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Xavier Brisoux, XY, 2023-2024
Technique mixte sur textile • Coll. particulière • © Le Tripostal / Photo Mathieu Drouet
Des paniers de basket connectés du rez-de-chaussée, dédié au streetwear, à la soucoupe volante géante du dernier étage, consacré à l’exploration spatiale, la nouvelle exposition du Tripostal se révèle ludique et riche en surprises. Dans ce parcours hybride, le visiteur croisera pêle-mêle une matériauthèque recensant diverses fibres étonnantes, une installation artistique faite en cordes d’alpinisme, des tenues de yoga, une paire de skis, ou encore une stupéfiante combinaison futuriste de Thierry Mugler (1948–2022), inspirée du basket, du hip-hop et des combinaisons d’astronautes !
Bien que surprenants au premier abord, ces rapprochements n’ont rien de fortuit. « Le textile ne concerne pas seulement l’habillement. Il y a du textile partout, dans l’art, dans l’espace, sur les courts de tennis, dans l’architecture, et même dans notre corps, dans les implants chirurgicaux ! Ces milieux ne se fréquentent pas trop entre eux ; or, parfois, ce qui est découvert dans un domaine peut être très utile à un autre », insiste la commissaire de l’exposition, Caroline David.
Caroline David, commissaire de l’exposition « Textimoov – Futurotextile » devant les silhouettes de la collection « State of Soul » de Marine Serre
© Le Tripostal / Photo Maxime Dufour Photographies
« Textimoov! » constitue la sixième édition de « Futurotextiles » : une série d’expositions singulières lancée par Caroline David à Lille en 2006. Permettant d’explorer l’univers du textile en croisant art, mode et innovation scientifique, ce concept « hybride et hors norme » a tellement bien fonctionné qu’on lui a demandé de monter d’autres expositions en France ainsi que des dérivées à l’étranger, notamment au Maroc et en Argentine, et dans les Expositions universelles de Shanghai (2010), Dubaï (2020) et Osaka (2025).
Cette année, l’exposition embrasse le thème du sport et du mouvement, pour se mettre au diapason des Jeux olympiques de Paris 2024, dont 52 épreuves de basketball et de handball se dérouleront à Lille. D’où la présence tout au long du parcours de silhouettes habillées en tenues de sport officielles des JO, dessinées par Stéphane Ashpool pour Le Coq Sportif.
La scénographie de l’exposition “Textimoov” au Tripostal. Les silhouettes “Cosmocorps 3022” de Pierre Cardin (2022) côtoient celles du défilé “Dive in. Space out” (2023) à l’arrière plan
© Le Tripostal / Photo Maxime Dufour Photographies
Si la mode infuse constamment le sport (en témoignent une combinaison de ski Pucci aux couleurs éclatantes, ou des leggings aux imprimés travaillés), de nombreux créateurs de mode s’inspirent en retour de l’univers du sport, à la fois esthétiquement et en termes de matériaux. Au fil du parcours, le visiteur découvre ainsi des tenues futuristes de Pierre Cardin (1922–2020), conçues avec des textiles de l’industrie spatiale, des robes en ballons de basket ou en visières de casquettes Lacoste par la créatrice française Freaky Debbie, ou encore les silhouettes volumineuses du créateur japonais Kunihiko Morinaga (né en 1980), inspirées des combinaisons d’astronautes et élaborées dans un tissu matelassé blanc résistant à un froid extrême.
Marianna Ladreyt, Collection Tethys, Flamand Rose & Crocodile, 2022
Bouées de plage, soie, nylon, zamak, nickel, polypropylène et PVC • Coll. particulière, Paris • © Le Tripostal / Photo Boris Ovini
Crise climatique oblige, le recyclage est omniprésent. Avec des bouées de plages usagées, Marianna Ladreyt a fabriqué des tenues originales. Marine Serre, ex-tenniswoman reconvertie dans la mode, et spécialisée dans l’utilisation de matières recyclées et de fins de stocks, a réalisé des tenues rose vif, dont un pantalon souple et une casquette de tennis, grâce à des serviettes de bain récupérées et gaufrées ! Plus loin, dans un corner où des créations sont présentées par roulement, les élèves des écoles de mode locales exposent des tenues inventives composées de volants de badminton ou de pneus de vélo tissés en lanières.
Au fil du parcours, le visiteur découvre que le textile, loin de se limiter aux fibres naturelles classiques (coton, lin, laine…) peut être fabriqué, grâce à une transformation chimique, à partir de nombreuses matières parfois surprenantes : de la pulpe de bois (pour la viscose), des algues (hypoallergéniques), du bambou, de l’argent (antibactérien), des carapaces de crabe (donnant étonnamment un tissu très doux, utilisé pour la chirurgie) et même du marc de café (qui repousse les odeurs). Ces fibres artificielles prennent de plus en plus le pas sur les fibres synthétiques inventées dans les années 1930 – des fibres dérivées du pétrole, qui ont révolutionné l’industrie textile par leur solidité, mais perdent aujourd’hui du terrain en raison de leur caractère peu écologique.
L’exposition montre comment ces innovations sont au cœur du monde du sport. On y croise par exemple des combinaisons de plongée en néoprène, réalisées à partir de terre volcanique, mais aussi des skis en fibres de lin et de verre, un kayak en résine de lin, et des prothèses fashion en basalte et résine biosourcée. On y apprend que l’aramide (Kevlar), utilisé notamment pour des gilets pare-balles, s’inspire du fil d’araignée, lui-même cinq fois plus résistant que l’acier. Mais aussi que des maillots de bains conçus dans un textile inspiré de la peau de requin ont été bannis des compétitions sportives car ils faisaient gagner quelques millièmes de seconde aux nageurs !
Cassey Curran, The Explorateur, 2024
Fil de fer, laiton, feuille d’or, moteur, acrylique, organza, mylar • 127 × 60, 96 × 60, 96 cm • Coll. particulière • © Le Tripostal / Photo Maxime Dufour Photographies
Liées au sport et au textile, des œuvres d’art contemporain s’insèrent dans la trame de l’exposition. Tom Van der Borght (né en 1978) crée une installation à partir de colsons et de cordes de montagne ; Véronique Boyens (née en 1979) fait apparaître un skieur en tendant et retendant sur un châssis un unique fil noir sans jamais le rompre ; Harumi Ori (née en 1966) plie des filets de chantier pour figurer des scènes de vie urbaine ; et Max Knight fabrique un vélo original, doté de roues « mille-pattes » en sneakers. Au dernier étage (superbement scénographié) consacré à la conquête de l’espace, un instant de poésie attend les visiteurs : une merveilleuse sculpture-créature mouvante en fil de fer, organza, feuille d’or et mylar conçue par Casey Curran (né en 1981), collaborateur régulier de la créatrice de mode Iris van Herpen. Une belle réussite !
Textimoov ! Futurotextiles 6
Du 17 mai 2024 au 29 septembre 2024
Le Tripostal • Avenue Willy Brandt • 59000 Lille
www.lille.fr
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