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Né en 1920 à Rennes, mort en 1999 à Cancale. Représenté par la galerie Perrotin, Paris-New York-Hong Kong- Séoul-Tokyo-Shanghai.
Portrait de Yves Laloy
© DR
Yves Laloy a fait une apparition dans l’édition augmentée du Surréalisme et la peinture d’André Breton, publiée en 1965. Mais, depuis, qui se souvient de ce peintre aussi attaché à ses terres bretonnes qu’à sa liberté ? Hormis les musées de Rennes, sa ville natale, et de Grenoble, les collections publiques l’ignorent. Il faudrait pourtant toujours se fier au flair du père du surréalisme ! Vingt-deux ans après sa disparition, Yves Laloy réapparaît à la galerie Perrotin, qui poursuit son travail sur l’ère moderne. Sa biographie à elle seule pourrait faire œuvre surréaliste : architecte de formation, il quitte Rennes en 1955 en raison des lettres d’injures qu’il a adressées au préfet, pour se destiner à l’art. Il en profite pour traverser à vélo l’Afrique du Nord jusqu’à l’Égypte. Le voilà dans les prisons de Nasser, soupçonné d’espionnage ! Puis en route vers Terre-Neuve, où il devient marin. « Rester à terre : jamais ! Mieux vaut avoir la tête en l’air et passer pour un artiste », clamait-il. Jeux de mots et valses géométriques, ses tableaux sont surréalistes dans l’esprit, plutôt qu’à la lettre. Un brin navajo aux yeux de Breton, facétieux par ses jeux d’illusion, il a pris la tête d’un monde flottant, peuplé de créatures chatoyantes. Son œuvre pleine de surprises mérite mille fois cette relecture. En dévoilant à la Fiac quelques toiles, issues de collections privées, la galerie Perrotin annonce une exposition plus vaste en janvier, autour d’une quarantaine d’œuvres.
Yves Laloy, Sans titre, 1986
Huile sur toile • 55 × 85 cm • © Photo Claire Dorn / Courtesy Perrotin, Paris.
Né à Nantes en 1971. Vit et travaille à Rennes. Représenté par la galerie Anne Barrault, Paris.
Portrait de Guillaume Pinard
© Babeth Rambault
Il se tient au bord, tout au bord de la falaise : en contrebas, le vulgaire, l’ordure, le mauvais goût. Mais Guillaume Pinard n’y tombe jamais : il reste miraculeusement sur son fil de crête, de plus en plus funambule. Pour comprendre le fragile équilibre qui est le sien, il faut décrire quelques-uns de ses derniers tableaux. La Veillée ? Son avatar y lit tranquille, en robe à fleurs et chapka nounours, sous la lune, aux côtés d’un babouin sur le dos duquel s’alanguit un raton-laveur. Pourquoi cette petite bête revient-elle si souvent dans l’univers du détonnant artiste ? Il faudrait demander à l’un de ses personnages, le sage Crâne d’œuf. Ce monde interlope qu’il a baptisé Raccoon Academy autorise en tout cas toutes les digressions : le voilà en nuisette, épuisé de trop de bricolage, sous une étoile filante ; ou téléporté par une soucoupe volante arc-en-ciel, avec bien sûr son animal de compagnie. On ne s’étonnera dès lors plus de le voir peindre Egon Schiele bébé ou Dieu jouant aux échecs avec des doigts si gonflés que jamais il ne fera mat : manifestement, le gaillard n’a pas le vertige.
Guillaume Pinard, Andréa, 2020
Acrylique sur toile • 65 × 65 cm • © Photo Aurélien Mole / Courtesy Anne Barrault, Paris.
Née en 1974 à Ispahan (Iran). Vit et travaille à New York. Représentée par Rachel Uffner Gallery, New York.
Portrait de Sheree Hovsepian
© Sheree Hovespian / Rachel Uffner gallery, New York.
