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La Halle Saint-Pierre

5 artistes à découvrir de toute urgence à la Halle Saint-Pierre

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Publié le , mis à jour le
C’est désormais une réjouissante tradition ! Pour la cinquième fois, la Halle Saint Pierre s’associe à la revue « HEY! Modern Art & Pop Culture » pour nous révéler le dessin sous ses formes les plus délurées. De la pyrogravure sur planche de skateboard aux grands formats psychédéliques ou surréalistes, ce sont 60 artistes sélectionnés pour dessiner un panorama en marge des tendances mais d’une folle audace. On y a repéré pour vous cinq talents complètement scotchants.

1. Laurie Lipton : de la science-fiction à la manière des maîtres flamands

Elle n’a absolument aucune idée du temps passé sur ses dessins, et préfère l’ignorer : « en fait, il m’a fallu plus de 50 ans pour apprendre à dessiner de cette manière » explique l’artiste américaine Laurie Lipton (née en 1953) dans une vidéo, tout en crayonnant sur d’immenses planches par lignes hachurées, le plus délicatement possible, sans jamais poser le doigt sur le papier (un sacrilège selon elle). Une manière d’imiter par le dessin la technique de la détrempe à l’œuf utilisée au XVIe siècle par les artistes de l’école flamande. L’effet créé : une multitude de nuances et une profondeur inouïe. Durant trente-six ans, Laurie Lipton a étudié et travaillé dans différents pays d’Europe, notamment pour perfectionner ce procédé. Désormais, elle en fait sa marque de fabrique depuis son atelier de Los Angeles, traçant des mécanismes, réseaux de fils et robots pour illustrer la manière dont les médias sociaux nuisent à notre humanité – un sujet qui lui est venu au fil des messages malveillants reçus à propos de ses œuvres. Son travail est à observer à la loupe, autant pour les détails improbables que pour l’extraordinaire finesse de son trait.

Laurie Lipton, Like, Dislike
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Laurie Lipton, Like, Dislike, 2017

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© Laurie Lipton

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2. Sergei Isupov : la tendresse faite sculpture

Il y a des œuvres qui étonnent et émeuvent, qu’on ne peut quitter du regard. Celles de l’artiste estonien-américain Sergei Isupov (né en 1963) produisent cet effet : ce sont des sculptures de porcelaine dont l’émail peint ressemble à des dessins colorés. En tournant autour, ces petits mondes façonnés se distordent, donnent à voir d’autres détails, de nouvelles perspectives – comme ce couple enlacé dont les lèvres se touchent selon le point de vue, ou ce buste pleurant, dévoilant deux mains accrochées derrière le crâne. De l’aspect mat de la céramique et de l’émail travaillé en valeurs de gris se dégage une extrême douceur, obsédante… C’est que l’artiste fait merveilleusement fusionner sculpture et peinture. Pour cause : « Mes deux parents sont artistes – ma mère travaille la céramique, mon père est peintre. » Un destin tracé d’avance. Pour se perfectionner, Sergei Isupov décroche en 1990 un master d’arts appliqués en céramique de l’Institut d’Art de Tallinn. Quatre ans plus tard, il part aux États-Unis, où ses œuvres ne tardent pas à voyager à travers le pays. La Halle Saint Pierre en dévoile une sélection variée, mais toutes aussi tendres et singulières les unes que les autres.

Sergei Isupov, Representative Image Burden II
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Sergei Isupov, Representative Image Burden II, 2018

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Grès, engobe, glaçure • 14 × 13 × 6,5 cm • Ferrin Contemporary puis collection privée en 2019 • © Sergei Isupov

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3. L’univers monstrueusement inventif de Murielle Belin

