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Graveur et architecte italien de renom, Giovanni Battista Piranèse (1720–1778) est davantage connu pour le premier de ses deux talents. En effet, s’il a peu bâti, il a beaucoup gravé. Ses œuvres sont à la fois empreintes de réalisme, de réinvention et d’imaginaire. Spécialisé dans la représentation des monuments de l’architecture, Piranèse révolutionna ce genre en y insufflant une sensibilité nouvelle dans le traitement des ombres, des lumières et des effets de perspective. Pleines de théâtralité et d’audace, les gravures de Piranèse sont parmi les plus célèbres du XVIIIe siècle.
Carlo Labruzzi, Portrait de Giovanni Battista Piranèse, 1779
huile sur toile • 71 × 58 cm • Coll. Museo di Roma, Rome • © Bridgeman Images
« Aux vastes salles délabrées, / Aux couloirs livrant leur secret, / Architectures effondrées / Où Piranèse se perdait. » / Théophile Gautier, extrait de Émaux et Camées, 1852
Né à Venise, Piranèse se forme à l’art de l’architecture auprès de son oncle. Arrivé à Rome en 1740, il reçoit l’enseignement du graveur Giuseppe Vasi qui le familiarise avec la technique de l’eau-forte. Trois ans plus tard, Piranèse publie son premier recueil de gravures d’architectures. Il n’a que 23 ans. Le jeune homme s’initie aussi à la création de décors pour le théâtre.
Après une série de voyages en Italie, Piranèse revient se fixer à Rome. Il commence son importante série des Vedute di Roma, une œuvre qu’il enrichira toute sa vie, jusqu’à réunir 135 vues représentant les grands édifices de la Rome antique et moderne. Il s’agit de larges vues urbaines, qui donnent aussi à voir l’activité de la ville. L’artiste est attentif au traitement des ciels, de la lumière et de l’atmosphère. Les perspectives sont très soignées. La série portant sur les Prisons imaginaires contribue également à asseoir sa notoriété, et fascinera de nombreux artistes et écrivains des XIXe et XXe siècles (notamment Théophile Gautier ou Marguerite Yourcenar).
Bien qu’il soit graveur, Piranèse est influencé par les grands peintres vénitiens, en particulier Canaletto et Tiepolo. S’il travaille en noir et blanc, l’artiste n’est pas insensible aux effets de passage de l’ombre à la lumière. De cette manière, Piranèse traduit le sentiment de la couleur sans même y avoir recours. Cette sensibilité, associée à une technique magistrale, le distingue de tous les graveurs l’ayant précédé. Piranèse s’est également singularisé en travaillant sur des formats audacieux, plus importants que ses devanciers.
Les vues réalisées par Piranèse jouent souvent sur la frontière entre la réalité et l’illusion. L’artiste n’hésite pas à exagérer les effets de perspective, voire à déplacer des bâtiments. Ainsi, bien qu’elles soient de rendu très réaliste, ses images présentent une grande part d’invention et d’imaginaire. Il est également très marqué par les découvertes archéologiques, notamment les objets mis au jour lors des premières fouilles d’Herculanum. L’artiste est obsédé par la valorisation de la grandeur de la Rome antique, qu’il juge supérieure à l’héritage grec.
Piranèse gravait lui-même les plaques utilisées pour tirer ses œuvres en plusieurs exemplaires. La gravure, en effet, est une technique permettant la création d’images multiples, un peu comme la photographie. Si l’importance des tirages des gravures de Piranèse demeure incertaine, il est avéré qu’elles rencontrèrent un très grand succès de son vivant. À sa mort, en 1778, son fils se chargera de perpétuer l’œuvre de son père.
Giovanni Battista Piranèse, Veduta sul Monte Quirinale del Palazzo dell’ Eccellentissima Casa Barberini. Architettura del Cavaliere Bernino, 1749
gravure • Coll. particulière • © Archives Charmet / Bridgeman Images
Veduta sul Monte Quirinale del Palazzo dell’ Eccellentissima Casa Barberini. Architettura del Cavaliere Bernino, 1749
Bon exemple des Vedute gravées par l’artiste, cette planche se caractérise par la grande précision des détails. Elle représente le Palais Barberini, dont la façade avait été commandée à Bernin par le pape Urbain VIII. Piranèse rend à merveille les ornements, le traitement des ordres, en somme l’architecture, mais il introduit aussi une forme de mystère en faisant jouer une ombre gigantesque sur la façade, dramatisant la scène.
Giovanni Battista Piranèse, Carceri d’invenzione : le pont-levis, 1761
eau-forte, planche 7, II, F. 30 • Coll. Bibliothèque nationale de France, Paris • © BnF
Carceri d’invenzione, vers 1761–1770
Inquiétantes, vertigineuses, cruelles et labyrinthiques : les vues carcérales imaginaires de Piranèse sont plus proches de sombres décors de théâtre que de projets d’architecture. Dans ces lieux fantomatiques, le spectateur croise parfois quelques personnages, les captifs. Certaines vues contiennent des instruments de torture, mais le plus grand châtiment n’est-il pas d’être condamné à errer sans fin dans ces espaces refermés sur eux-mêmes comme d’insolubles palimpsestes ? Umberto Eco se serait d’ailleurs inspiré de cette série pour composer, en 1980, l’escalier infernal de la bibliothèque de son roman, Le Nom de la rose.
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