Collection Lambert

À Avignon, les « petits riens » de Pascale Marthine Tayou dopent l’optimisme

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C’est la rentrée ! Notre antidote ? L’exposition de Pascale Marthine Tayou à la Collection Lambert d’Avignon, où l’artiste camerounais déploie un ensemble d’œuvres travaillant à partir du chaos du monde, mais traçant un chemin vers la lumière…
Vue de l’exposition de Pascale Marthine Tayou « Petits Riens » à la Collection Lambert
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Vue de l’exposition de Pascale Marthine Tayou « Petits Riens » à la Collection Lambert, 2023

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© Galleria Continua & Pascale Marthine Tayou ADAGP Paris, 2023 | Photo David Giancatarina

N’attendez pas de Pascale Marthine Tayou (né en 1966) qu’il reste dans les clous. L’homme, qui vit entre Gand (Belgique) et Yaoundé (Cameroun), est aussi volubile qu’expansif, bavard que rieur ; également professeur à l’École nationale des beaux-arts de Paris, l’artiste s’incarne en poète armé de crayons de couleurs ; et semble n’aimer rien tant que de colorier en dépassant les lignes. Car des couleurs, il y en a dans ces « Petits riens » qui s’emparent de deux étages de la Collection Lambert, aussi joyeuses qu’une farandole.

Un peu sale gosse, un peu farceur, il accordera pour son vernissage une visite décousue aux journalistes venus l’écouter en nombre, dissertant, philosophant, digressant sans cesse. Sans jamais dicter le sens de ses œuvres, qui de toute façon apparaissent aussi lisibles que généreuses et piquantes.

Pascale Marthine Tayou, Chalks Waves A
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Pascale Marthine Tayou, Chalks Waves A, 2022

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Craies • 180 × 220 × 4 cm • © Galleria Continua & Pascale Marthine Tayou ADAGP Paris, 2023 | Photo David Giancatarina

L’anecdote est connue : dès ses débuts, Pascale Marthine Tayou ajoute à ses prénoms des « e » qui les féminisent et tirent la langue à toute forme d’autorité identitaire, patriarcale par exemple. Depuis, il parcourt le monde et installe un peu partout des œuvres monumentales, clignotantes, toujours bariolées, toujours politiques. Car l’artiste parle du monde. Il parle même de ses aspects les moins glorieux, de ses plus grands désastres.

Des œuvres politisées, toujours avec humour

Pascale Marthine Tayou, Poupée Pascale
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Pascale Marthine Tayou, Poupée Pascale, 2019

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Cristal, techniques mixtes • 85,5 × 79 × 64 cm • © Galleria Continua & Pascale Marthine Tayou ADAGP Paris, 2023 | Photo David Giancatarina

Dans les premières salles, Pascale Marthine Tayou chatouille l’organisation méthodique des pays et des populations en créant au mur un labyrinthe de drapeaux où l’œil se perd (World Labyrinth, 2023), en dessinant un schéma économique blagueur où les abscisses et ordonnées se contredisent (Economica, 2023), ou encore en imaginant une mappemonde en terre cuite dont les frontières ont disparu (Terre commune, 2023). Au loin, on entend un enregistrement de « Sur le pont d’Avignon », comptine toute douce qui apparaît pourtant étrangement menaçante… D’ailleurs, elle alterne avec des bribes de discours politiques, autres comptines d’une « stratégie d’endormissement » des peuples, analyse le commissaire Stéphane Ibars.

Chez Pascale Marthine Tayou, le doux côtoie volontiers l’amer. Ainsi le sucre de canne apparaît comme l’horizon bloqué d’une prison en un tableau monochrome (Sugar Cane A, 2019), l’amour s’incarne en un entremêlement de fils électriques dont on a finalement plutôt envie de s’éloigner (Love Simulation, 2023), et les corps demeurent emprisonnés dans des codes-barres (Code noir Art. 4, 2014 – un titre qui fait référence au Code noir, texte écrit par Colbert pour donner un cadre à l’esclavage).

Vue de l’exposition de Pascale Marthine Tayou « Petits Riens » à la Collection Lambert
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Vue de l’exposition de Pascale Marthine Tayou « Petits Riens » à la Collection Lambert

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© Galleria Continua & Pascale Marthine Tayou ADAGP Paris, 2023 | Photo David Giancatarina

Mais l’espoir persiste. Au mur, l’artiste a accroché des chaînes rompues, et a ajouté de la couleur sur leurs brisures, comme un signe d’espoir. Au plafond d’une grande salle, il a suspendu des branches d’arbres où poussent des bouteilles en plastique, sur lesquelles il a cousu des morceaux de tissu (Oxygen, 2023). Soit une démonstration monumentale de la transformation de rebuts en une superbe installation, qui raconte, elle encore, l’espoir, la résilience des hommes, leur capacité à trouver (et vouloir trouver !) de la beauté en toute chose.

Faire exister les rêves et réparer le monde

Au fur et à mesure du parcours, Pascale Marthine Tayou a encore multiplié les « objets frustrés » et « espaces frustrés », dit-il, par exemple en retournant contre les murs des écrans (on se rend compte alors très nettement de la laideur de cet objet regardé pourtant à longueur de journée, et du bien-être que procure sa mise hors service !), ou en exposant des œuvres dans les recoins et les escaliers de circulation, où rien ne se regarde d’ordinaire.

Pascale Marthine Tayou, Plastic Trees
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Pascale Marthine Tayou, Plastic Trees, 2023

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Branches, sacs en plastique • dimensions variables • © Galleria Continua & Pascale Marthine Tayou ADAGP Paris, 2023 | Photo David Giancatarina

Cette générosité explose littéralement au premier étage, où quatre installations dominent l’espace : des morceaux de tôle ondulée peintes en mille couleurs au plafond, ballet de formes aérien (Tornado, 2019), une forêt d’arbres où se sont accrochés des sacs en plastiques colorés (Plastic trees, 2023), un ensemble de maisons bricolées d’après des idéaux recueillis par ses soins (Conférence des petits riens, 2023) et des dizaines de chaises en plastique cassées et raccommodées, aux cicatrices apparentes (Plastic chairs, sans date).

Autant d’œuvres qui racontent les aspirations profondes de l’artiste : faire exister les rêves de chacun, réparer un monde chaotique, mettre en évidence ses aberrations tout en révélant la beauté secrète des choses… Comme il le résume : « Les Petits riens, c’est mon appel d’urgence face aux terreurs multiples qui me tordent les boyaux. Mais je ferai en sorte que cette aventure se transforme en une performance ludique avec joie et humour. » Dont acte.

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Pascale Marthine Tayou. Petits riens

Du 1 juillet 2023 au 19 novembre 2023

collectionlambert.com

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