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Katia Kameli, “Le Cantique des oiseaux” – Vue de l’exposition « Hier revient et je l’entends » présentée à l’Institut des Cultures d’Islam (ICI) et à Bétonsalon, Paris, 2022
Sculptures et aubes • © ADAGP, Paris, 2023 / Photo Marc Domage / © Katia Kameli
Portrait de Katia Kameli
Photo Margot Montigny
« Ce n’est pas toujours bien vu d’être politique dans l’art contemporain, mais je pense que c’est extrêmement important, expliquait en 2019 Katia Kameli (née en 1973) aux caméras de la chaîne Arte. J’ai toujours considéré que l’artiste a une place importante dans la société. Pour moi, l’art, c’est de la recherche. Ce n’est pas que de la recherche interne en histoire de l’art, mais c’est aussi une recherche qui doit être en lien avec la société, ses mouvements et ses positionnements. » Ainsi l’artiste furète, explore, quitte à aller vers des pratiques qu’elle ne connaît absolument pas (dernière en date : l’aquarelle), ou à provoquer des rencontres avec des écrivains et des artisans qui lui prêtent un peu de leur savoir. Katia Kameli, formée aux Beaux-Arts de Bourges et de Marseille, multiplie les allers-retours, crée des ponts. Pour découvrir son exposition parisienne, il faudra aller dans deux lieux fort différents : l’Institut des cultures de l’Islam, espace d’exposition et de pratique religieuse dans le 18e arrondissement, et Bétonsalon, centre d’art contemporain exigeant, implanté au cœur de l’Université Paris-Cité dans le 13e arrondissement.
Vue de l’exposition « Hier revient et je l’entends » présentée à l’Institut des Cultures d’Islam (ICI) et à Bétonsalon, Paris
Photo Marc Domage / ADAGP, Paris, 2023 / © Katia Kameli
« J’aime l’idée que ces deux espaces s’associent pour créer un lien autour de mon travail, souligne-t-elle dans le journal de l’exposition, distribué gratuitement. J’ai l’impression que c’est un peu l’histoire de ma vie : je joue un rôle de passeuse entre des territoires et des histoires différentes. » Touche-à-tout, l’artiste a tiré de sa double culture française (elle est née à Clermont-Ferrand) et algérienne (par sa famille) une curiosité qui irrigue son travail, une « façon d’endosser différents rôles », comme l’explique la co-commissaire Bérénice Saliou. Première œuvre du parcours – que l’on débutera à l’ICI –, un film intitulé Bledi a possible scenario, réalisé au début des années 2000 à partir d’images glanées en Algérie au fil des décennies 1990–2000. L’artiste explique avoir été saisie par la frustration de ne pas comprendre ce qui s’y passait durant la guerre civile, tout en remarquant, à l’occasion de ses voyages, ou a minima de ses lectures de journaux achetés à Barbès, une « société modifiée par la violence et la peur ». Elle a utilisé pour ce film une caméra Super 8, associée « au film familial » comme au « film historique », renvoyant donc au passé et à la mémoire. Et a filmé les rues, les gens, les femmes, les magasins, les bâtiments, les enfants.
