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9 chefs-d’œuvre d’Ingres en majesté à Chantilly

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Publié le , mis à jour le
Dans l’écrin princier de la salle du Jeu de Paume du château de Chantilly, une exposition nourrie des collections de ce dernier et de prêts prestigieux rassemble 110 œuvres de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780–1867). Leur point commun ? Elles furent toutes commandées ou collectionnées par les princes d’Orléans, ses grands mécènes. Mises en regard avec leurs multiples variantes et dessins préparatoires, ces pièces permettent de retracer la carrière de ce peintre néoclassique au style unique. Aperçu en 9 chefs-d’œuvre !
Jean-Auguste-Dominique Ingres, Autoportrait d’Ingres à vingt-quatre ans
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Autoportrait d’Ingres à vingt-quatre ans, 1804 (Salon de 1806)

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Autoportrait à l’italienne

En 1804, alors qu’il patiente pour effectuer sa résidence à la Villa Médicis, le jeune Ingres, âgé de 24 ans, se représente de trois quarts, drapé dans une cape de velours, dans un superbe camaïeu de bruns. Fier d’avoir remporté le prix de Rome, il porte au doigt la bague qui le lie à sa fiancée Julie Forestier. Passionné par la Renaissance italienne, le peintre s’inspire du Portrait de Bindo Altoviti (1514), considéré à l’époque comme un autoportrait de Raphaël, son maître absolu. De récentes analyses infrarouge ont révélé que ce tableau, en réalité un remaniement par l’artiste 45 ans plus tard (à l’âge de 70 ans) de son autoportrait de jeunesse, a été peint directement par-dessus ce dernier, que l’on croyait perdu !

Huile sur toile • 77 x 61 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © Photo RMN GP Domaine de Chantilly / Harry Bréjat

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Portrait de Mme Duvaucey (après restauration)
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Portrait de Mme Duvaucey (après restauration), 1807 (Salon de 1833)

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Joconde ingresque

Brillant portraitiste, le peintre reçoit de nombreuses commandes de clients fortunés. Durant son premier séjour à Rome, il immortalise la maîtresse du baron Alquier, Madame Duvaucey, dont le sourire sibyllin lui vaut d’être surnommée « la Joconde d’Ingres ». Pour accentuer la sensualité des femmes et les faire correspondre à son idéal, l’artiste adoucit leurs traits, arrondit les courbes et l’ovale du visage, allonge leur cou et illumine leur peau. Dans l’esprit de la Renaissance italienne, il magnifie la brillance des étoffes, détaille les bijoux et soigne la position délicate des mains, assorties d’accessoires précieux, tel cet éventail doré…

Huile sur toile • 76 x 59 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © Photo RMN GP Domaine de Chantilly / Adrien Didierjean

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paolo et Francesca (après restauration)
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paolo et Francesca (après restauration), 1814

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Pris sur le fait

Pour sa mécène Caroline Murat, reine de Naples et sœur de Napoléon Ier, Ingres réalise de petits tableaux de style troubadour, illustrations de sujets historiques ou littéraires. Imitant les effets de perspective, les coloris et les vêtements typiques des œuvres du Quattrocento, celui-ci se réfère à un couple maudit de la Divine Comédie de Dante (1321) : amoureuse du jeune Paolo qui l’embrasse durant une séance de lecture, Francesca sera tuée par son époux jaloux, qui s’apprête à surgir de derrière un rideau… Une scène dont l’artiste perfectionniste réalisera de nombreuses variantes.

Huile sur bois • 35 x 28 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © Photo RMN GP Domaine de Chantilly / Adrien Didierjean

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Stratonice, ou La maladie d’Antiochus
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Stratonice, ou La maladie d’Antiochus, 1840

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Décor théâtral

Obsédé par cette œuvre inspirée de Plutarque, Ingres ne parvint à la livrer qu’au bout de sept ans (à la fin de son second séjour romain) à son commanditaire, le duc d’Orléans Ferdinand-Philippe. À droite, Antiochus, fils du roi de Syrie, se meurt. À son chevet, un médecin comprend que la cause de son mal est son amour incestueux pour Stratonice (à gauche), la jeune épouse de son père… Vives et variées, les couleurs facilitent la lecture de la scène et font ressortir les formes – une démarche novatrice qui séduira les modernes. Inspiré par son maître Jacques-Louis David, Ingres soigne minutieusement la perspective et le réalisme historique de ce décor net, semblable à une maquette peinte, qu’il nourrit de plusieurs voyages à Pompéi où il observe maisons romaines, statues et artefacts antiques.

