déconvenues ou heureux résultats… « J’ai besoin de sentir les matériaux, de me battre un peu avec. » Concluons avec cette réplique, simple mais révélatrice du plaisir complexe de tout artiste : « J’aime qu’une forme soit un problème à résoudre. » Dont acte.

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Chryséléphantine

Du 9 février 2023 au 22 avril 2023

www.fondationdentreprisehermes.org

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Art Paris 2023

Du 30 mars 2023 au 2 avril 2023

www.artparis.com

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Le Voyage à Nantes 2023

Du 1 juillet 2023 au 3 septembre 2023
Dans toute la ville de Nantes

www.levoyageanantes.fr

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À lire

"Peptapon", par Marion Verboom

Éd. Dilecta • 144 p. • 32 €

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