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Toshio Saeki, Sans titre
Sérigraphie sur papier de mûrier réalisée à la main • © Toshio Saeki
À première vue, ses images ont des allures d’illustrations pour comics un peu rétro, avec leurs coloris saturés et leur « ligne claire ». Ce qu’on y voit, pourtant, n’a rien d’innocent. Seins lacérés, pieuvres scotchées à l’entre-jambe, jeunes filles ligotées, scènes de sexe multiple et petites filles en pleine rêverie extatique composent un millefeuille de pornographie horrifique, dont les femmes sont généralement les victimes. Des perspectives aiguës précipitent ces visions de cauchemar contre la conscience du spectateur, acculé à une position de voyeur consentant. À soixante-douze ans, Toshio Saeki est considéré comme le maître de l’erotica japonais, poursuivant depuis les années 1970 la tradition des shunga, ces estampes fantastiques à la poésie crue circulant sous le manteau depuis le XVIe siècle.
Sa veine à lui a pour nom ero guro, une forme d’érotisme macabre et grotesque développé à partir des années 1930 dans la littérature nippone, puis au cinéma et dans la bande dessinée, esquissant sous couvert de fantasmes morbides une critique de la violence des rapports humains dans la société japonaise. Aujourd’hui retiré dans la campagne magnifique de l’arrière-pays tokyoïte, Toshio Saeki travaille sans modèle, avec pour seule compagne sa terrifiante imagination.
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À lire
Toshio Saeki • Rêve écarlate • éditions Cornélius • 2016
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