De l’argentique au bas-relief, du photogramme à la sculpture, Sheree Hovsepian travaille au corps la photographie, dans ce qu’elle a de plus matériel. Explorant le photomontage, elle mêle aussi ses images, qu’elle mène à l’orée de l’abstraction, à du bois, de la céramique ou des cordes. Voilées de gaze, enchâssées de nylon, ses images partent pourtant toujours du corps : « J’ai grandi dans l’Ohio en tant qu’immigrante, et cela m’a rendu très consciente de mon corps et de moi-même, évoque l’artiste d’origine iranienne, sortie de l’école d’art de Chicago (School of the Art Institute) en 2002. Souvent, j’avais envie de me cacher, de me rapetisser, et une grande partie de ma pratique consiste aujourd’hui à reprendre place, à retrouver un espace pour moi-même. » Défendue par des musées américains comme le Bronx Museum ou le Guggenheim, Sheree Hovsepian fait, grâce à la Fiac, sa première incursion en France.
Sheree Hovsepian, Chiasmus, 2021
Tirages argentiques, céramique, clous, velours, bois • 95,3 × 49,5 × 8,9 cm • © Sheree Hovespian / Rachel Uffner gallery, New York.
Née en 1991 à Bucarest, où elle vit et travaille. Exposée à la galerie SpazioA, Pistoia (Italie).
Portrait de Nona Inescu
© Mara Ploscaru
De la plante à la pierre, de l’eau à l’argile, du squelette à l’acier… Nona Inescu compose un étonnant écosystème, particulièrement attentive au talent d’ingénierie que sait développer mère Nature. Nénuphars et coraux, coquillages et oreilles, tout communique dans l’univers de l’artiste roumaine, trentenaire formée à Londres et à Anvers, mais quasiment jamais exposée en France, hormis au Frac des Pays de la Loire. Faisant écho à l’esprit du temps et à nombre de recherches menées par anthropologues, sociologues ou botanistes contemporains, son œuvre mêle photos, sculptures et installations, explorant les affinités sourdes entre corps humains et non humains. « Un animal que l’on pensait autrefois être une plante qui s’est transformée en pierre » : la phrase, titre de l’une de ses expositions en 2018, résume bien ses obsessions. Parler aux pierres, mimer la plante, se fondre dans l’eau : un pacte de loyauté entre tous les règnes, qui se traduit à merveille dans les dernières photographies que dévoile la galerie SpazioA. Ces dialogues entre la main et la fleur tiennent de la caresse et de la pénétration, ils disent la menace et l’alliance, jusqu’à la tentative de fusion.
Nona Inescu, Brugmansia, 2021
Impression jet d’encre • 105 × 75 cm • Courtesy SpazioA, Pistoia.
Né en 1977 à Zagreb où il vit et travaille. Représenté par Gilles Drouault, galerie/multiples, Paris.
Portrait de Damir Očko
© Damir Žižić.
On le connaissait en poète conceptuel : ses partitions en glissando et vidéos polyphoniques avaient imposé le jeune artiste croate sur la scène internationale, jusqu’à ce qu’il représente son pays à la biennale de Venise en 2015. Virage à 180 degrés pour Damir Očko ! Le voilà qui joue sur sa face « cachée » de drag queen. Est-ce l’effet du confinement ou la sensation malaisante d’une certaine schizophrénie, entre son œuvre et sa vie ? C’est la créature de la nuit qui a cette fois saisi ciseaux et pinceau : joliment pétulants, ses derniers collages vibrent de paillettes et fards à paupières. Naît alors un bestiaire étrange – chat, singe, tigre et grenouille batifolent enfin librement, découpés dans des papiers cadeau et des motifs fantaisie. Ils dansent à la Matisse, ils se pomponnent pour oublier la catastrophe. Car Damir Očko a subi en pleine épidémie un autre désastre : un tremblement de terre, qui a notamment détruit son atelier à Zagreb. À partir des débris et poussières de ses œuvres, il a composé de détonants cocktails, mini-sculptures dont la recette est à elle seule un poème : ongles vernis, lipstick, cendres, talons aiguilles, glitter, mélancolie et sextoy. Soit le moment, pour l’artiste, d’une double renaissance.
Damir Očko, His Phobia Loop, 2021
Gouache et acrylique sur papier, tissu, feuille métallique, mousse pailletée, polyester recyclé, feutre • 87 × 68 cm • Gilles Drouault galerie/multiples, Paris.
