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Maxime Verdier dans l’atelier collectif Espace Double Carré à Gennevilliers
© Maurine Tric
C’est un drôle de fantôme, tout rose, qui apparaît derrière un arbre bleu dans une forêt de contes. Avec ses grands yeux verts étonnés et sa petite patte appuyée sur le tronc, il n’a rien d’effrayant – même ses pieds sont chaussés de baskets ! Et pourtant : L’Apparition (2021) en appelle bien à nos peurs les plus profondes. La solitude entre les arbres sombres, le spectre étrange et inexplicable, les lueurs rougeoyantes d’une terre aussi brûlante que l’air semble glacé… Alors, oui, c’est indéniable : cette apparition est trop mignonne, mais elle est surtout reine de l’ambivalence. « Il y a un truc un peu pervers », nous confie Maxime Verdier (né en 1991), qui nous reçoit dans l’atelier collectif Espace Double Carré à Gennevilliers. « J’aime bien attirer l’œil vers quelque chose qui a l’air mignon, mais quand on gratte, on se rend compte que ce n’est pas si mignon que ça. »
Maxime Verdier, L’Apparition, 2021
Crayons de couleur sur papier • 45 × 32 cm • Courtesy de l’artiste et Galerie Anne Sarah Bénichou
Maxime se souvient parfaitement de ses sueurs froides enfantines, des monstres sous le lit, des présences invisibles pressenties dans la maison où les poutres craquent et le plancher grince.
Cette attirance pour les métamorphoses, pour le dessous mystérieux des choses, Maxime Verdier l’explique en remontant à son enfance, passée dans la campagne proche de Dieppe – « où on s’ennuie toujours un peu » ( rappelant la fameuse citation de Michel Audiard : « À la campagne, le jour on s’ennuie, et la nuit, on a peur. » ). Maxime se souvient parfaitement de ses sueurs froides enfantines, des monstres sous le lit, des présences invisibles pressenties dans la maison où les poutres craquent et le plancher grince. Il faut dire, aussi, que l’enfant qu’il était ne s’épargnait rien, regardant seul et en cachette les films d’horreur que sa tante collectionnait, s’aventurant fasciné dans les univers terrifiants de John Carpenter, qui l’ont « beaucoup marqué ».
Cet intérêt pour le bizarre ne l’a jamais quitté : devenu artiste, après cinq années d’études aux Beaux-Arts de Rouen et deux aux Beaux-Arts de Paris, Maxime a continué de cultiver son répertoire de formes inquiétantes. Il nous montre notamment un gros livre autour de la collection personnelle de Tony Oursler, figure majeure de l’art vidéo et grand accumulateur d’images de pseudosciences, de magie ou encore de photographies fantomatiques datant des expérimentations du XIXe siècle. Maxime glane également sur Internet toutes sortes de références iconographiques, regarde les films de Lars Von Trier, parle de l’ambiance singulière du tableau Nighthawks (1942) d’Edward Hopper, cite aussi le romantique allemand Caspar David Friedrich, les poèmes de Lautréamont…
Maxime Verdier, Melancholia, 2022
Crayons de couleur sur papier • 96 × 64 cm • © Maurine Tric
La composition glace et évoque ces vêtements oubliés, trouvés au hasard des balades…
« Quoiqu’on fasse, la mélancolie vient nous chercher », appuie-t-il. Maxime se souvient parfaitement de l’éclipse solaire du 31 juillet 2000, et l’a dessiné dans Melancholia (2021) : sous ce soleil au centre noir, une doudoune est suspendue à une branche d’arbre, derrière une clôture où rouille tranquillement un panneau « Welcome ». Dans la poche, une grenouille, qui attrape avec sa longue langue une libellule noire ; dans l’encolure, un petit monstre, citation d’un minuscule détail d’un tableau du Moyen Âge (un démon du Jugement dernier de Stefan Lochner, vers 1435) – on soulignera qu’une fois encore, cette bestiole est mignonne à souhait avec ses yeux ronds et ses bajoues poilues ! Mais la composition glace et évoque ces vêtements oubliés, trouvés au hasard des balades, et dont on se demande comment ils ont bien pu arriver là (un meurtre ? une disparition ?).
