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Détournement

Au Rijksmuseum, un regard neuf sur l’art ancien

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Lesha Limonov, Masterpieces never sleep
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Lesha Limonov, Masterpieces never sleep, 2017

Empruntez le regard intense de Van Gogh, celui, plus flegmatique, du capitaine de la Ronde de nuit de Rembrandt, ou encore celui d’une fraîche jeune fille immortalisée par le peintre hollandais Johannes Cornelisz Verspronck. Et cela tout en dormant. Ce masque de sommeil fort distingué vous permettra de ne jamais plus quitter des yeux votre tableau préféré. Ou, porté par votre voisin, de voir enfin ces dignes modèles portraiturés il y a des siècles, ronflant, la bave au coin des lèvres. C’est à cette petite merveille de dérision imaginée par Lesha Limonov et intitulée Masterpieces never sleep que le Rijksmuseum d’Amsterdam a décerné, le 21 avril dernier, le prix Rijkstudio 2017 qui récompense le détournement le plus créatif d’une œuvre issue de sa prestigieuse collection.

En effet, dans un esprit d’audace et d’ouverture encore jamais vu, le musée met à disposition de tous sur sa plateforme Rijkstudio, depuis 2013, un fonds de 300 000 images en haute définition et invite chacun à les utiliser en toute liberté, à les reproduire à l’envi sur n’importe quel support et sans aucune restriction. Un seul mot d’ordre : créer ! C’est pour encourager encore davantage cette réappropriation par le grand public, cette circulation et même désacralisation de son patrimoine que l’institution a lancé, en 2014, ce concours de créativité d’un genre unique. Lors de l’édition 2017, ce n’est pas moins de 2 600 propositions venues de 62 pays qui ont été soumises. Et les participants n’ont pas manqué d’imagination.

Francine LeClerq & Ali Soltani, Delft Blue Eyes + Nails, 2017

Jessie Hall, Plant Study Hats, 2017

Esther Pi & Timo Waag, Eden Condoms, 2017

On retiendra un beurrier en forme de robe à la mode du Siècle d’or, une fraise telle que portée dans les portraits de XVIIe siècle, mais ici en feutre, pour dormir confortablement n’importe où, un nichoir aux allures de maison peinte par Vermeer ou des baskets envahies par une nature morte. Les deuxième et troisième places ont été décernées respectivement, par le jury d’experts, aux Eden Condoms, préservatifs habillés de gravures d’Adam & Ève (une création anti-création en somme !) du duo Esther Pi & Timo Waag et à Plant Study Hats de Jessie Hall qui imagine de superbes couvre-chefs inspirés des étranges formes végétales photographiées par l’Allemand Karl Blossfeldt au début du XXe siècle. Mais notre coup de cœur revient à la proposition également plébiscitée par le public : des lentilles de contact recouvertes de motifs de faïence de Delft au bleu intense pour un regard des plus sophistiqué. Des détournements artistiques autrement plus inventifs et démocratiques – voire plus élégants – que celui récemment opéré par Jeff Koons pour Louis Vuitton, avec la collaboration, entre autres, du musée du Louvre…

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