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Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau latéral gauche, détail), vers 1500
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau latéral gauche, détail), vers 1500
Bestiaire fantastique
Avec Bosch, le paysage n’est pas un simple décor. Il se mue au contraire en théâtre où se trament de véritables intrigues. La flore abrite une faune hétéroclite de créatures familières, affublées d’étranges détails (poissons volants, chien à deux pattes, lapins-kangourous…) et d’animaux rares, comme cette majestueuse girafe blanche. Sans doute le peintre s’est-il ici inspiré d’un animal présent à la cour des Médicis en 1485, appelé la « girafe Médicis », qui fut vraisemblablement offerte à la famille florentine par un sultan d’Égypte. Outre Jérôme Bosch, cette girafe a également inspiré Francesco Botticini, mais aussi Domenico Ghirlandaio, qui l’a représentée en 1485–1490 sur sa fresque de l’Adoration des Mages (visible dans la chapelle Tornabuoni de l’église Santa Maria Novella à Florence).
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau central, détail), vers 1500
Bâtisseur psychédélique
S’il n’avait pas été peintre, sans doute Jérôme Bosch aurait-il pu être architecte ! Dans les volets du Paradis (celui de gauche) et du Paradis terrestre (au centre) s’élèvent de folles structures zoomorphes, à l’image de cette construction transpercée par des tubes transparents semblables à des passerelles. Chaque élément de cette architecture spectaculaire semble reposer l’un sur l’autre par une mystérieuse loi de l’équilibre… Dans cet enchevêtrement de marbre et de matériaux non-identifiés, on distingue, au niveau supérieur, une silhouette. Celle-ci pousse une paire de fesses à l’intérieur d’un tunnel dans lequel s’est déjà engouffrée une file de personnes. S’apprêtent-ils tous à plonger ? Pendant ce temps, au sommet de ce qui ressemble à un long champignon, deux personnes font des acrobaties… Gare au vertige !
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau central, détail), vers 1500
Une bulle d’amour
Au milieu de l’agitation ambiante (on compte, sur le panneau central, plus d’une centaine de personnages qui s’adonnent à toutes sortes d’activités – et de péchés !), ce couple s’est, littéralement, isolé dans sa bulle, semblable à une poche amniotique. Bosch reprend ici une image récurrente dans les enluminures des livres d’heures flamands du XVIe siècle (en particulier ceux du Brugeois Simon Bening). Rien ne semble perturber l’étreinte du couple, pas même l’homme caché dans le fruit sur lequel ils voguent tranquillement : une arbouse géante, symbole de tentation. À l’arrière-plan, un homme quant à lui enlace… une chouette ! Ce motif est en effet très apprécié du peintre, qui nous met ici en garde contre l’aveuglement, la tentation, la séduction…
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau central, détail), vers 1500
En avoir dans l’œuf
Symbole de résurrection du Christ dans l’iconographie chrétienne, l’œuf, dans la peinture de Jérôme Bosch, prend une dimension toute autre, à l’exemple de celui-ci. Attaqué par une dizaine de personnages en bordure d’un fleuve, sa coquille s’est cassée et les assaillants y pénètrent à la chaîne. Il se mue alors en allégorie de la folie… et de la gourmandise !
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau central, détail), vers 1500
Lourd fardeau
Pour dénoncer les pires travers de l’Homme, un seul mot d’ordre : la démesure ! Fruits, animaux, instruments de musique… Au milieu du chaos, Jérôme Bosch capte notre attention en grossissant certains symboles, très énigmatiques pour certains. Regardez-donc cet homme, plié en deux, qui porte tant bien que mal sur son dos une coquille de moule géante. À l’intérieur de celle-ci, on devine un couple en plein ébat au milieu de perles de nacre éclatantes. Quant à la position du porteur, elle renverrait à la danse morisque, également appelée « danse des fous », particulièrement appréciée par les cours européennes vers 1500.
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau central, détail), vers 1500
Dites-le avec des fleurs
C’est sans doute l’une des scènes les plus cocasses du panneau central du Jardin des délices : un homme se tient tête en bas, un bouquet de fleurs planté entre les fesses, tandis qu’à ses côtés une femme arbore, sur la tête, ce qui semble être un entonnoir stylisé. Si l’entonnoir est souvent, dans l’iconographie du Moyen Âge, l’apanage des fous et des fêtards, le bouquet évoque quant à lui très probablement la sodomie. Bosch reprend ici le thème des drôleries, ces enluminures grivoises que l’on pouvait trouver à la marge des manuscrits médiévaux.
