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Née en 1993, et tout juste diplômée de la Royal Academy of Arts de Londres, cette artiste esquisse, avec une touche grasse et retenue, des objets imaginaires inspirés de curiosités chinées dans des brocantes ou sur Internet, puis photographiées. Sur des toiles ou des tissus de velours, des symboles, encore des symboles. Et puis des visages fantômes apparaissent, une diva se cache derrière un paravent nacré, une saucière baroque brille de mille feux sur une table… Ces tableaux cryptés sont le fruit d’un fétichisme assumé et ont la saveur d’une poussière froide et hallucinogène. Ils osent représenter ce qui devrait rester dissimulé. Issy Wood manipule la peinture comme la magie noire : avec précaution. Avec elle, la touche impressionniste ne diffracte pas les objets dans la lumière, mais elle les fait se perdre dans une ombre de clair de lune, dans la fumée, au cœur de songes ou d’occultes rituels.
Issy Wood, Idea for a lightweight icon, 2018
Huile sur toile de lin • 30 × 40 × 2 cm • Courtesy CARLOS / ISHIKAWA, Londres
Des pantins désincarnés, des clowns et bébés atrophiés qui gisent sur des canapés, sur des murets ou dans la terre. Ils habitent des territoires artificiels, comme fabriqués sous acide, composés de fausse mousse, de polystyrène gratté ou encore de fleurs en plastique. Un univers qui prend l’apparence d’une interminable descente de trip. Né en 1985, le Berlinois Veit Laurent Kurz est un maquettiste de la ruine. Il est le metteur en scène de nos existences fatiguées et démunies face aux enjeux du monde. Il montre à quoi pourrait ressembler notre environnement après une apocalypse, quand la technologie ne sera plus d’aucun secours. Familier des décors de jeu vidéo et des programmes de modélisation 3D, cet artiste retrace le moment où l’enfance se mute en cauchemar, l’instant où nos espoirs se révèlent n’être que de vulgaires pétards mouillés.
Veit Laurent Kurz, stand de la galerie Isabella Bortolozzi, 2018
Courtesy galerie Isabella Bortolozzi, Paris
Née en 1989, Louisa Gagliardi conçoit ses peintures sur ordinateur avant de les imprimer sur PVC. Dans des positions distordues, étriqués par leur angoisse, les jeunes gens diaphanes qu’elles représentent sont vulnérables. Nous voulons les atteindre, les toucher, leur mettre une main sur l’épaule, mais une vitre solide et trouble nous en empêche. Il s’agit d’un écran, celui de notre téléphone, que l’on place entre nous-mêmes et le monde pour nous protéger. Ces mêmes interrogations traversent les sculptures que l’artiste propose à la foire. Réalisées en collaboration avec le plasticien Adam Cruces, ces dernières sont composées de matériaux domestiques et d’architecture urbaine. Comme dans les peintures de Louisa Gagliardi, l’humain est ici incomplet. Il nage entre deux eaux, dans un espace à la fois intime et public, perdu quelque part entre les sphères digitale et matérielle.
Vue de l’exposition d’Adam Cruces et Louisa Gagliardi sur le stand de la galerie Joseph Tang, Paris
À tous ces fichiers JPEG que nous accumulons dans des dossiers, sur le cloud, dans des boîtes mail ou sur des disques durs, à ces images perdues, que l’on ne peut plus lire ou que l’on oublie, Em Rooney oppose des objets photographiques et sculpturaux qui ont un poids et une texture bien tangibles. Née en 1983, cette artiste veut ancrer les photos dans notre présent, même si elles ont été prises par erreur ou qu’elles apparaissent « sales », pixelisées ou insignifiantes. Em Rooney recontextualise des images issues de son stock personnel. Elle les imprime sur papier glacé pour les insérer dans des objets dignes de précieux reliquaires gothiques. Artiste de l’archive, elle sort la photographie de ses gonds et l’enferme pour mieux la conserver.
Em Rooney, Rearview Mirror (8), 2018
Polyester, résine, journal, noix, tirage photo, acier • 137,2 × 10,2 × 36,6 cm • Courtesy Bodega, New York
Dans les restaurants chinois ou japonais, le saké est traditionnellement servi dans de petits verres dont le fond révèle des images érotiques. Urara Tsuchiya s’en est probablement inspiré. Né en 1979 au Japon, cet artiste basé à Glasgow conçoit des performances, des vidéos, des vêtements, mais aussi et surtout des céramiques. S’élevant de récipients kitsch, de petits humains, des pandas, des ours en peluche, des phoques, ou encore des épaules de jambon cru partouzent, se masturbent ou se caressent. Avec ses scènes de sexe inter-espèce dissimulées dans des bols de grand-mère, l’artiste brave les interdits.
Urara Tsuchiya, Tree Surgeon, 2018
Grès émaillé • 73 × 73 × 93 cm • Courtesy Union Pacific, Londres
Paris Internationale
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