Voilà une curiosité en plein parcours de l’exposition : le calendrier perpétuel de Murielle Belin (née en 1976), soit un polyptique en bois composé de tableaux amovibles. « À chaque mois, placer le tableau mensuel correspondant au centre du calendrier. Le faire pivoter selon qu’il fait jour ou nuit. » Les instructions de l’artiste sont à suivre à la lettre. Il faut même laisser le tableau du fantôme toute l’année dans le même encadrement, et placer les équinoxes et solstices ! Une œuvre minutieuse constituée de petits formats et dont l’imagerie provient de l’art sacré comme des récits mythologiques. Quant aux compositions, elles rappellent celles, saturées de personnages et de monstres, de Jérôme Bosch. Un univers fantastique parfois morbide (mais d’une stupéfiante beauté) que Murielle Belin aime décliner à l’envi : outre ses calendriers perpétuels, elle conçoit aussi des bocaux enfermant des figurines de nouveaux nés, des créatures en taxidermie ou des reliquaires encadrés de papiers roulés. Des techniques ancestrales sont alors invoquées pour donner vie à ces insolites créations, sanglantes ou lugubres, qui illustrent parfaitement le mantra baudelairien : « Le beau est toujours bizarre. » Voire ici, complètement terrifiant !

Murielle Belin, Mars jour / Juin jour / Décembre nuit
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Murielle Belin, Mars jour / Juin jour / Décembre nuit, 2021

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© Murielle Belin

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4. Morris Vogel : psychédélisme en noir et blanc

Difficile de rester de marbre devant les dessins en noir et blanc de Morris Vogel (né en 1993), où des personnages torturés surgissent d’un monde superbement psychédélique. Passé l’effet de sidération, il faut admirer la multitude de motifs employés, en aplat ou en perspective, l’époustouflante finesse du trait et la profondeur du noir. Le virtuose : un jeune homme d’origine suisse âgé de vingt-neuf ans, qui s’est mis à dessiner il y a seulement cinq ans pour « aborder certaines vérités inconfortables sur le monde d’aujourd’hui » nous confie-t-il. Ainsi, ses grands formats de papier washi ou himalayen tracés à l’aide de stylos à pointe fine sont de sombres exutoires : y apparaissent des hommes persécutés, mais aussi des monstres clownesques ou vampirisés évoquant la corruption des politiciens. Proclamant haut et fort son rejet du pouvoir, l’artiste va jusqu’à accompagner ses œuvres de ses idées contestataires : « Je tente de montrer la folie du capitalisme et de la vie contemporaine. » Un sérieux combat… En pleine évolution artistique, le dessinateur a désormais l’ambition d’explorer de plus grands formats (même s’il passe déjà plus d’un mois sur chaque œuvre), promettant une immersion totale dans son univers aussi hallucinatoire que révolté.

Morris Vogel, Deep State
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Morris Vogel, Deep State, 2020

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Encre sur papier Washington • © Morris Vogel

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5. Amanda Smith : le sommeil de la raison engendre des monstres rose bonbon

Des couleurs acidulées, des parterres aux petites fleurs bien dessinées, des fillettes endimanchées… Tout indique à première vue un monde de délices et de candeur. Mais c’est sans compter les monstres qui rôdent, accaparent les jeunes filles en plein barbecue et parfois se font décapiter par une adolescente en furie ! Dans chacune des saynètes de l’artiste américaine Amanda Smith (née en 1979), l’horreur guette : des traumas enfouis ? Des peurs irrationnelles ? Sa mère et ses trois sœurs, avec qui la jeune femme a grandi, se retrouvent dans la majorité de ses œuvres, tantôt combattantes, tantôt méfiantes et terrifiées à la vue des monstres errants. Inspirées des miniatures indiennes, ses foisonnantes compositions sont peintes à la gouache et rehaussées de somptueux détails en céramique qui leur donnent des reliefs fantastiques. On pense bien sûr à Henry Darger, maître américain de l’art brut qui, le premier, a plongé l’image d’Epinal des petites filles sages dans un chaos aux teintes arc-en-ciel. Amanda Smith poursuit avec une préciosité inédite ce travail de déconstruction des stéréotypes avec un sens aigu de la narration. Bluffant !

Amanda Smith, American dreams
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Amanda Smith, American dreams, 2021

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Céramique et peinture à l’huile • 41,3 × 30 × 1,3 cm • © Amanda Smith

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HEY! Le dessin

Du 22 janvier 2022 au 31 décembre 2022

www.hallesaintpierre.org

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