Et puis il y a aussi le pur plaisir du dessinateur : « J’avais envie de dessiner une doudoune. » Car Maxime Verdier est un manuel : il passe des semaines, voire des mois sur un même dessin, et fabrique des maquettes minutieuses en résine, sortes de microcosmes narratifs peuplés d’indices que l’on regarde à la loupe. Par exemple La Fête est finie (2020), actuellement visible dans une exposition collective à la Galerie Duchamp d’Yvetot : pour concevoir cette singulière construction où patiente sagement un fantôme, Maxime s’est inspiré d’« architectures synonymes d’ennui » – une salle d’attente, un carrelage de piscine, la forme de son lycée à Dieppe…
Maxime Verdier devant son œuvre “L’Échappée belle” (2021)
© Maurine Tric
« Ce fantôme, c’est toujours un peu un autoportrait. »
Et le personnage solitaire ? « Ce fantôme, c’est toujours un peu un autoportrait », souligne le jeune artiste, qui multiplie les spectres dans ses dessins et ses maquettes. Et pas que ! La doudoune, c’est la sienne, et donc un peu son absence. Le dessin L’Échappée belle (2021), c’est lui aussi, en gardien de salles au Centre Pompidou, un petit boulot qui lui permet de passer des heures à rêvasser près des œuvres : il se montre ici entre le parquet du musée et la campagne normande de son enfance, la tête remplacée par une grosse marguerite et les pieds en pantoufles.
Maxime Verdier dessinant
© Maurine Tric
« Je pars d’anecdotes, de petits moments de ma vie ; je travaille avec des souvenirs qui s’entremêlent, des éléments qui se mélangent et créent une fiction. » Pour la maquette Incipit (2020), il s’est rappelé de son école maternelle – enchantement des minuscules manteaux accrochés aux patères ! – et a sculpté de longues fenêtres démesurées, matérialisant un souvenir d’enfance où tout lui paraissait très grand. Autre maquette stupéfiante : La Lueur de l’air (2020), qui montre une petite maison enrobée dans une doudoune brodée d’étoiles, et dont le sous-sol se transforme en roche souterraine ponctuée de marches jaunes. Point de départ ? Une trappe dans le sous-sol de la maison de ses parents, qu’ils n’avaient jamais ouverte (un bon début de film d’horreur) et qu’il a développée, exaltant la force plastique d’un imaginaire aux racines enfantines.
Maxime Verdier, La Lueur de l’air, 2020
Bois, résine acrylique, résine polyuréthane, métal, tissu, LED, peinture acrylique • 146,5 × 40 × 34,5 cm • © Maurine Tric
Le génie de ses maquettes tient donc en leur façon d’agglomérer des mondes divers que l’on embrasse en un seul regard ; on pense aux surréalistes, à l’esprit d’escalier, aux cadavres exquis. « Mais jamais rien n’est gratuit », précise celui qui dit aussi « aimer le flou », dessiner de mémoire sans l’avoir excellente, savourer « l’espace de liberté » entre le réel et son art. Maxime Verdier est un inventeur de bricolages rêveurs, amant de la métamorphose et du délitement étrange des choses… Un conteur de brouillard.
J'ai l'impression que nous ne sommes plus au Kansas
Du 25 février 2022 au 12 juin 2022
Galerie Duchamp • 7 Rue Percée • 76190 Yvetot
galerie-duchamp.org
Drawing Now Art Fair
Du 19 au 22 mai 2022
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.
Maxime Verdier présentera quelques dessins sur le stand de la galerie Anne-Sarah Bénichou.
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