Fantastique Fiac !
Fantastique Fiac !
Entre Petit et Grand Palais, et bien au-delà, la Foire internationale d’art contemporain colore Paris du meilleur de la création en accueillant toujours plus de pays : cette année, la Grèce, le Pérou et l’Irlande. Pour une 45e édition très attractive.
Tendances
Seul(e)s en scène
Parmi les 27 expositions personnelles qui vous attendent à la Fiac, certaines méritent absolument le détour. De la plus piailleuse à la plus cosmique, zoom sur trois propositions incontournables.
1. La révélation, Krishna Reddy
Il a grandi dans l’ombre de Moore, Zadkine et Brancusi. Mais qui se souvient vraiment de Krishna Reddy ? La galerie Experimenter répare l’outrage, en apportant de Calcutta un superbe florilège de ce maître de la taille douce. Né dans l’Andhra Pradesh en 1925, ce jeune prodige, fils de paysans, se forme à Madras, puis à Londres, avant de rejoindre la bohème parisienne au début des années 1950.
Dans le secret de son atelier de Montparnasse, il fusionne la théosophie contre culturelle que lui a enseignée Jiddu Krishnamurti et les élans de l’abstraction lyrique. Il invente bientôt son style, travaillant de manière très singulière la viscosité des encres. Papillons et vagues, toiles d’araignées et fleurs à peine écloses, ses eaux-fortes sont exposées dans les plus grands musées du monde dès les années 1960. Disparu l’été dernier, à l’âge de 93 ans, à New York, où il vivait depuis trente ans, Reddy promet d’être l’une des plus belles révélations de la Fiac.
Krishna Reddy, Water Lilies, 2018
Encre sur papier • 50,8 × 65,3 cm • © Experimenter, Calcutta
2. Sur un arbre perchée, Ann Craven
A priori, on ne fait pas plus cliché : des peintures d’oiseaux rococo, de lunes à toutes les phases, de daims et de fleurs… Mais la façon dont la New-Yorkaise Ann Craven (née en 1967) s’empare de ces images sans qualité fait vriller aussitôt le regard. Malgré les apparences, avant tout, c’est le concept qui l’intéresse.
En 2002, elle met par exemple en scène deux expositions jumelles. Seule la taille des toiles diffère. Peu après, elle dévoile à New York 400 images de la Lune (l’une de ses obsessions, il lui arrive de peindre jusqu’à dix fois par nuit notre doux satellite), et montre leur copies au même moment à Cincinnati. Une façon de déjouer la préciosité et de vider ses motifs de leur charge émotionnelle. Et pourtant, ses toiles sont traversées des chants de toutes sortes de fantômes.
Ann Craven, Two Zebra Finches (Yellow Sunset with Cherries), 2018
Huile sur toile • 101 × 76 cm • Courtesy Ann Craven et Shane Campbell Gallery, Chicago
3. Michel Journiac, le scandaleux
Dans Hommage à Freud, Michel Journiac pose déguisé et grimé à l’image (et aux côtés) de son père et de sa mère. Pour 24 heures de la vie d’une femme ordinaire, il imagine à partir d’un sondage paru dans la presse féminine une détonnante série, où il apparaît, travesti, perruqué, en ménagère lambda, vêtu d’un tablier ou d’une robe de soirée. Comment cette œuvre a-t-elle pu si longtemps passer inaperçue ? Depuis la disparition de ce prêtre défroqué (en 1995, à l’âge de 60 ans), l’oubli a tout submergé.
Sociologique et pré-queer, cette production refait enfin surface grâce au travail que le galeriste Christophe Gaillard mène dans les archives, depuis qu’il a récupéré la gestion de ce scandaleux héritage. De cet estate qui brûle les doigts, il a déjà dévoilé quelques trésors, notamment cette sainte Vierge de plâtre blanc à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession, n’était l’arrogant phallus qui pointe sous sa robe. Pour la Fiac, il continue d’ouvrir la boîte de Pandore.
Michel Journiac, Icône de la Vierge mère, 1983
Transfert photographique, technique mixte, feuilles d’or et de cuivre, sang sur toile • 130,5 × 80,5 cm • Courtesy galerie Christophe Gaillard-Estate Michel Journiac
FIAC 2018
Du 18 octobre 2018 au 21 octobre 2018
Grand Palais • 7 Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.grandpalais.fr
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