Musée de l’homme

De l’Indonésie à l’Afrique, la fabuleuse épopée du wax retracée dans une expo et une BD

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Publié le , mis à jour le
L’emblématique tissu coloré de l’Afrique a dépassé les frontières du continent depuis plusieurs décennies, mais son histoire est méconnue du grand public. Une exposition au musée de l’Homme, à Paris, et une bande dessinée permettent aujourd’hui de découvrir les racines et les symboliques très riches du wax.
Thandiwe Muriu, Camo 43
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Thandiwe Muriu, Camo 43, 2022

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Impression jet d'encre montée sur aluminium dibond • © Thandiwe Muriu

C’est une explosion de couleurs et de motifs qui fait du bien dans la grisaille parisienne ! Savez-vous à quoi ressemble « Chérie ne me tourne pas le dos » ? Qu’un oiseau qui s’échappe de sa cage signifie « tu sors je sors » ? Bienvenue dans un monde où le choix des motifs n’est jamais laissé au hasard. Un ventilateur ? C’est signe de richesse. Un escalier ? Il y a de nouvelles étapes à gravir…

De toutes les matières, c’est le wax qu’au musée de l’Homme on préfère ! Pendant plusieurs mois, ce fameux textile est au cœur d’une exposition, dans le cadre de la saison « Migrations » proposée par l’institution. « Le wax occupe une place centrale dans l’imaginaire collectif et les pratiques culturelles en Afrique et dans les diasporas, relève Cindy Olohou, co-commissaire. »

De l’île de Java à l’Afrique de l’Ouest

Omar Victor Diop, Oumy Ndour, Série Studio des Vanités
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Omar Victor Diop, Oumy Ndour, Série Studio des Vanités, 2015

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Impression jet d’encre pigmentaire sur papier Harman By Hahnemuhle • 90 × 60 cm • © Omar Victor Diop, Courtesy Galerie Magnin A, Paris

Pourtant le wax est en réalité né à des kilomètres de l’Afrique, en Indonésie. En 1872, des soldats ghanéens, enrôlés à Java par les Néerlandais qui dominaient l’île, vont ramener au pays des batik, un tissu traditionnel teint que les Européens avaient tenté d’industrialiser sur place, sans succès. Mais dans toute l’Afrique de l’Ouest, l’engouement sera immédiat. La mode gagne le Bénin, le Nigeria ou la Côte d’Ivoire, où le wax est le chic ultime. Les industriels européens vont saisir la belle aubaine et exporter leur business vers les colonies ouest-africaines. Au XXe siècle, après la décolonisation, le wax fait le succès de commerçantes togolaises, dites « Nana-Benz » parce qu’elles roulent en grosses berlines. Mais aujourd’hui, Vlisco (entreprise néerlandaise de référence) et ses filiales africaines demeurent au sommet de ce marché, sur lequel les Chinois cassent les prix en rognant sur la qualité.

Publiée en même temps que l’exposition, la première bande dessinée de Justine Sow, Wax Paradoxe (éd. Bayard Graphic’) puise dans histoire personnelle de la jeune femme métisse pour brosser la trajectoire d’une étudiante en stylisme belgo-congolaise qui se reconnecte à ses origines africaines à travers le wax. Pour retracer cette expérience intime, la dessinatrice enquête dans les boutiques du quartier de Matonge et se rend dans la manufacture de Vlisco, aux Pays-Bas.

Bien plus qu’un simple tissu

Romuald Hazoumè, Sica
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Romuald Hazoumè, Sica, 2020

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Plastique, tissu, nylon et cuivre • 60 × 34 × 15,5 cm • © Romuald Hazoumè / Courtesy Galerie Magnin A, Paris

Un bon tissu wax est imprimé sur deux faces selon une technique qui utilise de la cire (wax en anglais, d’où le nom). Entre « superwax » et « fancy », coexistent aujourd’hui différentes qualités. Porté par les femmes (pagnes, robes, coiffes) plus souvent que par les hommes (chemises, pantalons), le wax est bien plus qu’un simple produit de consommation. « Son influence sur la création artistique contemporaine est profonde et multiple », abonde Soloba Diakité, enseignante et historienne des arts africains, et également commissaire scientifique de l’expo du musée de l’Homme.

Pour s’en convaincre, il suffit d’entrer dans le Foyer Germaine Tillion, au premier étage du musée de l’Homme, où défilent les visions d’artistes et de stylistes sur ce matériau fétiche. On suit ainsi le wax en noir et blanc dans l’objectif des photographes culte maliens Malick Sidibé et Seydou Keïta, avant d’admirer les portraits hauts en couleur du Sénégalais Omar Victor Diop ou les sublimes compositions illusionnistes en wax de la Kényane Thandiwe Muriu. Puissant vecteur d’identité, le wax pose la question de l’appropriation et de la réappropriation culturelles, du panafricanisme, de l’empowerment, mais aussi du recyclage…

Vue de l’exposition « Wax » au musée de de l’Homme, Paris, 2025
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Vue de l’exposition « Wax » au musée de de l’Homme, Paris, 2025

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© MNHN / A. Latzoura

De Lamine Badian Kouyaté, père de la marque XULY.Bët, à Alexis Temomanin, créateur de Dent de Man, en passant par Natacha Baco ou encore Mike Sylla, qui habille autant Carlos Santana que Mohammed VI, on ne compte plus les griffes qui se sont emparées des motifs du wax, y compris dans la haute couture. Une flamboyante aventure !

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Wax

Du 5 février 2025 au 7 septembre 2025

www.museedelhomme.fr

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Wax Paradoxe

De Justine Sow

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