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Reportage

À la Réserve des Arts, caverne d’Ali Baba du réemploi

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Publié le , mis à jour le
C’est un hangar de 3 000 mètres carrés installé en bordure de Paris : à la Réserve des Arts, les artistes, artisans et couturiers viennent chercher du bois, des chutes de cuir, des costumes de théâtre, de l’argile, du plastique… Autant de matériaux déposés là par des géants du monde de la culture et de la mode, qui trouvent ici la possibilité d’être réemployés. Un modèle unique en France, qui dit l’évolution éco-responsable de la société contemporaine.
La Réserve des Arts, à Pantin
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La Réserve des Arts, à Pantin

Mardi 8 mars, la semaine de la mode automne-hiver 2022–2023 s’est achevée, laissant derrière elle des souvenirs pailletés… et des monceaux de déchets. Plusieurs tonnes de bois et de moquette, utilisées lors de défilés d’une quinzaine de minutes chacun, se sont trouvées promises à la benne, malgré leur excellent état – certains matériaux n’ayant même pas servi ! Il en va de même pour les décors de théâtre, les scénographies d’exposition ou encore les accessoires des séances photo, jetés quand les lumières s’éteignent. L’usage éphémère de ces matières premières, pourtant souvent de grande qualité, apparaît comme une aberration écologique. C’est en faisant ce constat, et en découvrant l’initiative new-yorkaise Materials for the art, que deux artistes – Sylvie Bétard et Jeanne Granger – décident en 2008 de fonder la Réserve des Arts, une association proposant aux entreprises de la culture et de l’événementiel de récupérer leurs déchets, de les valoriser puis de les revendre à très bas prix aux artistes.

La Réserve des Arts, à Pantin
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La Réserve des Arts, à Pantin

Si l’idée est simple, l’ambition est énorme. La croissance de la Réserve en témoigne : après avoir débuté dans un local au Palais de Tokyo avec des ventes éphémères, puis inauguré une boutique de 130 mètres carrés dans le 14e arrondissement en 2013 (toujours ouverte aujourd’hui) et enfin déménagé à Pantin pour s’étendre sur 1 500 puis 3 000 mètres carrés, l’association est promise à un développement continu. Elle vient d’ailleurs d’implanter un troisième espace à Marseille, métropole hyperactive attirant de plus en plus d’artistes et d’événements. Et l’activité est quotidienne : « Nous avons des arrivages tous les jours », nous explique Charlène Dronne, responsable de la communication de l’association. Elle nous reçoit dans le « Kiosque » du hangar, une micro-architecture fabriquée à partir de matériaux de réemploi, où les adhérents peuvent s’installer, bavarder et observer, en hauteur, le fourmillement de cette sympathique ruche. D’ailleurs tout, ici, est fabriqué à partir de matériaux de récup’ : le poste d’accueil, les ateliers, les mezzanines…

Car on y trouve de tout, et pour des prix défiant toute concurrence : de la vaisselle récupérée d’une pièce de théâtre, des costumes de l’Opéra de Paris, des chaussures…

Plus qu’écologique, la mission de la Réserve se veut vertueuse pour les artistes en manque de matériel : « ils viennent se fournir ici à moindre coût », souligne Charlène Dronne. Car on y trouve de tout, et pour des prix défiant toute concurrence : de la vaisselle récupérée d’une pièce de théâtre, des costumes de l’Opéra de Paris, des chaussures (« 1 euro le kilo. Pas de paire » annonce le panneau), des morceaux de tissu, des tables, des présentoirs, des lattes de bois, une banquette en velours bleu, de l’argile (3 euros le kilo), du carrelage, des miroirs… Panier moyen ? 35 euros. Il faut ajouter à cela l’adhésion annuelle à l’association – 8 euros pour les étudiants (qui composent 43 % du public), 13 euros pour les professionnels. Et s’il serait tentant pour les particuliers de venir chiner dans ce vaste trésor, l’entrée reste réservée aux artistes ou salariés du secteur culturel. « On œuvre pour la culture », résume Charlène.

Dans les allées de la Réserve des Arts, à Pantin
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Dans les allées de la Réserve des Arts, à Pantin

La prestation proposée par la Réserve aux professionnels de la culture et de la mode est bien évidemment payante – et son coût peut être équivalent ou supérieur à celui d’une entreprise offrant de simplement détruire les déchets. Mais sa promesse est évidemment plus belle, et plus actuelle. Et si l’entreprise n’a pas les moyens de se déplacer, l’association dispose d’un camion pour aller chercher à domicile les matériaux à récupérer (surnommé Peggy, nous confie en souriant Charlène). L’asso emploie 33 personnes, parmi lesquels de nombreux « valoristes », dont le rôle essentiel consiste à « valoriser » les matériaux reçus, c’est-à-dire enlever les agrafes, les clous, recouper les planches… La plupart d’entre eux sont artistes et travaillent ici à mi-temps. La Réserve veut également introduire ses clients à de meilleures pratiques : soigner le démontage des événements pour que les éléments de scénographie soient facilement réutilisables, voire même, en amont, choisir des matériaux de meilleure qualité.

Dans les ateliers de la Réserve des Arts
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Dans les ateliers de la Réserve des Arts, 2021

Plus de 730 tonnes de matière ont ainsi été récupérées en 2021 (contre 200 en 2018 !), et environ la moitié a été rachetée par des artistes. On note que la Réserve a un voisinage de choix : installée à deux pas de la Cité Fertile de Pantin, elle côtoie l’entreprise Lemon Tri, spécialisée dans le recyclage et qui récupère parfois ses matériaux inutilisables. Un grand Emmaüs jouxte également ce quartier voué au réemploi, qui pourtant disparaîtra bientôt pour laisser place dès 2023 à la construction d’immeubles neufs – la Réserve est donc actuellement en recherche d’un nouveau lieu pour son activité francilienne. Une chose est certaine : son modèle est porteur, efficace, destiné à se développer.

L’activité s’est d’ailleurs récemment doublée de formations au réemploi de ces « matières premières secondaires », comme aime à les appeler la responsable de la communication : au fond du hangar, trois grands ateliers accueillent les adhérents, dont la formation peut être financée par les Pactes régionaux d’investissement dans les compétences (PRIC) ou par le Compte personnel de formation (CPF). Ces ateliers sont aussi ouverts aux artistes ayant une question sur un matériau ou souhaitant le transformer sur place, sous la surveillance d’un responsable. Lieu de vie, lieu d’apprentissage, la Réserve a de belles années devant elle. Avec, qui sait, peut-être un jour des expositions d’œuvres réalisées à partir de matériaux réemployés ? On nous murmure que l’idée a été évoquée…

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La Réserve des arts

https://www.lareservedesarts.org/

L’Entrepôt • 3 000 m² • 14 avenue Edouard Vaillant • 93 500 Pantin.

La Boutique • 130 m² • Rue Prévost Paradol (partie piétonne) •  75 014 Paris.

La Grande Halle • 840 m² • 10-12, impasse du pétrole • 13 015 Marseille.

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