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Artiste à suivre

Lisa Signorini, teen spirite

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Publié le , mis à jour le
Qui sont les jeunes artistes qui façonnent l’art de notre temps ? Ce mois-ci, rencontre avec la pétillante Lisa Signorini, qui s’invente des identités sur Internet et explore les ramifications de ses expériences dans une œuvre proche du journal intime. Sombre, sardonique et paradoxalement teintée d’une lueur d’espoir.
Lisa Signorini dans son appartement
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Lisa Signorini dans son appartement

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© Maurine Tric

Comme l’artiste Matthias Garcia auquel nous consacrions un portrait le mois dernier, de jeunes artistes développent aujourd’hui un nouvel art brut post-adolescent. Brut, non parce qu’ils n’ont pas de formation ou parce qu’ils voudraient maintenir leur travail confidentiel, mais par leurs esthétiques enracinées dans des psychés enclines à l’évasion et à l’angoisse.

Lisa, alias Lili, Signorini, appartient à cette famille. « J’aime les extrêmes, l’expérimentation et la recherche éternelle de soi », explique-t-elle. « C’est dans cette mesure que je serai « adolescente » toute ma vie et je ne suis pas la seule. J’appartiens à une génération qui a du mal à se reconnaître dans le monde adulte normé ou dans un monde de l’art traditionnel. »

Lisa Signorini, Eclipse in cancer
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Lisa Signorini, Eclipse in cancer, 2019

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Graphite • © Lisa Signorini

Née en 1989 et élevée dans une cité malfamée aux abords de Paris, Lisa a très tôt été amenée à développer son imaginaire à travers le dessin « pour se couper du monde, absorber la réalité et entrer dans ma bulle », dit-elle. Véritable touche-à-tout et actrice née, elle développe aujourd’hui un corpus de toiles, de dessins, de vidéos mais aussi de stories Instagram, avec cette approche intuitive qui fait la force de l’amateurisme. Chacune de ses œuvres s’apparente à une bulle. Elle y relate une expérience, un fantasme ou un rêve (parfois un peu des trois). Sa pratique aspire et digère la matière de sa biographie.

Nous rencontrons Lisa dans un café, dans le 18e arrondissement de Paris. Elle arrive essoufflée mais confiante et étale immédiatement sur la table de petites toiles recouvertes de cristaux Swarovski et une œuvre sur une grande feuille de papier. C’est comme si différentes fenêtres d’un bureau d’ordinateur s’ouvraient d’un seul coup. « Cette partie, je la dessinais quand une copine pleurait à côté de moi », raconte-t-elle en pointant du doigt le coin d’un dessin, semblable par sa précision à une gravure. « Ça, c’est lorsqu’un ami a déboulé dans mon atelier et m’a dit : « Lisa, j’ai rencontré l’amour de ma vie ! ». Sur cette toile recouverte de vernis, c’est l’expérience d’être si amoureux que, même lorsque tu serres la personne très fort dans tes bras, elle te manque quand même. En fait, mes œuvres sont similaires à des entrées de tableaux de bord cognitifs. »

Lisa Signorini travaillant dans son appartement
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Lisa Signorini travaillant dans son appartement

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© Maurine Tric

Pour Lili, créer répond bien à un besoin viscéral, celui « de diriger son expérience de la réalité », assure-t-elle. L’artiste a navigué entre des milieux sociaux et culturels radicalement différents, de la banlieue au chic 16e arrondissement de la parisien, de l’école d’art new-yorkaise prestigieuse (elle a étudié à la Rhode Island School of Design) au milieu alternatif. Elle a eu différentes vies, aime en mener plusieurs, comme si c’était nécessaire à son fonctionnement. Elle invente en permanence des alter egos dans ses vidéos. Nous dit être également tireuse de cartes professionnelle. Elle parle même d’une fugue d’ado au Japon…

Lisa Signorini, M
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Lisa Signorini, M, 2018

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Graphite • 70 × 50 cm • © Lisa Signorini

« On retrouve dans mon travail hétéroclite ce sentiment de scission et de traversée entre des mondes parallèles », abonde l’artiste qui confie avoir été très portée sur les jeux vidéos. « C’était un moyen d’évasion que j’ai ensuite remplacé par le dessin et la vidéo. Eux aussi t’aspirent dans une bulle et permettent de te réinventer. » Le travail filmique de Lili Signorini lui permet en effet de s’apprivoiser elle-même, mais aussi ses amis. Elle s’y moque de l’idéalisme amoureux, de cette manie générationnelle à raconter des détails futiles de sa vie sur les réseaux sociaux ou à s’y mettre en scène comme une star de cinéma. « Ce matin, j’étais un peu fatiguée, mais j’ai bien dormi. J’avais mal à la tête », susurre Lisa dans la vidéo intitulée Sa jeunesse. Dans Silence in Berghain, elle tourne en dérision ce désir de persécution et cette fascination pour le morbide, propres à l’âge adolescent : avec une voix suave et sur le ton de l’humour, la jeune femme affirme vouloir se suicider dans le mythique club berlinois et ainsi « faire de l’avant-garde en donnant son argent à ses parents ».

Les vidéos de Lili Signorini sont « sardoniques », comme elle le dit, mais aussi poétiques. Une poésie latente que l’artiste ne revendique pas vraiment et qui émane des attitudes des êtres qu’elle filme. La jeune femme a ce talent pour capter sur le vif des expressions significatives sur le visage de ses amis et de monter ses rushs à la manière d’un flux de pensée. Le tout est très drôle, léger, proche d’un clip amateur satirique. Mais si Lisa rit noir, c’est avec mélancolie et tendresse. Un mélange ambigu, qui fait d’elle une artiste définitivement à suivre.

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Et la vie aura été magistrale

Du 3 novembre 2019 au 7 décembre 2019

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