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Collaboration Iris van Herpen, David Altmejd & Tim Walker, Alchemic Embodiments a (Re)Constructive Dance
© Iris Van Herpen, David Altmejd et Tim Walker.
« Radiation Invasions », « Voltage », « Hacking Infinity », « Crystallization », « Hypnosis », « Hybrid Holism », « Synesthesia »… Les noms que la créatrice de mode Iris van Herpen donne à ses collections en disent long sur ses aspirations et inspirations.
Sur sa façon singulière d’ouvrir les horizons de la création textile et de décloisonner les champs de l’art, de ne plus opposer mais de réunir artisanat et haute technologie, pratiques scientifiques et artistiques, arts plastiques, appliqués, architecture, design… Pour créer des vêtements hybrides qui semblent adaptés, au millimètre près, à chaque mouvement, chaque soubresaut ou frisson du corps. Au fil de ses défilés, Iris, la messagère du futur, dessine la garde-robe de demain, celle d’un être en connexion perpétuelle avec son inconscient, la nature et le cosmos
Pionnière dans l’âme, la créatrice néerlandaise née en 1984 dans le village de Wamel aux Pays-Bas, passionnée par la danse classique et contemporaine, a dès ses débuts fait du corps humain le centre de sa réflexion. Comment le couvrir, le révéler, le protéger, le situer dans l’espace, en harmonie avec son environnement, souligner sa capacité à se métamorphoser, à se régénérer : chaque série semble y répondre de façon aussi poétique que technique.
Formée chez Alexander McQueen le visionnaire et Claudy Jongstra l’écologiste, Iris lance le studio van Herpen dès 2007 à Amsterdam, un atelier réunissant 10 à 15 personnes où l’on manie aussi bien les ciseaux que l’imprimante 3D. Ici, la haute technologie n’est pas considérée comme une fin en soi mais comme un moyen supplémentaire, qui permet d’aller explorer d’autres possibles en plus des savoir-faire déjà connus. La créatrice chérie des stars – Björk, Beyoncé et Lady Gaga prennent possession de la scène vêtues de ses tenues qui les magnifient sans jamais entraver leur show – reste pourtant accessible et discrète, poursuivant jour et nuit son labeur.
Iris van Herpen, Défilé printemps-été 2017, collection « Between the Lines », Look 16, 2017
Coll. Pierre Miron, Montreal • © David Spriggs. © Patrick Kovarik / AFP.
Elle a renoncé au prêt-à-porter (domaine dans lequel elle s’est aventurée entre 2014 et 2016), trop chronophage et éphémère à son goût, pour se concentrer sur la haute couture dont elle aime à répéter qu’elle est un espace où envisager un autre système avec des modes de production durables et non de simples produits de consommation. Et où les liens avec les autres disciplines artistiques relèvent de l’évidence.
Pour chaque collection, Iris van Herpen collabore avec des designers, architectes, scénographes et nombre de plasticiens, comme le montre la rétrospective du musée des Arts décoratifs (MAD) à Paris. « Iris van Herpen est unique dans la mode. Elle est comme une éponge – celle des océans – qui absorbe ce qui l’entoure. Elle s’inspire aussi bien de la structure d’un édifice, de la chorégraphie d’un ballet, d’une étude scientifique, d’un concept, d’une pratique comme l’hypnose…
Chaque rencontre lui permet d’imaginer un nouvel univers. Chaque collection est une étude thématique en lien avec l’évolution du monde », analyse Cloé Pitiot, l’une des commissaires de ce parcours pensé main dans la main avec la créatrice. Dans les espaces, ses pièces iconiques dansent avec celles des artistes Rogan Brown et Kate MccGwire, qui ont créé des œuvres pour l’occasion, Casey Curran, David Spriggs, Wim Delvoye, Kohei Nawa et Damien Jalet, pour un ballet qui pourrait se situer sur une autre planète, à moins qu’il ne s’agisse des entrailles de la planète bleue… Morceaux choisis des plus beaux duos de ce spectacle sidéral.
