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Pourquoi diable Primatice (1503–1570), l’un des plus grands maîtres bellifontains, reste-t-il si méconnu du grand public ? Sans doute parce que très peu de ses décors ont survécu. Même son chef-d’œuvre, auquel il a consacré trente ans de sa vie – l’immense galerie d’Ulysse, commandée en 1540 par François Ier pour le château de Fontainebleau et qui déroulait toute l’histoire de L’Odyssée en peinture, sur plus de 150 mètres de long – a été détruit en 1738… Formé à la fresque et au stuc, ce génie de Bologne œuvrait à Mantoue avant que François Ier ne l’invite en France en 1532. Sa mission ? L’aider à transformer Fontainebleau en « Nouvelle Rome » ! Primatice y décore la salle de bal, dessine des tentures et des costumes de fêtes. De ses travaux subsistent une foule de dessins préparatoires parmi lesquels des sanguines virtuoses où s’enchevêtrent des corps aux postures dynamiques, inspirés des compositions agitées de Michel-Ange… À vingt minutes de route de Chantilly, l’artiste laisse un autre trésor actuellement en restauration : ses grandes fresques (1543–1545) décorant la chapelle de l’abbaye cistercienne de Chaalis. Drapé de violet et entouré d’une nuée d’anges, Dieu le Père vole, boucles au vent, dans un tourbillon maniériste de jaune et de vert acidulés. De quoi se croire en Italie !
Primaticcio, dit Primatice, Danaé, vers 1533–1539
Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche • © RMN Grand Palais / Domaine de Chantilly / Michel Urtado
Lignes souples et vivantes, regards obscurs, postures et proportions étranges… Le maniérisme énigmatique de Nicolò dell’Abbate (1512–1571) a quelque chose d’envoûtant. Inspiré par le Corrège et le Parmesan, l’artiste originaire de Modène décore de riches demeures à Bologne lorsqu’Henri II l’invite à venir à Fontainebleau en 1552. Tout en participant à la galerie d’Ulysse et à la salle de bal sous la direction du Primatice, il y peint de nombreux tableaux, dessine des guirlandes de fruits et de fleurs en stuc et des costumes de fêtes. L’Italien se faufile aussi dans d’autres châteaux français, dont celui d’Ancy-le-Franc en Bourgogne, où il laisse une superbe peinture murale de 32 mètres de long représentant la bataille de Pharsale qui opposa César à Pompée. Un enchevêtrement de combattants nus, de chevaux et de lances tout en camaïeu d’ocres rougeoyants qui suggèrent le feu destructeur de la guerre…
Nicolo dell’Abbate, La Continence de Scipion, 1550
Huile sur toile • 127 × 115 cm • Coll. Musée du Louvre, Paris • © Akg Images / Erich Lessing
À Fontainebleau s’activent également des artistes français. Parmi eux, Jean Cousin père (1490–1589), dont la renommée est telle que Vasari le cite dans la première édition des Vies en 1550 ! Issu d’une famille pauvre de Sens, ce géomètre de formation commence à travailler à Paris à partir de 1538. Pour Henri II, il réalise des gravures, dessine des tapisseries et des décors, peint des portraits royaux. De 1540 à 1550, il officie comme imagier au château de Fontainebleau, signant de délicates scènes à l’encre noire sur parchemin rehaussées d’or. Conservé au Louvre, son tableau Eva prima Pandora (1549–1550) – une Ève-Pandore probablement inspirée de la Vénus d’Urbin de Titien – serait le premier nu de l’histoire de la peinture française. Derrière elle, un paysage brumeux dans de délicats tons bleu-vert évoque le sfumato de Léonard et les maîtres de Venise. Une vraie déclaration d’amour à l’Italie !
Jean Cousin, Eva Prima Pandora, 1549-1550
Huile sur toile • 97 × 150 cm • Coll. Musée du Louvre, Paris • © akg-images / Erich Lessing
Célèbre en son temps mais relégué aux oubliettes par les historiens dès le XVIIe siècle, Baptiste Pellerin ( ? – 1575) n’a été redécouvert qu’au début du XXIe siècle. En quelques habiles traits de plume, il griffonne des femmes aux poitrines menues et aux ventres bombés, le nombril bien visible sous leurs robes transparentes. Pour représenter l’art de la Géométrie, il trace avec précision une suite d’arcs de triomphe en enfilade, soulignant ainsi sa parfaite maîtrise de la perspective, théorisée à Florence au début du Quattrocento. Au service du roi à partir de 1549, cet artiste prolifique fournit aussi bien des enluminures et des illustrations que des dessins pour les lissiers et les orfèvres – car à l’époque, les plus grands s’attellent aussi à détailler des gardes d’épée serties de pierres précieuses et des coupes raffinées ornées de minuscules abeilles. De superbes feuilles à savourer à la loupe !
Baptiste Pellerin, La Géométrie, vers 1573
Plume, encre brune et noire, lavis gris • © RMN Grand Palais / Domaine de Chantilly / Michel Urtado
Le Trait de la séduction. Dessins de l'école de Fontainebleau
Du 7 août 2021 au 7 novembre 2021
Château de Chantilly • 60500 Chantilly
chateaudechantilly.fr
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