Fantastique Fiac !
Fantastique Fiac !
Entre Petit et Grand Palais, et bien au-delà, la Foire internationale d’art contemporain colore Paris du meilleur de la création en accueillant toujours plus de pays : cette année, la Grèce, le Pérou et l’Irlande. Pour une 45e édition très attractive.
Tendances
La vogue des face-à-face
C’est la dernière mode à la Fiac : des duos créés par-delà les générations, les vivants et les morts, pour mieux faire parler le présent. Esther Ferrer & Sanja Iveković, Richard Baquié & Anita Molinero… L’affiche 2018 regorge de rencontres au sommet.
Richard Baquié, Histoire des métaphysiques quotidiennes, 1993
Cafetière, verre, acier • 70 × 25 × 5,5 cm • Galerie Thomas Bernard / Cortex Athletico, Paris • Courtesy Anita Molinero et galerie Thomas Bernard, Paris / © Rebecca Fanuele
En marketing, on appelle ça du co-branding : ou comment deux appellations peuvent, lors d’un éphémère mariage, créer de la valeur ajoutée, sur le thème 1 + 1 = bien plus que 2. Si la Fiac compte une jolie flopée de solo shows, la tendance est bel et bien aux duo shows. Soit des dialogues savamment orchestrés, qui permettent à une galerie de faire démonstration de sa force d’amplitude, en opposant les contraires, ou de dévoiler quelques-unes de ses obsessions. La galerie espagnole Espaivisor s’est fait spécialité du genre, avec brio. Après avoir rapproché en 2017 Orlan la scandaleuse et Lea Lublin, tout aussi investie dans la lutte féministe, cette galerie de Valencia rejoue la partition avec deux autres grandes figures : l’Espagnole Esther Ferrer et la Croate Sanja Iveković, deux pionnières de la performance, dont les audaces esthétiques ont trop longtemps été négligées.
Anita Molinero, Le Bayou (ou La Regina), 2012–2015
Gazinière en Inox, poubelle en polypropylène, polyester extrudé, fourrure, poches plastique • 150 × 195 × 90 cm. • Galerie Thomas Bernard / Cortex Athletico, Paris • Courtesy Anita Molinero et galerie Thomas Bernard, Paris / © Rebecca Fanuele
Manière de proposer un autre visage des avant-gardes européennes des seventies ? Et celles des années 1980 ? Certaines sont tout autant passées à la trappe, comme les sculptures fulgurantes du Marseillais Richard Baquié. Mort tragiquement à 43 ans, en 1996, cet enfant terrible de la sculpture française avait disparu des radars après avoir été chéri comme le génie qu’il était. Pour marquer le début de son travail sur cet héritage peu exploré, Thomas Bernard le met en scène aux côtés d’Anita Molinero et ses sculptures de feu : deux façons de faire brûler le quotidien par les deux bouts, pour une rencontre qui s’avère pleine de fougue.
On attend aussi beaucoup, chez Richard Saltoun (Londres), de la confrontation entre les maquettes et sculptures rares de VKhUTEMAS Workshop, collectif qui réunit le temps d’un éclair, dans les années 1920, Alexander Rodtchenko, Gustav Klutsis et autres activistes constructivistes, et leur héritier direct, Alexander Brodsky, architecte de papier né à Moscou en 1955. Enfin, chez Untilthen (Paris), c’est un autre duel générationnel qui se joue, avec la conversation que la galerie instaure entre Robert Barry, monstre de la poésie conceptuelle, et le jeune Turc Ahmet Öğüt, passionné d’enjeux sociaux. Ou comment donner une assise au second, et un coup de frais au premier. Mais aussi, espérons-le, créer à travers ce mano a mano des hasards objectifs derrière lesquels tout marketing disparaîtrait.
FIAC 2018
Du 18 octobre 2018 au 21 octobre 2018
Grand Palais • 7 Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.grandpalais.fr
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