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Centre-Val de Loire

À Chartres, une expo décrypte notre fascination pour les labyrinthes

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Publié le , mis à jour le
Chef-d’œuvre du gothique français, la cathédrale de Chartres tient aussi sa renommée de son labyrinthe incrusté dans le sol de sa nef. Ce dernier a inspiré au musée des Beaux-Arts de la ville une passionnante exposition, qui s’inscrit dans le cadre du millénaire des fondations de l’édifice religieux.
Codex Theodosiani, Labyrinthe circulaire à sept spires
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Codex Theodosiani, Labyrinthe circulaire à sept spires, IXe - Xe siècle

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Parchemin • 26 x 21 cm • Coll. Bibliothèque nationale de France, Département des Manuscrits, Latin • © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Chaque vendredi dans la cathédrale de Chartres, les visiteurs s’adonnent à une curieuse chorégraphie. L’un derrière l’autre, ils semblent tourner en rond, en suivant une trajectoire tracée au sol par des dalles de couleur sombre, au cœur de la nef centrale. Il s’agit en fait d’un labyrinthe, vestige d’une très ancienne tradition et duquel le somptueux édifice tire, entre autres, sa renommée.

Conçu vers 1200, ce dédale est, avec son diamètre de plus de douze mètres, le plus grand labyrinthe jamais construit dans une église. Il est aussi l’un des rares avoir traversé les siècles, la plupart ayant été détruits aux XVIIe et XVIIIe siècles. Son chemin unique, long de plus de 260 mètres, serpente autour d’un motif floral. La tradition veut qu’en le parcourant, les fidèles méditent sur leur foi et leur attachement au Christ…

Labyrinthe de la cathédrale Notre-Dame de Chartres
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Labyrinthe de la cathédrale Notre-Dame de Chartres

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© Région Centre-Val de Loire, Inventaire général / © Mariusz Hermanowicz et Robert Malnoury

En écho à ce formidable trésor, et aux célébrations du millénaire des fondations de la cathédrale, le musée des Beaux-Arts de la ville, situé à deux pas de là, revient dans une foisonnante exposition sur l’histoire des labyrinthes et décrypte notre fascination pour ces derniers, laquelle ne date pas d’hier.

Face au Minotaure

François-Xavier Lalanne, Le Minotaure
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François-Xavier Lalanne, Le Minotaure, 1970

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Tôle de fer • 202 × 62 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts, Agen • © Musée des Beaux-Arts d’Agen / Alban Gilbert

Si dans la chapelle de cet ancien palais épiscopal le parcours s’ouvre sur une œuvre contemporaine de l’artiste Elliott Causse – un impressionnant dédale de lignes noires qui s’entrecroisent, le labyrinthe puise bien son origine dès la Préhistoire. Depuis l’Antiquité, il a inspiré moult représentations nourries par des récits mythologiques, auxquels se réfèrent aujourd’hui encore les artistes.

L’un des plus populaires demeure bien sûr le mythe du Minotaure, redoutable créature légendaire prisonnière d’un immense labyrinthe construit par Dédale à la demande du roi Minos, avant d’être vaincu par Thésée avec le concours d’Ariane. Sculptée par Claude et François-Xavier Lalanne, l’imposante silhouette de cette créature constituée d’un corps d’homme surmonté d’une tête de taureau se dresse fièrement dans la première salle de l’exposition, qui rappelle d’abord que le labyrinthe a longtemps été associé à la peur.

Quête spirituelle

Le motif du labyrinthe s’est, au fil des siècles, extrait des sphères mythologiques et religieuses pour coloniser nos imaginaires.

Au Moyen Âge, le mythe du Minotaure est aussi repris dans les manuscrits dont les pages se couvrent de motifs de labyrinthes. Au même moment, ces derniers font leur apparition au sein des églises, en particulier dans le nord de la France, notamment à Amiens, Reims, Sens, Auxerre, Saint-Quentin, Bayeux et, bien sûr, Chartres. Si leur forme est largement inspirée de l’architecture de Dédale, leur symbolique change.

Relevé du labyrinthe de la cathédrale d’Amiens
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Relevé du labyrinthe de la cathédrale d’Amiens, 1727

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Plume et aquarelle sur papier • © Société des Antiquaires de Picardie, Amiens

Associé aux bas-fonds durant l’Antiquité, le labyrinthe prend en effet au Moyen Âge une dimension spirituelle et métaphysique. En cheminant le long de sa trajectoire sinueuse, le croyant effectue un véritable voyage initiatique censé le rapprocher de la Jérusalem céleste. Ainsi la figure héroïque de Thésée a-t-elle pu être associée à celle du Christ. En tuant le Minotaure, il vainc ses péchés.

Labyrinthes imaginaires

D’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll à Shutter Island de Martin Scorsese, le motif du labyrinthe s’est, au fil des siècles, extrait des sphères mythologiques et religieuses pour coloniser nos imaginaires. Au fameux graveur italien Piranèse, il inspire des visions infernales de prisons-dédales traversées par des escaliers et desquelles le regard semble ne pouvoir s’échapper. Ces célèbres « caprices architecturaux » ont depuis le XVIIIe siècle maintes fois été repris et détournés, y compris au cinéma.

Jean-Baptiste Letourmy, Jeu de l’oie
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Jean-Baptiste Letourmy, Jeu de l’oie, 1792–1804

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Estampe • 38,4 × 45,9 cm • Coll. Musée de l’image • © Musée de l’image – Ville d’Epinal / © S. Daongam

Sur une note moins angoissante, le labyrinthe a aussi inspiré de nombreux jeux pour enfants, à commencer par le jeu de l’oie, ou encore l’univers du jeu vidéo. Ainsi, il ne cesse aujourd’hui encore d’émerveiller petits et grands… Pour s’en convaincre, il suffit d’arpenter la nef de la cathédrale de Chartres les vendredis !

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Labyrinthes

Du 5 avril 2025 au 3 août 2025

www.chartres.fr

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