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Rodez

Agnès Varda et son amour de la mer fêtés dans une exposition rafraîchissante et poétique au musée Soulages

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Publié le , mis à jour le
Au musée Soulages de Rodez, une exposition rassemblant plus de 150 photographies, films, objets, installations et documents rend hommage à la photographe, cinéaste et plasticienne Agnès Varda. Une balade touchante dans son univers à travers le thème de la mer, qui a irrigué toute son œuvre imprégnée par la fraîcheur de l’enfance, la simplicité de l’instant et la tendresse du souvenir.
Agnès Varda devant le photogramme extrait de son film “Le Bonheur”
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Agnès Varda devant le photogramme extrait de son film “Le Bonheur”, 1998

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Tirage numérique • © Succession Agnès Varda

Un petit coup de blues ? Un tour dans cette exposition rafraîchissante et vos maux s’envoleront ! Faire du bien à l’âme, c’est un peu la marque de fabrique de l’art très personnel et spontané d’Agnès Varda. Pas prétentieuse pour un sou, cette artiste haute comme trois pommes, coiffée de son inimitable coupe au bol bicolore et qui se surnommait elle-même la « dame rigolote », a charmé tous ceux qui l’ont croisée ou côtoyée par sa personnalité pétillante et son regard intelligent, simple et humain.

Son univers où l’autobiographique et l’affectif occupent une très grande place est évoqué ici de manière tout aussi personnelle : pour sa dernière exposition, Benoît Decron, qui vient tout juste de quitter son poste de directeur historique du musée Soulages, et fut un ami commun d’Agnès Varda et de Pierre et Colette Soulages, a donné carte blanche à la fille et collaboratrice de l’artiste, Rosalie Varda.

Une exposition pensée comme une rêverie

Parti du lien amical entre Agnès Varda et le couple Soulages, le projet a rapidement dérivé vers le thème de la mer. Soulages et Varda sont en effet liés par la ville portuaire de Sète, au bord de la Méditerranée : le premier y a fini ses jours dans une villa face à la mer ; la seconde y a passé son enfance et débuté sa carrière de réalisatrice. D’où un préambule constitué d’une photographie d’Agnès Varda intitulée La Petite mer immense, présentée à côté de la toute dernière œuvre de Soulages, peinte à Sète le 15 mai 2022, et d’une vue de la mer à Sète par le pionnier de la photographie Gustave Le Gray.

Agnès Varda, Photographie de repérages pour le film « À la Pointe Courte »
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Agnès Varda, Photographie de repérages pour le film « À la Pointe Courte », 1954

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Tirage numérique • © Succession Agnès Varda

« Une des caractéristiques d’Agnès Varda, c’était sa curiosité. Quand on est curieux de tout, on ne s’ennuie pas. »

Benoît Decron

« De là, on a tiré le fil vers la plage, les bouées, les cabanes… La mer a joué un grand rôle dans la vie d’Agnès. Cette exposition a été pensée comme une rêverie, un moment de détente, un voyage estival au bord de la mer. Ce n’est pas un truc d’historien d’art ennuyeux. Une des caractéristiques d’Agnès Varda, c’était sa curiosité. Quand on est curieux de tout, on ne s’ennuie pas. Ce parcours est à l’image de ce qu’elle était : un puzzle. Toutes ces petites parties éparses qui, quand on les met ensemble, nous définissent » explique Benoît Decron.

La pionnière de la Nouvelle Vague

Son amour de la mer, Agnès Varda l’a notamment raconté dans son film documentaire Les Plages d’Agnès (2008). L’exposition commence par une évocation de Sète où, réfugiée pendant la guerre sur un bateau avec ses quatre frères et sœurs, elle découvre sa vocation d’artiste.

Agnès Varda, Cabane en bois dans « La Pointe Courte », (Photographie de repérages pour le film)
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Agnès Varda, Cabane en bois dans « La Pointe Courte », (Photographie de repérages pour le film), 1954

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Photographie en noir et blanc • © Succession Agnès Varda

En 1949, elle commence à prendre des photographies, puis tourne à Sète son premier long-métrage, La Pointe courte (1954), dont la directrice artistique est son amie sculptrice Valentine Schlegel (1925–2021), rencontrée sur les bancs de l’école – et évoquée ici par quelques photos et objets. C’est le début de sa carrière de pionnière de la Nouvelle Vague, qui s’épanouira dans les années 1960–1970.