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau latéral droit, détail), vers 1500
Tout feu tout flamme
Au feu ! À l’arrière-plan du volet de l’Enfer (à droite), une ville est en proie aux flammes et l’on aperçoit, émerger des ruines menaçantes, une armée d’ombres qui dévaste tout sur son passage. Ce décor d’apocalypse est sans doute la réminiscence d’un souvenir d’enfance de Jérôme Bosch : en 1463, la ville de Bois-le-Duc et ses petites maisons en toit de chaume furent en effet ravagées par un terrible incendie. Le feu est d’ailleurs un motif récurrent dans l’œuvre du peintre, souvent annonciateur du Jugement dernier.
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau latéral droit, détail), vers 1500
La musique de diable
Deux oreilles plus vraies que nature transpercées d’une flèche et d’une lame tranchante, qui écrase des âmes déchues… Par ce détail sanglant, Bosch souligne la dimension infernale de la musique profane, qui conduit au mieux à la surdité, au pire à la mort. Autour de ces oreilles se joue en effet un concert tonitruant qui accable les damnés : on distingue sur ce panneau un grand nombre d’instruments, dont une harpe, un luth et une curieuse cornemuse dont la forme sans équivoque ressemble à un sexe masculin.
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices (panneau latéral droit, détail), vers 1500
Chaos et volupté
Jérôme Bosch a, sur le volet de l’Enfer, personnifié les sept péchés capitaux. Allégorie de la volupté, cette jeune femme, qui porte un vêtement transparent, est enlacée par un monstre dont les prunelles brillent comme des flammes. Ces oreilles en pointes rappellent celles d’un lièvre, connu pour sa vigueur sexuelle. Les yeux fermés, celle-ci ne remarque sans doute pas le crapaud sur sa poitrine (symbole de luxure dans l’iconographie du Moyen Âge), ni le miroir qui lui est tendu, reposant sur les fesses d’un autre monstre !
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid
Jérôme Bosch, Le Jardin des délices, vers 1500
Mystérieux délices
Peint vers 1500, le Jardin des délices et sans doute l’œuvre la plus connue de Jérôme Bosch. Lorsqu’il est fermé, le triptyque, conservé au musée du Prado, représente la création du monde, peinte en grisaille. À l’intérieur, les panneaux suivent le schéma classique du Jugement dernier. Sur le panneau de gauche, consacré au Paradis, Dieu, sous les traits de Jésus, unit Adam et Eve. Sur le volet central sont représentés plus d’une centaine de joyeux drilles, qui s’adonnent à toutes sortes d’activités grivoises : sexe (à deux ou à plusieurs), fête, jeux, festins… Enfin, le panneau de droite est quant à lui consacré à l’Enfer, peuplé de créatures terrifiantes qui font subir toutes sortes de supplices aux damnés. Maintes et maintes fois commenté, le Jardin des délices n’a pas encore livré tous ses secrets.
Huile sur bois • 200 × 195 cm pour le panneau central, 220 × 97 cm pour les panneaux latéraux • Coll. musée du Prado, Madrid • © Leemage
Bosch par le détail
Par Till-Holger Borchert
Le Jardin des délices, Le Jugement dernier, Le Chariot de foin, La Tentation de saint Antoine… Tous les chefs-d’œuvre de Jérôme Bosch sont ici analysés par le détail. Organisée de façon thématique, l’historien de l’art Till-Holger Borchert propose une plongée fascinante dans la peinture du « faiseur de diables », ses symboles et ses énigmes. Existe aussi en grand format, pour une expérience encore plus renversante !
À voir
Le Mystère Jérôme Bosch
Documentaire • 1 h 30 • 2016
À explorer sans modération
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Un jardin merveilleux
Bienvenue au Paradis… selon Jérôme Bosch ! Pour le peintre néerlandais natif de Bois le Duc, représenter la nature est l’occasion de laisser libre cours à son imagination débordante. Elle est peuplée de créatures fantastiques et de plantes aux formes fantaisistes, probablement inspirées d’illustrations de récits de voyages alors diffusées en Europe sous la forme de petites gravures sur bois. En témoigne ce dragonnier des Canaries, autour duquel grimpe une vigne et qui pourrait être ici associé à l’Arbre de la Connaissance du bien et du mal. Assis à ses racines, Adam, vient tout juste de s’éveiller… Le spectacle peut commencer.