Buenos Aires met l’art sud-américain en ébullition
Buenos Aires met l’art sud-américain en ébullition
La première biennale internationale d’art contemporain latino-américain, Bienalsur, se tient jusqu’en décembre dans la capitale argentine et 31 autres villes dans le monde. Son but : développer, via la culture, les relations entre les différents pays du continent.
épisode 2
Sous le charme de Buenos Aires, la « capitale européenne » de l’Amérique du Sud
La basilique baroque Saint-François de Buenos Aires, dans le quartier de Montserrat.
© Matthew Williams-Ellis
Son architecture rappelle Paris, mais aussi Mexico et ses immeubles délabrés. Buenos Aires vit la nuit comme Madrid, bouillonne comme Barcelone et regorge d’espaces verts comme Berlin. À près de quatorze heures d’avion depuis la France, elle semble à la fois familière et singulière. Mais c’est aussi la ville au monde qui compte le plus grand nombre de librairies par habitant. Et celle qui a inventé le tango ou édifié, à la fin du XIXe siècle, un opéra (le Teatro Colón), dont l’acoustique est encore considérée aujourd’hui comme l’une des meilleurs de la scène lyrique internationale. La plupart des réalisations majeures de Buenos Aires, à l’instar du métro, datent de l’âge d’or de la cité, entre 1880 et 1914. Période au cours de laquelle les exportations agricoles ont permis la constitution de fortunes colossales auxquelles le krach bousier de 1929 a porté un coup fatal.
L’architecture de la ville, son atmosphère (on aime particulièrement le quartier de la Boca avec ses nombreux murs peints), témoignent des crises successives, des dictatures aux terribles à-coups économiques (le gouvernement Macri, arrivé au pouvoir fin 2015, a commencé à remonter la pente). Dotée d’une formidable capacité d’adaptation, la population de la capitale parvient à rester enjouée et dynamique, à l’image de sa scène artistique.
Leandro Erlich, Run for the Music, 2016
Leandro Erlich à côté de son installation musicale Run for the Music, à activer en courant le long de ses 60 mètres. À voir au Museo de Arte Tigre, dans une station balnéaire à trente minutes de Buenos Aires (Km 31.1).
Technique mixte • © Bienalsur, Photo Oscar Roberto Castro
L’artiste argentin vivant le plus célèbre est sans nul doute Julio Le Parc (né en 1928), l’un des inventeurs de l’art cinétique qui vit depuis longtemps en France (représenté par la galerie Perrotin). Le peintre Guillermo Kuitca (né en 1961) est, quant à lui, une star exposée dans les grands musées de la planète. Autre figure, Leandro Erlich (né en 1973), dont les installations illusionnistes sont mondialement connues. Au sein de son grand atelier situé dans un ancien quartier populaire devenu branché, il a d’ailleurs annoncé qu’il sera le prochain artiste invité par le Bon Marché, à Paris, début 2018, pour réaliser plusieurs œuvres in situ. Un peu plus jeune, Adrían Villar Rojas (né en 1980), vivant entre Buenos Aires et New York, est, avec ses sculptures, la nouvelle coqueluche de la scène argentine.
Un doux esprit de folie
Mais la biennale permet de découvrir d’autres figures moins connues en Europe et pourtant emblématiques de la scène locale. À l’image de Luis Felipe Noé (né en 1933), admiré par nombre d’artistes argentins pour ses écrits théoriques et son œuvre, qui a fait l’objet cette année d’une rétrospective au musée national des beaux-arts. Père du cinéaste reconnu Gaspar Noé, Luis Felipe est l’auteur d’une œuvre riche, peuplée de peintures fluo quasi chamaniques et d’installations globales étonnantes.
Dans l’atelier de Nicola Costantino, artiste inspirée par Jérôme Bosch, exposée pour Bienalsur au Museo Palacio Dionisi à Córdoba, en Argentine (Km 707).
© Bienalsur
On est définitivement convaincu qu’il souffle un esprit de folie chez les artistes argentins en visitant l’atelier très baroque de Nicola Costantino (née en 1964). Cette dernière a créé, en 2007, des pains de savon avec la graisse de son propre corps – après une liposuccion (œuvre appartenant à la collection Jozami). Elle revisite aussi l’histoire de l’art de façon totalement déjantée dans des photographies, ou crée des vidéos provoquant rire et trouble à la fois.
Le marché de l’art en expansion
Si beaucoup d’artistes se plaignent d’être insuffisamment reconnus à l’étranger, le marché de l’art argentin, animé principalement par trois ou quatre grands collectionneurs, semble dynamique comme l’atteste la galerie Ruth Benzacar, l’une des rares présentes dans les foires internationales. D’ailleurs, la foire d’art contemporain de Buenos Aires, ArteBA, qui réunit 120 galeries chaque année fin mai propose depuis deux ans un rendez-vous supplémentaire en novembre. De même, la foire de photographie Ba Photo poursuit son déploiement et le programme Art Basel Cities aura lieu pour la première fois dans la ville en 2018. Ce développement repose toutefois en partie sur de mauvaises raisons : l’art y représente un actif en dollars qui agit comme une réserve de valeur dans un pays ravagé par une inflation annuelle d’au moins 20 % et un peso déprécié de près de 50 % au cours des cinq dernières années !
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