Au bord de l’eau, Agnès Varda prend de superbes photographies en noir et blanc de pêcheurs, de déchargeurs de marchandises, de poissons, de femmes étendant du linge. Son œil attentif capte des compositions graphiques et des moments incongrus, joue sur les reflets et les avant-plans. L’une d’elles, Reflets sur les quais de Sète (1950), est malicieusement présentée à l’envers, afin que le reflet de deux personnages dans une flaque d’eau soit pris pour la réalité, et vice-versa.

Agnès Varda, Dépôt de la cabane de la plage
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Agnès Varda, Dépôt de la cabane de la plage, 2011

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© Succession Agnès Varda

Des photographies préparatoires et de tournage de La Pointe courte se mêlent à un petit film réalisé en 2017, utilisant de joyeux clichés d’Alexander Calder en short de bain qu’elle avait pris sur la plage de Sète en 1953. Un peu plus loin, une installation mêlant un film en boucle, du sable et des accessoires de plage ; et deux triptyques, l’un mettant en scène un pêcheur de Sète, avec une photo fixe encadrée d’images animées (2011), l’autre le peintre de la mer Miquel Barceló posant avec des poissons et une proue de bateau imitant un poisson mort, dans un cadre en métal sculpté digne d’une icône d’autel. « On sent qu’Agnès sourit en faisant ces projets, il y a toujours beaucoup d’humour » glisse Rosalie Varda.

Les cabanes de plage de Noirmoutier

« Tout d’un coup, elle s’est rendue compte qu’elle pouvait mêler tout ce qu’elle faisait dans des installations. »

Rosalie Varda

C’est sur le tard, à 75 ans, qu’Agnès Varda a dépassé le cadre de la photo et du cinéma. « En 2003, Agnès a créé sa première installation d’art, Patatutopia, qui a été présentée à la Biennale de Venise. Tout d’un coup, elle s’est rendue compte qu’elle pouvait mêler tout ce qu’elle faisait dans des installations  » raconte sa fille. Après l’avoir aidée à organiser sa première grande exposition, inaugurée en 2006 à la fondation Cartier, celle-ci décide de tout arrêter pour l’assister à plein temps.

Exposition « Agnès Varda. Je suis curieuse. Point » au musée Soulages de Rodez
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Exposition « Agnès Varda. Je suis curieuse. Point » au musée Soulages de Rodez

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© T. Estadieu

L’exposition compte plusieurs de ses maquettes poétiques fabriquées avec des pellicules recyclées de ses propres films : le bateau de La Pointe Courte, la tente de Sans toit ni loi (1985) faite en 2017… L’une d’entre elles, monumentale, occupe le cœur du parcours : sa fameuse Cabane du Bonheur, recréation en 2018 de la serre de son film Le Bonheur (1964) avec 2 200 mètres de pellicule créant des cloisons translucides sur lesquelles on peut scruter des images du long-métrage, et dans laquelle on peut entrer pour y découvrir de grands tournesols – le tout entouré de photographies lumineuses prises sur le tournage du film, et de natures mortes de fleurs. Une salle des plus solaires !

Parmi les autres pépites du parcours, une série de photos de cabanes de plage prises à Noirmoutier, des natures mortes amusantes mettant en scène des tongs (dont certaines défilent comme des diapositives dans une grosse bouée verte), de belles photographies de piquets de plage, ou encore un cliché montrant en gros plan des pièces de bois coupées saisies sur un chantier de marine, qui dialogue de façon inattendue (et à merveille) avec une peinture abstraite de Soulages.

Agnès Varda, La mer toujours recommence
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Agnès Varda, La mer toujours recommence, 2009

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© Succession Agnès Varda

L’installation finale, Bord de mer (2009), fait rêver. À la verticale, en guise de décor, se tient une grande image fixe de la mer, prolongée au sol par un film en boucle du ressac, qui vient lécher du vrai sable. En évoquant la magie des dioramas, qui brouillent les frontières entre décor et réalité, cette mise bout à bout de la photographie, du cinéma et de la vie crée un seul paysage hybride, un éden dans lequel on se projette et où se diluent nos souvenirs d’enfance. Un joli reflet de la fraîcheur de sa conceptrice, dont l’âme est à présent dans ces vagues, bercée pour l’éternité…

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Agnès Varda. Je suis curieuse. Point

Du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026

musee-soulages-rodez.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Agnès Varda

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