Sculpture en porcelaine “Touki”, imaginée par le photographe Omar Victor Diop et réalisée avec la maison Bernardaud, 2025
Porcelaine, émail • © Bertrand Bozon
Le rendu, avec sa « peau » semi-brillante ébène, est magnétique. Auréolé d’un bandeau doré, le cou ceint d’une étoffe précieuse, son visage rayonne avec ses scarifications, tel un soleil. L’intérieur du bonnet, en biscuit de porcelaine, a été soigneusement étudié pour accueillir une douce lumière…
Ainsi découvre-t-on Touki, la toute première – et chaleureuse – création en trois dimensions du photographe Omar Victor Diop. Né en 1980 à Dakar, au Sénégal, cet autodidacte, tombé dans le bain de la photographie, est devenu en quelques années une signature incontournable tant sa fantaisie colorée – mi-Seydou Keïta, mi-Jean-Paul Goude – fait mouche (actuellement, on le retrouve dans l’expo « Wax », au musée de l’Homme).
« Toutes les idées que j’avais sont dans cette réalisation, sont dans Touki. »
Réalisé avec la manufacture Bernardaud, en son berceau de Limoges depuis cinq générations, Touki rend hommage aux savoir-faire porcelainier autant qu’à la statuaire des pharaons noirs de la XXVe dynastie (VIII-VIIe siècles av. J.-C), conquérants venus de l’actuel Soudan. Une manière pour Omar Victor Diop, dont l’œuvre croise héritage culturel et questionnements contemporains, et interroge les stéréotypes associés aux représentations des personnes noires, de déjouer, comme toujours, les attentes visuelles. Omar Victor Diop aux ateliers Bernardaud à Limoges
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Cette sculpture qui casse les clichés, et s’impose par sa beauté, a été éditée en 199 exemplaires. « Combien de fois j’ai imaginé des choses en pensant qu’elles ne seraient pas réalisables, affirme, heureux, Omar Victor Diop. Finalement toutes les idées que j’avais sont dans cette réalisation, sont dans Touki. »
La sculpture en porcelaine « Touki » en cours de réalisation dans les ateliers Bernardaud, Limoges
© Ateliers Bernardaud
« La découverte des ateliers Bernardaud à Limoges, ajoute le photographe, m’a révélé comment les techniques de fabrication peuvent créer l’illusion d’une présence humaine. » Il a fallu des mois pour parvenir à un tel résultat ; d’abord concevoir un prototype fidèle au rêve de l’artiste – tâche dévolue aux mains expertes des modeleurs de la maison Bernardaud. Des détails de gravure du col aux rayons du soleil, en passant par les traits du visage, chaque geste, à la lame, à l’ébauchoir en buis et à l’éponge, a fait l’objet du plus grand soin. Dernière touche : la technique de la lithophanie, fin biscuit de porcelaine dont Bernardaud a le secret, a été utilisée pour l’éclairage du bonnet. Et la lumière fut !
Touki par Omar Victor Diop
Édition limitée à 199 exemplaires
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