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Série – Métiers des coulisses

Photographe d’expo : de l’art de s’effacer derrière les œuvres

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Publié le , mis à jour le
Comment bien photographier une exposition ? Comment reproduire fidèlement une œuvre ? Quel espace de liberté pour le photographe en mission ? Pour le savoir nous avons suivi sur le terrain le photographe d’exposition Thomas Lannes. Cet automne, Beaux Arts part à la rencontre de ces professionnels dévoués et indispensables au monde de l’art.
Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition “Futur, ancien, fugitif – Une scène française” au Palais de Tokyo, Paris
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Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition “Futur, ancien, fugitif – Une scène française” au Palais de Tokyo, Paris, 2019

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Photo Maurine Tric

Il est bien souvent le premier à découvrir les expositions. À peine finies de monter, avant même que ne soit déroulé le tapis rouge pour les invités de marque et les potentiels acheteurs, il se tient seul au milieu des œuvres et personne ne songerait à mettre un pied dans ce lieu sanctuarisé. Car c’est l’heure de la photo. Il est venu pour cela : tirer le portrait de l’exposition. Mis à part les souvenirs des visiteurs ainsi que les textes des critiques, ses vues d’ensemble ou de détails, seront les seules traces qui en subsisteront. Mais, pour l’heure, elles sont vouées à faire venir du monde, à donner envie de se rendre sur place. En un mot : à communiquer.

Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition « Futur, ancien, fugitif – Une scène française » au Palais de Tokyo, Paris
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Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition « Futur, ancien, fugitif – Une scène française » au Palais de Tokyo, Paris, 2019

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Photo Maurine Tric

Thomas Lannes fait profession de photographe d’exposition « depuis deux ou trois ans seulement  ». En France, on compte sur les doigts d’une main ceux qui l’exercent régulièrement, c’est-à-dire qui en vivent à peu près. Lui répond aux commandes de la galerie Gagosian (de Paris, Londres, New-York et Los Angeles), à celles de la galerie In Situ Fabienne Leclerc (qui vient de déménager à Romainville), ou, occasionnellement pour Thaddaeus Ropac et la fondation Louis Vuitton. Ce qui, au vu de l’activité effrénée de ces galeries, déborde largement les limites de leurs propres expos. Leurs artistes font-ils un show au musée ? Les galeries voudront archiver leurs propres documents photographiques. Ainsi, Thomas Lannes a-t-il photographié pour les classeurs de Gagosian, les sculptures que Thomas Houseago, un artiste de la maison, présentait au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, au printemps dernier. De même a-t-il suivi la collection de vêtements conçus et mis en vente par le peintre Sterling Ruby à la chic boutique The Broken Arm.

Avant de photographier les expos des autres, il a aspiré à faire les siennes, d’expositions. Il a étudié en école d’art – deux ou trois fois plutôt qu’une – oscillant entre les installations et la photographie (documentaire, ciblant même plus particulièrement l’architecture en travaillant au coup par coup et de loin en loin pour les cabinets de Rudy Ricciotti ou de Jean Nouvel). En parallèle, il donne un coup de main pour monter des expos. Dont celles de Gagosian, quand la galerie multinationale ouvre ses pénates rue de Ponthieu, en 2010. C’est Thomas Lannes qui suggère à la galerie de le prendre comme photographe. Why not ?

Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition “Futur, ancien, fugitif – Une scène française” au Palais de Tokyo, Paris
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Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition “Futur, ancien, fugitif – Une scène française” au Palais de Tokyo, Paris, 2019

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Photo Maurine Tric

C’est donc arrivé un peu par hasard, et un peu naturellement : il avait cette intuition que le rapport qu’il entretenait en photo avec l’architecture, avec l’espace construit, pensé, habité, allait être identique avec les œuvres exposées et la manière dont elles occupent le white cube. De fait, c’est un des principaux défis de l’exercice : « il faut savoir rendre compte du lieu et des rapports d’échelle en faisant coïncider la réalité avec l’image qu’on en donne. Laquelle se situe entre l’expo et le lecteur ». Et l’artiste, pourrait-on ajouter. Dit autrement, la photo d’expo implique de savoir rester fidèle et humble. Pas question de se laisser aller à des effets de manche expressionnistes.

Une fois arrivé sur les lieux, une fois déballé le matériel (« un pied, un boîtier, deux ou trois optiques, une mire, des flashs – même si je m’en sers assez peu », précise-t-il), Thomas Lannes tient à discuter avec le commissaire, le galeriste et l’artiste, s’il est présent. « On parle technique. C’est ma manière d’aborder l’œuvre ». C’est-à-dire que pour la saisir, le photographe aime à cerner d’abord son processus de fabrication, les procédés mis en œuvre, les matériaux. Et on peut y reconnaître là la formation d’artiste de Thomas Lannes. « Il faut être sensible à l’œuvre », insiste-t-il, pour bien en fixer l’image, « ce qui implique, nuance-t-il, de ne pas avoir qu’une approche analytique, mais aussi un côté humain ».

Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition “Futur, ancien, fugitif – Une scène française” au Palais de Tokyo, Paris
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Thomas Lannes lors d’une prise de vue pour l’exposition “Futur, ancien, fugitif – Une scène française” au Palais de Tokyo, Paris, 2019

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Photos Maurine Tric

« Le numérique t’amène vite dans des subtilités qui peuvent partir dans tous les sens. »

Thomas Lannes

Au bout de deux heures, en général, c’est dans la boîte : « une vingtaine de photos par expo » – ce qui nous a paru peu. Mais Thomas Lannes connaît son métier et surtout les lieux, leurs pièges, leurs angles morts et leur meilleur profil en quelque sorte. Donc inutile de photographier à la pelle. Devant l’ordinateur, sur le logiciel Capture One, il retravaille à peine les clichés. « Pas de retouche, mais plutôt un équilibrage des lumières, un ajustement de la chromie, voire un recadrage ». Pas plus. « Mais c’est une étape sensible du travail parce que la lumière dans les white cubes des galeries est souvent sournoise car les lieux sont éclairés au néon, au tungstène, et laissent parfois passer la lumière naturelle ». Il confie avoir eu un jour un retour mitigé d’un de ses clients : les peintures, une fois développée à l’écran, paraissaient trop blanches et Thomas Lannes a cru bon de jouer de la palette numérique pour en rehausser les tonalités. « Mais les teintes picturales sont très subtiles et le numérique t’amène vite dans des subtilités qui peuvent partir dans tous les sens ». Il a dû retourner sur les lieux avec un œil neuf et une compréhension cette fois-ci plus aiguë des conditions d’exposition de ces tableaux si rétifs à la prise de vue. La nouvelle série fut faite, sans défauts, en deux trois temps.

Reste qu’aussi bon soit-il, un photographe d’expo aura du mal à rentrer dans l’histoire de l’art. Son travail s’efface devant celui de l’artiste qu’il sert, voire devant le commanditaire dont il vient épaissir les archives, illustrer les dossiers de presse, voire garnir les catalogues. « Il est peut-être plus facile d’obtenir une forme de reconnaissance de sa propre signature quand on livre des photos d’atelier », note Thomas Lannes. L’atelier où le face-à-face avec l’artiste et avec des œuvres pas prêtes, pas tout à fait encore domptées, donne en effet plus de liberté de manœuvre. Mais photographier les pièces accrochées, « c’est un travail de l’ombre », admet, sans regret, celui qui se prépare à cadrer ces jours-ci, l’expo de la scène française au Palais de Tokyo.

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Futur, ancien, fugitif

Du 16 octobre 2019 au 5 janvier 2020

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