Huile sur toile • 57 x 98 cm • Coll. musée Condé, Chantilly • © Photo RMN GP Domaine de Chantilly / Harry Bréjat

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Œdipe et le sphinx
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Œdipe et le sphinx, 1808

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Devinette iconique

Quelle créature a quatre jambes le matin, deux le midi et trois le soir ? L’Homme, qui commence sa vie à quatre pattes, la poursuit sur deux, puis la finit appuyé sur une canne ! Œdipe vient de trouver la réponse à l’énigme du Sphinx. Ingres, qui a fait poser un modèle d’après une statue antique, donne chair au mythe en soignant les détails anatomiques et la peau dorée du jeune homme, dont la silhouette graphique se détache sur le fond sombre de la grotte. Prêté par le Louvre, ce célèbre tableau (exécuté en 1808, étoffé vers 1827, puis acquis par le duc d’Orléans en 1839) faisait partie des trois études officielles de nu réalisées par l’artiste à la Villa Médicis.

Huile sur toile • 189 x 144 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo RMN GP Musée du Louvre, Paris / Franck Raux

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Portrait de Ferdinand-Philippe d’0rléans, Prince Royal (1810-1842)
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Portrait de Ferdinand-Philippe d’0rléans, Prince Royal (1810-1842), 1842

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Portrait princier

Grand admirateur d’Ingres, le duc d’Orléans, Ferdinand-Philippe, noue avec lui une relation privilégiée. En 1842, il débourse 15 000 francs, soit plus du double du tarif royal habituel, pour ce portrait ! Exposé aux côtés de deux autres variantes, le tableau le représente dans ses appartements des Tuileries, droit, sobre et digne, le regard clair, élégant dans son uniforme de lieutenant général. Mais la toile est à peine sèche que le prince meurt dans un accident de calèche à seulement 32 ans. Le roi et la reine confient alors à Ingres la réalisation des cartons des vitraux (superbement mis en scène dans l’exposition) de la chapelle érigée en sa mémoire…

158 x 122 cm • Coll. musée du Louvre, département des Peintures, Paris • © Musée du Louvre distribution RMN-Grand Palais- Angèle Dequier

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Vénus Anadyomène
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Vénus Anadyomène, 1848

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Beauté aquatique

Pendant que la révolution de 1848 ensanglante Paris, Ingres s’isole pour fignoler cette Vénus « sortant des eaux », commencée à Rome en 1808. Acquis par le duc d’Aumale en 1879, ce nu féminin idéalisé, icône de la déesse païenne de la beauté et de l’amour, s’inspire des courbes sinueuses et des poses serpentines de la Renaissance italienne maniériste. Dans sa longue chevelure luisent de précieuses perles. À ses pieds, l’artiste ajoute des putti surgissant de l’écume, l’un tenant un arc, l’autre un miroir, tandis qu’un troisième, agrippé à sa jambe, la regarde amoureusement…

163 x 92 cm • Huile sur toile • Coll. musée Condé, Chantilly • © Photo RMN GP - Domaine De Chantilly

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Virgile lisant l’Enéide devant Auguste, Octavie et Livie
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Virgile lisant l’Enéide devant Auguste, Octavie et Livie, 1819

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Trio tragique

Ce tableau a-t-il été découpé ? Quoiqu’il en soit, le poète Virgile est étrangement absent de cette superbe scène (l’un des chefs-d’œuvre des musées royaux de Bruxelles) censée le représenter en train de lire l’Énéide à l’empereur Auguste et sa famille. À gauche d’Auguste, Octavie, sa sœur, vient de s’évanouir à la mention d’un vers lui rappelant la mort de son fils… assassiné sur ordre de Livie (l’épouse d’Auguste) qui pose sur elle un regard impassible ! L’artiste a peint plusieurs versions de ce thème, qui laissent éclater toute sa passion pour les lignes pures, élégantes et altières de l’art antique.

Huile sur toile • 138 x 142 cm • Coll. musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles • © Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique / J. Geleyns

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Madame d’Haussonville
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Jean-Auguste-Dominique Ingres, Madame d’Haussonville, 1845

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Déclaration d’amour ?

« Il faut que M. Ingres soit amoureux de vous pour vous avoir peinte ainsi » souffle Adolphe Thiers à la future comtesse d’Haussonville. L’artiste a peint sa belle amie, fervente orléaniste, dans la même pose que sa Stratonice, magnifié la grâce de ses mains, adouci son visage songeur et glissé (détail très érotique) le reflet de sa nuque dans le miroir. Derrière elle, des porcelaines de Sèvres, des cartes de visite et des jumelles d’opéra soulignent son statut de mondaine raffinée. L’œuvre illustre aussi tout le talent du peintre pour le rendu de la texture, du drapé et de la brillance des étoffes… Un portrait exceptionnel !

Huile sur toile • 131,8 x 92 cm • Coll. The Frick Collection, New York • © The Frick Collection / Michael Bodycomb

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Ingres. L'artiste et ses princes

Du 3 juin 2023 au 1 octobre 2023

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