Né en 1970 à Dakar. Vit et travaille entre New York et Dakar. Représenté par la galerie Cécile Fakhoury, Abidjan-Dakar-Paris.
Portrait de Cheikh Ndiaye
© Photo Gregory Copitet
Les ateliers de couture, les réparateurs de frigo, les garages moto… Au fil de ses peintures, Cheikh Ndiaye saisit l’essence des villes d’Afrique de l’Ouest : archives aux couleurs vives d’un urbanisme organique, fourmillant de vie. Mais c’est surtout sa magnifique série de « portraits » de cinémas qui vaut le succès à l’artiste formé à l’École des beaux-arts de Dakar, puis à celle de Lyon. Exposé de biennale en biennale, de La Havane à Dakar en passant par Venise, où Okwui Enwezor (commissaire de l’édition 2015) le propulse, il s’attache à témoigner de ces théâtres semi-abandonnés, à relever les détails informels qui font leur singularité. D’architectures seventies en modernités tropicalisées, cette série se compose comme un voyage dans l’imagerie du continent. À cheval entre l’Europe et l’Afrique, Cécile Fakhoury dévoile plusieurs de ses toiles récentes à la Fiac. L’une des rares présences africaines de la foire.
Cheikh Ndiaye, Cinéma Bioscope, Troyville, Johannesburg, 2021
Huile sur toile • 182 × 194 cm • © Photo Gregory Copitet / Courtesy Cécile Fakhoury, Abidjan- Dakar-Paris.
Né en 1918 à Lwów (Pologne), mort en 1981 à Paris. Représenté par la galerie Vallois, Paris.
Portrait d’Emanuel Proweller au Grangeon
© D.R / Archives familiales.
Découvrir un artiste oublié de tous, et pas pour les bonnes raisons ? S’étonner de la fraîcheur de ses toiles, comme du voile d’indifférence qui les a recouvertes ? Cela fait partie de ces moments rares qui font le sel de la vie des galeristes de qualité. Ainsi que d’avoir envie de partager sa trouvaille avec le plus grand nombre. C’est ce qui est arrivé à Nathalie et Georges-Philippe Vallois qui, en septembre, ont stupéfié leur monde en exposant Emanuel Proweller. Inconnu au bataillon ? Il a pourtant frayé avec tous ses pairs emportés par la Figuration narrative. Mais sans doute sa peinture était-elle trop singulière, trop irrévérencieuse, pour entrer dans l’histoire. Après des débuts d’architecte à Varsovie, il débarque à Paris en 1948, dévasté par la guerre, sa famille décimée. Et, pourtant, « quand Proweller peint, il convie tous ses sens à chanter « la couleur des saisons », il ne cesse d’exprimer sa gratitude envers la vie, raconte sa fille, Élisabeth Brami-Proweller. C’est en peignant qu’il gagne à ses yeux sa légitimité de survivant, impose ce « Je » qui fait l’action, sujet du verbe peindre. » Pop ? Peut-être mais de façon ironique, adepte de cadrages délicieusement décalés (ah ! ces pieds en tongs qui observent le crépuscule dans la vallée…), naviguant comme Miró entre abstraction ludique et figuration déjantée, Proweller ravit aujourd’hui, sans doute comme jamais. Un peintre qui titre une de ses toiles Fesses sur le banc et Volubilis ne peut pas être mauvais !
Emanuel Proweller, Fesses sur le banc et Volubilis, 1970
Huile sur toile • 116 × 89 cm • © Photo Clérin-Morin / Courtesy G.-P. & N. Vallois, Paris.
Né en 1947 à Stams (Autriche), mort en 2020 à Vienne. Représenté par la galerie Salle principale, Paris.
