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On y entre comme dans un jeu pour enfant ; on peut même s’y asseoir, pour mieux contempler les petits éléments qui peuplent cette installation aux couleurs pastel, réconfortante et douce. Si Juliette Dominati (née en France en 1990) vient de réaliser un film pour lequel elle a créé tous les décors, c’est moins de ce côté-là que dans une forme d’extension de la peinture qu’il faut chercher la source de sa démarche. Elle a commencé par peindre sur des formats classiques, plats, puis a voulu jouer avec la salle d’exposition et « créer des espaces autonomes », en trois dimensions. Ici, son installation est une petite architecture dans laquelle on entre comme dans un boudoir, habitée de céramiques et de petites peintures sur bois (l’artiste aime citer Matisse ou Giotto). Elle juxtapose des matériaux pauvres – du plâtre, de la pâte à modeler, du bois de palette – et d’autres plus classiques – céramique émaillée. Aussi, elle accumule les couches de peinture jusqu’à ce que les couleurs soient très pâles… Et tendent petit à petit à l’« effacement ».
Stand de Juliette Dominati au salon de Montrouge 2021
© Salon de Montrouge
Avouons-le, il est rare qu’une œuvre fasse sourire – rire, encore moins. L’exploit de Yue Yuan (né en Chine en 1989) est donc remarquable. Pourtant, l’artiste n’emploie que très peu de moyens et n’a même pas d’atelier. Il travaille de chez lui, récoltant des idées qu’il note ensuite et imprime (en anglais) sur des feuilles réparties sur le sol du Salon de Montrouge : « placer un caméléon devant une œuvre d’Yves Klein », « ne rien montrer dans une exposition collective, si ce n’est ton nom ». Quelques photos attestent de son activité de sculpteur : à la caisse du supermarché, il empile des produits et crée une installation destinée à la caissière. Parfois, celle-ci participe et devient co-autrice de l’assemblage. Dans Le Journal de Saint-Denis, il occupe une page entière, la dernière, avec de minuscules événements : « 13 octobre 2017, Paris. J’ai échangé un citron entre Monoprix et Carrefour. » Derrière ce travail discret, qui nous fait fondre, de grandes questions : au sein des médias, quelle hiérarchie entre les événements ? Quel accès à l’art pour les plus précaires ?
Stand de Yue Yuan au dalon de Montrouge 2021
© Antoine Favier
D’ordinaire, elle réalise des performances, des installations, des vidéos, des pièces de théâtre. Cette fois-ci, Flora Citroën (née en France en 1990) n’expose presque rien : juste quatre pages du roman qu’elle est en train d’écrire – et qu’elle a presque fini, nous a-t-elle confié. Soit un extrait se déroulant dans le vernissage d’une exposition (ratée) autour du vide. La narratrice se nomme Allégria, est artiste et est un « double » de Flora Citroën. Dans son récit, Allégria expose quatre peintures durement critiquées par un visiteur, Hugo. Ainsi le texte se confond avec le contexte, puisque l’artiste s’expose elle aussi, dans un espace qui joue du vide, et se montre vulnérable face aux critiques. Flora Citroën veut « laisser la place au spectateur » et créer un « moment », où le lien se noue entre l’œuvre et son public par la « mise à nu ». Face à un monde de l’art dont elle sent avec acuité la violence, l’artiste entend ainsi « baisser les armes »… Et nous touche en plein cœur.
Stand de Flora Citroën au salon de Montrouge 2021
@ Antoine Favier
Des couleurs dignes des plus beaux couchers de soleil. Des matériaux et des techniques variées, qui disent un amour du fait-main : tissage, peinture sur soie, céramique, modelage. Il n’en fallait pas plus pour nous donner envie de parler à Charlotte Vitaioli (née en France en 1986), qui aime à faire dialoguer l’art et l’artisanat, et semble exalter une création joyeuse. Plus exactement, détaille-t-elle, « une forme de mélancolie heureuse ». Elle cite la chanteuse de fado Amália Rodrigues et parle de « saudade ». Cette installation de travaux récents et anciens raconte ses différentes sources d’inspiration : les formes généreuses de la Vénus de Willendorf lui ont soufflé les courbes de son vase, les estampes japonaises sa palette chromatique. Italo-bretonne (« c’est très important de le préciser », dit-elle en riant), elle est attachée à l’univers marin, au « baroque désenchanté ». Ses pièces contiennent une part théâtrale (l’artiste pratique aussi la performance). Et une force de séduction particulièrement sensuelle.
Stand de Charlotte Vitaioli au salon de Montrouge 2021
© Salon de Montrouge
C’est le tout premier stand du salon, qui donne le ton du chapitre (il y en a 3) consacré aux « Micro-secousses sismiques à l’âge post-Internet » : moquette rose, myriade d’écrans intégrés aux murs et QR code géant invitent à découvrir abetterself, projet protéiforme de Maxence Stamatiadis (né en France en 1988). Formé aux Arts décoratifs et réalisateur, le jeune homme s’est inspiré des vidéos publicitaires qui envahissent Instagram pour convaincre les utilisatrices que tel ou tel produit peut résoudre leurs angoisses, et a produit de courts films où les comédiennes parlent, face caméra, de leurs véritables problèmes, tout en reprenant l’attitude et le ton très faux des publicités mensongères. Au sol, tasses et sacs en toile imprimés déclinent les produits dérivés d’abetterself. Abruti par l’accumulation sonore des témoignages qui se télescopent, le visiteur est mis face à l’anxiété provoquée par l’univers marchand du bien-être, ainsi qu’à l’esthétique tape-à-l’œil de ses publicités.
Stand de Maxence Stamatiadis au salon de Montrouge 2021
@ Antoine Favier
65e Salon de Montrouge
Du 22 octobre 2021 au 31 octobre 2021
Le Beffroi de Montrouge • Avenue de la République • 92120 Montrouge
www.beffroidemontrouge.com
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