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Reportage Bienalsur

Buenos Aires met l’art sud-américain en ébullition

le 26 octobre 2017 à 18h10

La première biennale internationale d’art contemporain latino-américain, Bienalsur, se tient jusqu’en décembre dans la capitale argentine et 31 autres villes dans le monde. Son but : développer, via la culture, les relations entre les différents pays du continent.

Panneau d’entrée de l’exposition « Imaginary Convergences » du Brésilien ivan Grilo et de l’Argentin Hugo Aveta au Km 4.4.
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Panneau d’entrée de l’exposition « Imaginary Convergences » du Brésilien ivan Grilo et de l’Argentin Hugo Aveta au Km 4.4.

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© Bienalsur

À Bienalsur, tout commence par des symboles appuyés. Tout d’abord celui du guide des expositions, qui adopte la forme d’un passeport, signifiant ainsi que la manifestation n’est pas nationale – ni même continentale –, mais qu’elle se destine à des citoyens culturels… sans frontières. Certes, la culture rend citoyen du monde, mais ce n’est pas la première fois qu’une biennale nous joue le coup du passeport ! Deuxième symbole : chacune des expositions affiche le nombre de kilomètres qui la distancie d’Untref, l’université organisatrice de la manifestation. Ce qui donne Km 0 (kilomètre zéro) pour l’ensemble présenté au musée de l’Immigration (qui fait partie d’Untref) ou Km 18 370 pour l’exposition de l’université des arts de Tokyo… Vision un peu trop auto-centrée ?

L’invitation de Reza à révéler le monde

Troisième symbole : Bienalsur n’a pas de thème, ce qui, en fin de compte, fait du bien tant les thématiques des autres biennales sont souvent artificielles. Elle est conçue autour de trois catégories de manifestations : événements dans l’espace public, expositions thématiques et présentation de collections d’art publiques ou privées. À ne pas manquer, plaza San Martín, à Buenos Aires : le projet mené par Reza (né en 1952), photoreporter iranien contraint à l’exil dès 1981, après avoir lutté contre l’oppression du Shah puis de la République islamique. L’artiste vit aujourd’hui à Paris et a sillonné le monde comme reporter de guerre pour National Geographic, Time Magazine ou Paris Match.

<em>Images from my World</em> : le photojournaliste iranien en compagnie de jeunes issus de quartiers défavorisés auxquels il a donné des cours. À voir à Plaza San Martin et Plaza Fuerza Aérea (Km 1,2).
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Images from my World : le photojournaliste iranien en compagnie de jeunes issus de quartiers défavorisés auxquels il a donné des cours. À voir à Plaza San Martin et Plaza Fuerza Aérea (Km 1,2).

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© Bienalsur, Photo Oscar Roberto Castro

Au-delà du photojournalisme, il s’est engagé, dès 1983, dans l’humanitaire, formant des réfugiés afghans à la photographie afin qu’ils puissent témoigner par eux-mêmes. Un procédé développé ensuite dans le monde entier, de l’Irak à l’Afrique du Sud, en passant par les banlieues françaises. Des actions longues et peu médiatisées qu’il a souvent financées seul, grâce à la vente de ses œuvres. À Buenos Aires, dans les quartiers les plus défavorisés, Reza a sélectionné six jeunes qu’il a accompagnés et formés pendant trois mois. Objectif ? Les inciter à offrir leur regard sur le monde par la photographie. Le résultat est stupéfiant : deux d’entre eux (deux jeunes filles) se sont révélées comme de véritables artistes. « Je ne suis pas surpris, explique-t-il. Depuis plus de trente ans que je mène ces actions, plusieurs de mes élèves ont gagné les prix les plus prestigieux du monde de la photographie ! »

Chefs-d’œuvre d’art latino

Parmi les très nombreuses expositions thématiques, on retiendra celle dans l’ancien zoo de la capitale argentine, transformé pour l’occasion en nouveau centre d’art centré sur la nature. C’est là que le duo d’artistes helvético-brésilien Dias & Riedweg présente son projet Art, Time and Nature, un ensemble de vidéos sur le quotidien, proposant des décalages temporels fascinants.

Robert Filiou, Eins Un One
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Robert Filiou, Eins Un One, 1984

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Cinq mille dés bleus, rouges, jaunes, noirs et blancs, de différentes tailles, avec sur chaque face un seul point, répartis sur une surface de neuf mètres de diamètre, venus du Mamco de Genève pour défier le hasard dans les collections permanente au Museo nacional de Bellas Artes.

© Bienalsur, Photo Mauro Franceschetti

Le troisième axe de la biennale, consacré à la présentation de collections d’art, est tout aussi réjouissant. Entre les surprenantes vidéos appartenant au couple de collectionneurs français Isabelle et Jean-Conrad Lemaître, les chefs-d’œuvre contemporains d’art latino venus du musée Reina Sofía de Madrid, ou les confrontations entre plusieurs collections argentines et brésiliennes, les visiteurs ont de quoi se réjouir. Une biennale très foisonnante, donc, sans doute trop dispersée (certains lieux n’accueillent qu’une ou deux œuvres), mais qui, indéniablement, ouvre des chemins nouveaux pour l’Amérique latine et donne très envie de découvrir l’Argentine, ses artistes et son esprit si particulier mais tellement excitant.

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