Radicalement différente, l’installation Le Cantique des oiseaux (2022) s’inspire du poème éponyme, écrit au XIIe siècle par le poète soufi Farid al-Din Attar, et éparpille dans une salle entière différentes sculptures en terre cuite, représentations d’oiseaux en appeaux. Un petit trou dans chacune permet d’y souffler pour produire un chant sifflé, l’artiste ayant voulu « fabriquer des oiseaux en terre, et faire chanter la terre. » Sur les murs, des aquarelles complètent ce panorama volatile, qui trouve son point final dans une vidéo tournée dans le quartier de la Goutte d’Or (soit les quelques rues très populaires dans lesquelles l’Institut des cultures d’Islam est implanté), où l’on voit les sculptures promenées et activées par des performeuses. Émerveillement sonore, la vidéo débute par une citation dont on pourrait tirer une leçon humaniste : « Tous les oiseaux du monde un jour se réunirent / Oiseaux de toutes espèces, connues ou inconnues. »
Katia Kameli, “Le Roman algérien” – Vue de l’exposition « Hier revient et je l’entends » présentée à l’Institut des Cultures d’Islam (ICI) et à Bétonsalon, Paris, 2022
© ADAGP, Paris, 2023 / Photo Marc Domage / © Katia Kameli
« Stream of Stories », chapitre 7. Tapisserie réalisée par Manon Daviet avec le soutien du CNAP, 2022
Laine tuftée, broderie, crochet et aquarelles • 280 × 200 cm • © ADAGP, Paris, 2023 / Photo Marc Domage / © Katia Kameli
Très attachée aux textes et à la littérature – elle aime à se définir comme traductrice –, Katia Kameli donne à voir ensuite un vaste projet entrepris autour des Fables de La Fontaine, dont elle veut rappeler à travers différents supports les origines non-européennes : « Avec Stream of stories, j’explore les influences orientales des Fables de La Fontaine, ce monument culturel français dont la notoriété a fait de l’ombre à ses principales sources d’inspiration : le Pañchatantra et le Kalîla wa Dimna. Pourquoi, aujourd’hui, on ne nous présente pas les différents aspects de l’œuvre de La Fontaine, sur lesquels lui-même ne fait aucun mystère ? Pourquoi ne nous enseigne-t-on pas qu’en 1678, il confesse sa dette au sage indien Pilpay dans un avertissement préfigurant le livre 7 des Fables choisies ? Est-ce une volonté de cacher l’apport de l’Orient dans la culture occidentale ? ». Des enluminures (sérigraphies numériques sur papier dorées à la main, qui hybrident différentes sources), une grande tapisserie (réalisée par Manon Daviet), des vidéos (interviews de spécialistes) et un texte signé de l’autrice Chloé Delaume, distribué à travers un petit livret, tâchent de réparer cette lacune. « On nous l’a dit, et on l’a cru, puisqu’on nous dit que tout vient d’Europe, avant-hier, aujourd’hui, l’orgueil dévore le temps », résume l’autrice invitée.
Katia Kameli, « Le Roman algérien » – Vue de l’exposition « Hier revient et je l’entends » présentée à l’Institut des Cultures d’Islam (ICI) et à Bétonsalon, 2022
© ADAGP, Paris, 2023 / Photo Marc Domage / © Katia Kameli
Tout-terrain, avide de collaborations et de recherches au long cours, le travail de Katia Kameli s’expose enfin in progress à Bétonsalon, où l’artiste dévoile les trois premiers chapitres de son Roman algérien en vidéo, et les recherches pour son quatrième. Avec, en préambule, tout une collection d’ouvrages de l’écrivaine et réalisatrice franco-algérienne Assia Djebar (1935–2015), avec qui l’artiste entre en conversation plastique. « L’installation prend la forme d’un tournage, une fabrique où je mets en œuvre un travail en mouvement qui va se déployer le temps de l’exposition par des activations, par des rendez-vous où le public pourra assister à ces moments de tournage. » Elle complète sa mission, mémorielle mais pas que : « Il ne s’agit pas pour moi de déployer une fresque historique, mais plutôt de suivre des faisceaux d’histoires incarnées principalement par des voix féminines. » Un contre-récit, appuie-t-elle, vivant et féminin. En recherche, donc.
Katia Kameli. Hier revient et je l’entends
Du 19 janvier 2023 au 16 avril 2023
www.institut-cultures-islam.org
Institut des Cultures d’Islam • 19, rue Léon • 75018 Paris
www.institut-cultures-islam.org
Katia Kameli. Exposition co-produite avec l'Institut des Cultures d'Islam, Paris
Du 19 janvier 2023 au 16 avril 2023
Bétonsalon • 9, esplanade Pierre Vidal-Naquet • 75013 Paris
www.betonsalon.net
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