Iris van Herpen, Défilé printemps-été 2011, collection « Capriole », Look 1 : Skeleton Dress (impression 3D), 2011
© Photo J.-P. Bland. © Victor Boyko / Getty Images.
Parce que le corps est composé à 65 % d’eau, parce que nous sommes tous des enfants du plancton, parce que l’élément ne cesse de fasciner la créatrice, c’est dans un univers aquatique que démarre le parcours du musée des Arts décoratifs, avec une installation hypnotique signée David Spriggs. Trois silhouettes sont plongées dans du liquide et enfermées dans des tubes de verre transparent : une statue fantomatique qui pourrait être le vestige d’une civilisation disparue, deux rubans enlacés en hélice de l’ADN et une sorte de vortex pour se projeter dans une autre dimension. Un espace-temps où les robes seraient des jaillissements d’eau, des éclaboussures, figées en sculptures de cristal. Iris van Herpen repousse les limites de la haute couture avec ses robes imprimées en 3D. Par la grâce du laser, pour sa collection « Between the Lines », le mélange de Plexiglas et de polyuréthane aboutit à une spectaculaire parure de bulles transparentes.
Une mise à nu absolue, une vanité haute couture pour nous rappeler le caractère éphémère de la vie, une seconde peau ironique dont le patron pourrait être une radiographie. Sculpturale, capable de révéler la beauté intérieure de chacune, la robe Skeleton fit sensation lorsqu’elle apparut pour la première fois sur les podiums. La rencontre avec l’œuvre d’Heishiro Ishino promet d’être mortellement belle. Sorte de version futuriste de la Catrina, la reine de la fête des morts au Mexique, le spectre dansant sur lui-même imaginé par l’artiste né à Kobe semble tout droit sorti d’un conte fantastique.
Iris van Herpen, À gauche, Défilé printemps-été 2011, collection «Capriole», Look 5. À droite, Kate MccGwire Conundrum., 2017
À droite, technique mixte avec plumes de coq, meuble sur mesure. • © Gareth Cattermole / Getty Images Europe / Getty Images Via AFP.
Son truc à elle, c’est la plume. Kate MccGwire en fait des sculptures organiques enroulées sur elles-mêmes. Des créatures mythologiques, des formes entrelacées puissantes évoquant un être vivant mutant dont l’ancêtre serait proche du serpent. Ses créations hybrides ont tout de suite tapé dans l’œil d’Iris qui a imaginé un entrelacs de tubes noirs aux reflets changeants. Sa Snake Dress est un enchevêtrement de tuyaux acryliques, représentant l’état mental dans lequel on se trouve avant de se lancer dans une « Capriole », ce saut agile du danseur dans les airs qui a donné son nom à la collection dont cette robe serpentine est issue.
Iris van Herpen, À gauche, Collection automne-hiver 2021, collection « Earthrise ». À droite, Rogan Brown Fallen Angel Wings., 2021 – 2014
© Iris van Herpen / © Rogan Brown Art.
Entre science et fiction, Rogan Brown évoque les mutations de la nature avec des papiers découpés aussi fins que les dessins des récifs coralliens. La réalisation d’une pièce, fruit d’un travail minutieux, peut prendre des mois. La collaboration de l’artiste avec Iris van Herpen s’est inspirée de la magnétosphère, cette zone de l’espace entourant le globe où se trouve confiné le champ magnétique terrestre, pour créer une robe éponyme composée de l’accrétion de multiples couches de plastique recyclé récupéré en mer, travaillé à la main et au laser. Rosace de dentelle, cocon protecteur, le vêtement enveloppe le corps avec une délicatesse infinie.
Iris van Herpen. Sculpting the Senses
Musée des Arts décoratifs
Du 29 novembre 2023 au 28 avril 2024
Adresse : 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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Hybridation, science-fiction, transformation… Ces « incarnations alchimiques » reflètent les préoccupations de la styliste pour le corps, rejoignant celles du sculpteur québécois David Altmejd et du photographe de mode britannique Tim Walker avec lesquels a été élaborée cette installation.