Art contemporain

11 artistes tunisiens font face au passé à l’abbaye de Jumièges

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Publié le , mis à jour le
Rafram Chaddad, History Class
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Rafram Chaddad, History Class, 2023

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Paul Mesnager

« La plus belle ruine de France » : c’est ainsi que Victor Hugo décrivait en son temps l’abbaye de Jumièges, l’un des plus importants monastères bénédictins de Normandie, en partie détruit après la Révolution française. Remontant jusqu’au XIe siècle, ses murs en dentelle de pierres accueillent désormais tous les étés une grande exposition d’art contemporain.

Cette année, place à la scène tunisienne : pour « Le temps creuse même le marbre », la commissaire de l’exposition Victoria Jonathan analyse en 80 œuvres le rapport au passé et à la mémoire de onze artistes tunisiens, qui pratiquent aussi bien la photographie et la vidéo que la broderie, la performance ou la mosaïque.

Brouiller les frontières

Ismaïl Bahri, Revers, capture d’écran
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Ismaïl Bahri, Revers, capture d’écran, 2016

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Produit par le Jeu de Paume, Paris. © ADAGP, 2025

« Brouillant les frontières entre art contemporain et traditions populaires, image et matière, grande et petite histoire et quotidien », explique la commissaire, ceux-ci entrent en conversation avec les ruines de l’abbaye, et marquent le dixième anniversaire de la coopération entre le Département de la Seine-Maritime et la Tunisie.

Parmi les artistes rassemblés, Ismaïl Bahri (né en 1978) présente deux vidéos dont Revers (2017), dans laquelle il se filme en train de froisser et défroisser une page de magazine. S’effaçant petit à petit, celle-ci finit par s’altérer complètement, laissant sur les mains une poudre colorée fantomatique – et faisant apparaître une réflexion sur l’image, sa mémoire et sa matérialité fragile.

De la photographie à la mosaïque

De son côté, Meriem Bouderbala (née en 1960) s’approprie avec sa série de photographies « Psykedelik » (2010) les clichés orientalistes qui circulaient du temps de la colonisation en se mettant en scène vêtue de costumes traditionnels tunisiens. Plus que des autoportraits, ses images racontent le besoin pour une femme tunisienne de reprendre le pouvoir sur son image, en s’immergeant dans un kaléidoscope chatoyant de lignes colorées.

Vue de l’exposition « Le temps creuse même le marbre » à l’Abbaye de Jumièges
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Vue de l’exposition « Le temps creuse même le marbre » à l’Abbaye de Jumièges

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© Photo Charlotte Cazenave. Courtesy de Meriem Bouderbala et Doors Menyi

Inspiré lui aussi par le sujet du portrait, Rafram Chaddad (né en 1976) ne représente pas seulement la mère du photographe et militant noir Lotfi Ghariani mais aussi sa propre grand mère juive. En appliquant cette technique traditionnelle des arts décoratifs tunisiens à une personne noire, l’artiste prend position face à la montée du racisme en Tunisie, dépeint l’invisibilisation des deux communautés juive et noire dans l’histoire officielle tunisienne.

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Le temps creuse même le marbre

Jusqu’au 21 septembre 2025

www.abbayedejumieges.fr

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