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Lygia Pape, Divisor, 1968
Performance • Courtesy Projeto Lygia Pape © Projeto Lygia Pape
Ils ont été un peu plus de 200. Réunis sous un immense drap blanc dont ne dépassaient que leurs têtes, hommes, femmes et enfants parisiens se sont prêtés au jeu d’une performance de Lygia Pape (1927–2004) ce vendredi 12 septembre à la Bourse de Commerce – ou plutôt, de la réactivation d’un moment symbolique de l’histoire de l’art brésilien, Divisor, datant initialement de 1968.
Le Brésil est alors en pleine dictature militaire. Lygia Pape a 41 ans, elle est célèbre dans tout le pays. Les amateurs d’art la connaissent comme l’une des figures de l’art concret, notamment au sein du groupe Frente, à Rio de Janeiro ; lors de la Biennale de São Paulo ou d’expositions, ils ont pu découvrir ses œuvres abstraites sur papier, dont de sublimes xylographies, ou assister à l’une des représentations du Ballet Neoconcreto, qu’elle met en scène en 1958 avec le danseur Gilberto Mora et l’écrivain et designer Reynaldo Jardim.
Lygia Pape a souhaité ouvrir le très austère art concret à une dimension vitale, en mouvement, expérimentale, humaniste.
Quant au grand public, il la retrouve tous les jours dans les épiceries sur les paquets de gâteaux Piraquê, dont elle a signé les emballages festifs (encore aujourd’hui présents dans les supermarchés brésiliens). Bref, Lygia Pape est une figure emblématique de la modernité, qui a très tôt souhaité ouvrir le très austère art concret à une dimension vitale, en mouvement, expérimentale, humaniste.
Vue de l’exposition « Lygia Pape. Tisser l’espace »
Coll. Pinault • © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, agence Pierre-Antoine Gatier / Photo : Nicolas Brasseur
Pour Divisor, elle défie la rigueur monochromatique d’une grande toile blanche de vingt mètres sur vingt en la perçant de centaine de trous, par lesquels passent les têtes de Brésiliens issus de tous les horizons : enfants des favelas, jeunes femmes des classes moyennes… Le moment est joyeux. On rit de se voir habiller de cet immense manteau blanc, comme une peau commune qui efface durant quelques minutes les différences d’origine et de classe, et donne envie d’exulter malgré la dictature.
Immédiatement pensée comme une œuvre généreuse, reproductible à l’envi, Divisor a donc été réactivée ce vendredi 12 septembre à l’occasion d’un partenariat entre le festival d’Automne et la Bourse de Commerce, qui consacre à l’artiste un accrochage rétrospectif. Sur les murs, de petites compositions géométriques, composées par assemblages et découpages, ainsi que de très émouvants Poemas-Xilogravuras (Poèmes-xylogravures), introduisent à sa notion d’une abstraction poétique, fantasque, sensuelle, et non dénuée d’humour.
Lygia Pape, Ttéia 1, C, 2003–2025
Fil doré, bois, clous, lumière • dimensions variables • Coll. Pinault • Courtesy Projeto Lygia Pape © Tadao Ando Architect & Associates, Niney et Marca Architectes, agence Pierre-Antoine Gatier / Photo : Nicolas Brasseur
Celle-ci trouve sa forme la plus impressionnante dans ses installations de fils tendus du sol au plafond, les « Ttéias », qu’elle développe à partir de 1977. Rayonnant dans l’obscurité, vibrant comme les cordes sensibles d’un monde en tension, ces « tissages de lignes dans l’espace », comme le dit la directrice de la Bourse de Commerce Emma Lavigne, racontent une abstraction qui s’échappe du papier, pour convoquer dans l’espace de l’art contemporain la finesse des artisanats textiles indigènes et exalter une communion des identités. L’expérience enveloppe encore une fois le corps, et le plonge dans une appréhension sensible de l’art concret… Une belle introduction à la grande exposition « Minimal » à venir à partir du 8 octobre prochain à la Bourse de Commerce, dont cet accrochage, inauguré en avance, sera une section à part entière.
Lygia Pape. Tisser l'espace
Du 10 septembre 2025 au 26 janvier 2026
Bourse de Commerce - Pinault Collection • 2 Rue de Viarmes • 75001 Paris
www.boursedecommerce.fr
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