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L’orientalisme en 3 minutes

En bref

Courant littéraire et artistique, l’orientalisme est l’une des tendances fortes du XIXe siècle. Synonyme d’exotisme et d’ailleurs, il résume l’inspiration nouvelle qu’ont pu trouver les artistes à l’occasion de l’expansion coloniale en Afrique du Nord, mêlée aux influences du Moyen-Orient (la Turquie en particulier). L’orientalisme fut une mode largement partagée par des artistes de styles très différents, de l’école académique aux avant-gardes.

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Bain turc
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Bain turc, 1862

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Huile sur toile collée sur bois • 1,08 × 1,10 m • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images

Son histoire, ses idées clés

Si l’attirance des Européens pour les cultures orientales remonte à loin (pensez aux Lettres persanes de Montesquieu, ouvrage publié en 1721), on peut considérer que le mouvement orientaliste prend son essor à grande échelle avec la naissance des conquêtes coloniales en Afrique du Nord, qui débutent par la campagne d’Egypte de Bonaparte en 1798. Pour les artistes, c’est alors l’occasion non plus de rêver l’ailleurs mais de le découvrir d’une manière concrète.

Certains artistes, tels Gustave Guillaumet et Eugène Fromentin, se mettent à parcourir « l’Orient ». Cette notion recouvre un champ géographique assez vaste et imprécis à cette époque, pouvant tout autant désigner l’Afrique du Nord que le Moyen-Orient. Le point commun à ces pays est d’offrir aux artistes de nouveaux paysages, la découverte d’autres cultures et mœurs. L’Algérie, notamment, suite à la conquête coloniale française entamée en 1830, sera une terre d’élection pour de nombreux peintres, mais aussi des sculpteurs (comme Charles Cordier, de l’Algérie à l’Egypte) qui développent une conscience ethnographique.

D’autres, comme Jean-Auguste-Dominique Ingres, s’intéressent aussi à l’Orient sans toutefois faire le voyage. Ainsi, au cours du XIXe siècle, une des formes que prend l’orientalisme est purement livresque et imaginaire. L’exemple d’Eugène Delacroix est souvent cité pour symboliser ce passage d’une vision romanesque à l’étude réaliste. Lorsqu’il peint par exemple son grand Sardanapale (1827), Delacroix est encore dans une lecture fantasmée de l’Orient, inspirée par ses lectures des romans de Lord Byron. En 1832, le peintre accompagne une mission diplomatique au Maroc. Son regard change. Delacroix privilégie alors l’étude des scènes de la vie quotidienne, pittoresques, et les vues paysagères travaillées à l’aquarelle.

Dans la scène de genre, l’inspiration orientaliste va renouveler la représentation de la sensualité féminine. En témoignent les scènes de harems et les odalisques, nombreuses dans la peinture du XIXe siècle (Le Bain turc de Ingres, entre autres). Les femmes sont représentées dans des postures lascives, inimaginables dans la culture classique. Jean-Léon Gérôme, par exemple, a excellé à représenter des scènes de bains ou de marché aux esclaves sexuelles (bien que le sujet ne soit guère moral). Ce renouvellement opère aussi dans l’art paysager : les lumières de l’Orient offrent des tons chauds, des contrastes forts, des perspectives nouvelles, par exemple sur le désert.

En 1893, la création d’un Salon des Artistes orientalistes consacre l’existence de cette nouvelle école. Si elle concerne surtout des artistes de facture académique, des artistes d’avant-garde tels que Renoir ou Matisse ont également participé à cette mouvance qui se perpétue dans la première moitié du XXe siècle.

Paysages et portraits orientalistes

Gustave Guillaumet, Le Sahara
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Gustave Guillaumet, Le Sahara, 1867

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Huile sur toile • 110 × 200 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

Gustave Guillaumet, Le Sahara, 1867

Le désert, type paysager étranger à la culture française métropolitaine, est synonyme d’immensité, de dépaysement et d’exotisme. Dans cette œuvre, Guillaumet représente une carcasse de chameau se décomposant sous un soleil naissant, tandis qu’une caravane se profile à l’horizon. S’agit-il d’un mirage ? Guillaumet, peintre primé par l’École des Beaux-Arts, s’est rendu pour la première fois en Algérie en 1862. Il a fait de ses paysages, et notamment du désert du Sahara, son sujet de prédilection.

Eugène Fromentin, Vue du Nil
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Eugène Fromentin, Vue du Nil, non daté

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Huile sur toile • 32,5 × 41 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Eugène Fromentin, Vue du Nil,  non daté

Eugène Fromentin a lui aussi sillonné l’Algérie et l’Egypte. Sa vision est celle d’un réaliste, à la recherche des traditions et des coutumes locales. Ici, il représente des embarcations sur le Nil, ces felouques typiques de la région. Fromentin, originaire de La Rochelle, n’est pas le seul à s’être intéressé à ce fleuve majestueux et à la culture égyptienne. Le photographe Gustave Le Gray, par exemple, à la même époque réalise une série de vues sur le Nil, présentée à l’Exposition universelle de Paris en 1867.

Charles Cordier, Juive D’alger
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Charles Cordier, Juive D’alger, 1872

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Bronze, bronze émaillé, marbre, onyx et porphyre • Coll. musée des Beaux-Arts, Troyes • © Photo Carole Bell, Ville de Troyes

Charles Cordier, Juive d’Alger, 1872

Charles Cordier est le grand représentant de la sculpture ethnographique. À partir des années 1850, il voyagea une quinzaine d’années dans le bassin méditerranéen pour étudier la diversité des types humains. L’artiste attache une grande importance à la représentation des costumes. Ses sculptures ont la particularité d’être polychromes et de mélanger divers matériaux. Très décoratif, le style de Cordier devient à la mode chez les collectionneurs friands d’exotisme. La Reine Victoria, tout comme Napoléon III et l’impératrice Eugénie furent parmi ses mécènes.

Auguste Renoir, La Mosquée, fête arabe
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Auguste Renoir, La Mosquée, fête arabe, 1881

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Huile sur toile • 73,5 × 92 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Photo RMN-Grand Palais / Martine Beck-Coppola

Auguste Renoir, La Mosquée, 1881

Dès les années 1870, Auguste Renoir s’intéresse à l’Algérie. Le peintre fait poser des modèles dans son atelier, habillées de vêtements traditionnels ou adoptant des postures d’odalisques. Il y séjourne finalement en 1881 et peint cette fête très animée. Dans l’esprit impressionniste, Renoir ne s’arrête pas aux détails mais représente, à l’aide d’une touche rapide, la foule indistincte. Le sentiment de gaieté domine. Le peintre a résumé ce que la découverte de l’Afrique du Nord avait apporté à sa peinture : « En Algérie, j’ai découvert le blanc : tout est blanc, les burnous, les murs, les minarets, la route. »

Par • le 27 août 2018

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