Portrait de Lois Weinberger
© Photo Paris Tsitsos
Fils de paysan et paysan lui-même, Lois Weinberger est parmi les premiers artistes à avoir porté attention à la terre. Dès les années 1970, il exploite ses connaissances en biologie et en écologie pour alarmer sur le devenir de la planète, et s’offrir comme interface entre l’art et la nature. Au cœur de son travail, les plantes rudérales, celles que l’on appelle à tort mauvaises herbes : au fil de ses installations, l’artiste autrichien exploite leur croissance spontanée, les libérant de l’emprise de l’homme. Telles des alliées, elles se font à ses yeux métaphore de toutes les migrations, plaidoyer pour un monde sans frontière : ainsi, à l’occasion de la Documenta de 1997, Weinberger sème sur les rails de la gare de Kassel des plantes issues du sud de l’Europe. Disparu l’an passé, après avoir été célébré à la biennale de Venise et participé à pas moins de trois Documenta, Weinberger aura fait germer toute une génération de jeunes artistes convaincus que « la manière dont une société traite ses plantes est le reflet d’elle-même ».
Lois Weinberger, Sans titre, 2019
Nid d’oiseau, feuille d’or • diam. 14 cm • Courtesy Salle Principale, Paris /© Studio Lois Weinberger / Photo Marc Domage.
Né en 1961 à Česká Lípa (République tchèque). Vit et travaille à Prague. Représenté par Christian Berst art brut, Paris.
Portrait de Luboš Plný
© Mario Del Curto
Son regard est un laser, qui traverse les chairs et fouille le labyrinthe des anatomies. Encre de Chine noire et acrylique rose à rouge sang, ses corps sont tourbillons, spirales et méandres. Un embrouillamini parfaitement ordonné de lignes, qui donne naissance à de troublantes apparitions. D’où vient cette obsession de Luboš Plný, premier artiste brut à être entré dans les collections du musée national d’Art moderne en 2013 ? Dès l’enfance, il se passionne pour les autopsies animales. Puis se rêve fossoyeur. Sa fragilité psychique le conduit finalement en hôpital psychiatrique : c’est là qu’il affine sa connaissance du corps humain, en se nourrissant de littérature médicale et psychiatrique. Refusé aux Beaux-Arts de Prague, il y entre finalement comme modèle, en 1989. D’où le tampon encreur dont il signe ses œuvres, « Luboš Plný, modèle académique ». Parfois constellés de matières organiques, sang, cheveux, peau, dents, ses dessins sont à ses yeux une manière de conjurer la mort. Des écorchés, vifs.
Luboš Plný, Sans titre, 2019
Encre de Chine, collage et acrylique sur papier • 100 x 140 cm • © Lubos Plny / Courtesy Christian Brest, Paris.
Née en 1991 à Damas (Syrie). Vit et travaille à Paris. Représentée par la galerie Art : Concept, Paris.
Portrait de Miryam Haddad
© Claire Dorn / Courtesy Art : Concept, Paris.
Depuis qu’elle a réalisé l’affiche du festival d’Avignon 2019, Miryam Haddad multiplie les succès. Qui saurait rester indifférent aux vastes toiles traversées de couleurs éclatantes de la jeune peintre syrienne ? Face à elles, « nous sommes invités à contempler les restes d’un entre-monde encore grouillant de vie, parcouru par une énergie vitale explosive mais simultanément soumis aux feux de lumières qui, telles les flèches stigmatisant saint Sébastien, en transpercent le corps de toute part », résume, admiratif, le directeur du Frac Auvergne Jean-Charles Vergne, qui lui consacre actuellement une exposition monographique (« Là-bas sur le ciel d’orage », jusqu’au 31 décembre). Aux tableaux qui approchent souvent les 3 mètres sur 3, nous nous permettrons de préférer les aquarelles, comme celles que la galerie Art : Concept a dévoilées à Art Paris et exposera à la Fiac. Miryam Haddad y préserve la pureté explosive de ses pigments, dans un geste d’une infinie légèreté. Le pinceau semble voler pour effleurer à peine le papier : on en comprend mieux « l’énergie vitale » de ses toiles.
Miryam Haddad, Le sommeil flambe sous le regard des pierres, 2021
Huile sur toile • 195 × 390 cm • © Miryam Haddad / Courtesy Art : Concept, Paris
FIAC 2021
Du 21 octobre 2021 au 24 octobre 2021
Grand Palais Éphémère • 2 Place Joffre • 75007 Paris
www.grandpalais.fr
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